Un historique de l'alpinisme de 1492 à 1914

 

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Un historique soulignant les principaux événements se rapportant à l'alpinisme - sans prétendre à l'exhaustivité - est proposé en plusieurs dossiers :

- L'alpinisme de 1492 à 1914.

- L'alpinisme de 1919 à 1939.

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d'Europe.

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l'Himalaya et du monde.

 

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L'alpinisme de 1492 à 1914

 

Sommaire :

 

Premiers regards en Europe

La naissance de l'alpinisme

Les officiers géographes de la carte de France

Edward Whymper

L'ascension de la Meije en 1877

Dans les Pyrénées

L'équipement des alpinistes en 1850 et avant

Des performances fabuleuses entre 1865 et 1914

Albert Frederick Mummery

L'alpinisme autonome

Deux cordées exceptionnelles

Un exploit unique

Dans les Alpes occidentales jusqu'en 1914

Pendant ce temps-là dans les Alpes orientales

L'équipement des alpinistes jusqu'en 1914

Un exploit inouï

Les deux façons de faire

Premiers regards hors d'Europe

Déjà l'Himalaya

 

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PREMIERS REGARDS EN EUROPE

 

Deux actions préliminaires sont d'abord à signaler.

 

1336 - Le Mont Ventoux

 

Francesco Petrarca ( Pétrarque ), le poète italien qui vit dans les États pontificaux en Avignon réalise, avec son frère et deux domestiques, l'ascension de la grande montagne de Provence,1900m d'accès facile, « poussé par le seul désir de voir la remarquable altitude de l'endroit ».

Le récit de son ascension contient tout ce qui sera dit plus tard, bien plus tard, sur les mêmes sujets : la préparation de la course, le choix des compagnons, les impressions durant l'ascension et l'éblouissement du sommet ( voir une traduction : La Montagne - 1937 ).

 

1358 - Un premier sommet élevé et neigeux

 

Boniface Rotario d'Asti escalade le très célèbre Rochemelon, 3538m pour déposer une statue de la Vierge à la suite d'un v½u. Ce sommet proche d'un des principaux passages alpins - le col du Mont Cenis - deviendra un lieu de pèlerinage traditionnel. C'est la première incursion sur un sommet élevé et neigeux dans les Alpes...

 

Une première initiative avérée

 

  • Les prémices de l'alpinisme peuvent être recherchées dans l'ascension du Mont Aiguille, 2087m en 1492...

 

C'est une première initiative dont il est conservé une relation avérée de l'exploit.

 

Les textes sont précis : pas un ordre, mais une invitation du Roi de France Charles VIII  « à faire essayer si l'on pouvait monter sur cette montagne que l'on disait inaccessible »...

 

En l'année 1492, l'équipe d'alpinistes d'occasion emmenée par Antoine de Ville va réussir une réelle performance acrobatique et audacieuse grâce au savoir faire d'un « escalleur » du Roi, spécialiste des échelles pour l'assaut des places fortes.

 

Une performance réalisée sous le contrôle et le témoignage écrit d'un huissier pour obtenir la récompense promise... ( Voir la revue La Montagne & Alpinisme n°1991/4 )

 

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Les glaciaires

 

  • En 1741, une caravane de huit maîtres et cinq domestiques - tous armés - atteint le Prieuré de Chamonix en trois jours depuis Genève. Ce sont les Anglais Richard Pococke et William Windham accompagnés de quelques amis. La caravane effectue une excursion jusqu'au Montenvers pour admirer les glaciaires - le glacier des Bois que l'on appellera plus tard la Mer de Glace...

 

Ils n'étaient pas les premiers à visiter la vallée, mais ce qu'ils  firent les premiers ce fut d'en parler... Ce sera le début d'une formidable convergence vers les hauts sommets et les domaines de l'alpinisme...

 

La science

 

C'est la science qui va faire avancer l'idée de gravir les montagnes et donner l'élan décisif à l'exploration des montagnes.

 

Pour certains, refaire l'expérience de Pascal de la tour Saint Jacques à Paris avec le baromètre de Torricelli, puis au Puy de Dôme en 1647, plus tard au Canigou et au Mont Buet...

 

Pour d'autres, établir des visées de triangulation destinées à l'établissement des cartes géographiques...

 

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Horace Bénédict de Saussure

 

  • En 1760, voyage d'Horace Bénédict de Saussure dans la vallée de Chamonix. Devinant l'intérêt scientifique de gravir ou de faire gravir le Mont Blanc, le plus haut sommet des Alpes, il promet une récompense à qui découvrira un itinéraire permettant l'ascension...

 

  • En 1779, de Saussure commence à faire paraître le premier des quatre tomes de ses Voyages dans les Alpes qui se révélera un des ouvrages les plus appréciés de la littérature alpine et jouera un rôle considérable dans la propagande et le développement de l'alpinisme.

 

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Le Mont Blanc depuis les Bauges

 

LA NAISSANCE DE L'ALPINISME

 

  • Le 8 août 1786, première ascension du Mont Blanc, 4810m par les deux Savoyards, le médecin Michel Gabriel Paccard et le cristallier Jacques Balmat, les valeurs du baromètre et du thermomètre sont enregistrées...

 

  • Et on s'accorde à admettre que cette première ascension du Mont Blanc marque la naissance de l'alpinisme...

 

  • L'année suivante, le 3 août, une caravane de dix-huit Guides, dont Jacques Balmat, conduit H. B. de Saussure et un domestique pour la plus célèbre ascension de la grande montagne.

 

Au sommet, le savant genevois peut réaliser une série d'expériences scientifiques originales et déterminer avec une bonne précision l'altitude de la montagne...

 

La relation que fit Saussure de son entreprise aura un immense retentissement et les motivations scientifiques continueront à soutenir l'élan vers l'exploration des montagnes...

 

Il fallait atteindre les sommets des montagnes pour réaliser des expériences...

 

  • Ce sera la motivation des premiers ascensionnistes...

 

Les premières explorations des plus hauts sommets 

 

D'abord, l'exploration des principaux massifs et l'ascension des sommets les plus commodes des Alpes : le Grossglockner, 3798 m en 1800 ; l'Ortles, 3905m en 1804 ; la Jungfrau, 4166m en 1811 ; le Finsteraarhorn, 4275m en 1929 ; le Grossvenediger, 3662m en 1841 ; et la Bernina, 4049m en 1850.

 

  • Ce sont des initiatives uniques et sans lendemain...

 

C'est encore des motivations scientifiques qui feront l'exploration des Pyrénées, la découverte puis l'ascension du Mont Perdu, 3352m - montagne qui passait pour le point culminant - par le scientifique Louis Ramond de Carbonnières le 10 août 1802, trois jour après ses guides Laurens et Rondo et un berger...

 

Les officiers géographes de la carte de France

 

Beaucoup plus discrètement, certains sommets étaient atteints en service commandé par les officiers géographes pour effectuer la triangulation des régions montagneuses de France et l'établissement de la carte d'État-major.

Certains alpinistes pensant être les premiers sur une cime découvriront un signal géodésique bâti de la main de l'homme, ils avaient été construits par les ingénieurs géographes, officiers de la carte de France du début du XIXe siècle. « Des hommes si adroits qu'ils avaient trouvé des voies d'accès que l'on chercha encore longtemps après eux, si résolus qu'ils avaient gravis certains sommets sans posséder l'équipement mis au point ultérieurement. Des hommes si modestes que le souvenir de leurs ascensions s'était parfois perdu »...

Il fallait pouvoir camper quelques jours sur les sommets pour effectuer les visées en installant des abris sous toile pour leurs bivouacs au niveau des leurs stations sur les sommets et en transportant un lourd théodolite et du ravitaillement pour le géographe et ses aides.

D'abord dans les Pyrénées, les officiers réalisent la triangulation de la chaîne de montagne. Pour les besoins de leur travail, ascension du Balaïtous, 3146m en 1825 par Peytier et ses aides pour construire son signal sur le culmen et ensuite stationnement en 1826 pour Peytier et Hossard et leurs aides dans le mauvais temps durant 8 jours. Il ne sera revisité à des fins d'alpinisme qu'en 1864.

En 1826, Peytier et Hossard et leurs aides stationnent au pic de Troumouse et restent 15 jours au sommet à cause du mauvais temps gênant beaucoup les visées qui seront malgré tout réalisées.

Dans la partie orientale de la chaîne, Coraboeuf atteint le Montcalm en 1825 et construit son signal, en 1827, Coraboeuf et Testu réalisent les visées angulaires en restant 14 jours dans le mauvais temps mais les visées sont réussies.

 

Dans les Alpes, la triangulation du premier ordre du sud de la France sera l'½uvre d'Adrien Durant, capitaine ingénieur géographe.

Dès 1824, depuis le signal de la montagne de Lure, il réalise une visée vers le massif du Pelvoux - qui deviendra le massif des Écrins - et désigne la pointe des Arsines comme point culminant - qui deviendra la Barre des Écrins - et sera mesurée par lui en 1830 à 4105m. 

Le 30 juillet 1828, dans l'intension d'élever un signal géodésique, le sommet rocheux du Pelvoux, 3932m est atteint par Adrien Durant avec les chasseurs Alexis Liothard et Jacques-Étienne Mathéoud.

Le géodésien y remontera en août avec une dizaine de villageois pour édifier le signal.

En 1829, il peut viser son signal du Pelvoux depuis le Pic de Bure.

Du 6 au 9 août 1830, nouvelle ascension pour Adrien Durant. Un enclos de pierres sèches recouvert de deux bâches sert de bivouac Il consacre deux jours à réaliser l'ensemble des visées depuis la cime rocheuse en séjournant quatre jours avec ses aides à cause du mauvais temps. 

 

Les traces de ces anonymes serviteurs « d'un devoir et d'une idée » sont rappelées dans l'ouvrage : Balaïtous et Pelvoux - Note sur les officiers de la carte de France ; Paris 1907 de Henri Beraldi et dans l'article du même auteur « Le capitaine Durant 1787-1835 » paru dans la revue La Montagne de janvier 1911. Voir aussi l'ouvrage : Les alpinistes célèbres - Les géodésiens à la conquête des Cimes, par le Général Hurault, directeur de l'IGN, 1956 aux éditions Mazenod.

Les officiers de la carte ne montaient pas sur les sommets des montagnes pour leur exploration, et d'en être ainsi les premiers visiteurs, mais pour aménager des stations et des signaux et effectuer des visées.

Ils auront été les premiers à atteindre plusieurs sommets, surtout intéressés d'ériger un signal géodésique ou de poser leurs instruments de visée pour réaliser leur ½uvre, la cartographie de la France.

On peut dire qu'en France, les premiers ascensionnistes ont été les officiers géographes de la carte de France.

 

Au loin le massif des Écrins, depuis la Montagne de Lure d'où Adrien Durand a identifié en 1824  la Barre des Écrins 4102m comme le plus haut sommet de ce massif et de France à ce moment-là. 

 

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Puis tout va s'accélérer à partir de 1854

 

  • En Grande Bretagne, les récits de Richard Pococke et William Windham, les livres de H. B. de Saussure, de James David Forbes, d'Alfred Wills, de John Ruskin et les conférences d'Albert Smith après son ascension de Mont Blanc en 1851 vont provoquer un irrésistible intérêt pour l'exploration des montagnes et un engouement important parmi les élites et les intellectuels qui vont découvrir un merveilleux terrain de jeux encore pratiquement vierge...

 

  • Un irrésistible intérêt qui va devenir pour certains une passion allant jusqu'à leur prendre « la moitié de leur vie » ; affirmant aussi un trait fondamental des Britanniques : la volonté de découvrir et d'explorer...

 

Alors que les ascensionnistes du début ne l'étaient que d'une façon occasionnelle, les Britanniques de l'époque à venir ont le goût du sport et de l'aventure, au sein de l'Alpine Club, ils vont transformer la donne... en prônant une pratique élitiste et sportive.

 

<  En 1854, l'Anglais, Alfred Wills avec ses Guides réalisent l'ascension du Wetterhorn.

 

C'est le début d'une longue série d'explorations et de premières ascensions dans les Alpes...

 

<  Cela concernera les sommets les plus hauts, la plupart sont gravis par des cordées d'Outre-manche conduites par des Guides du Valais, de l'Oberland et de Chamonix.

 

<  Citons le Weisshorn en 1861 ; la Dent Blanche en 1862 ; la Barre des Écrins en 1864 ; les Grandes Jorasses, l'Aiguille Verte, et le Cervin en l'année fructueuse de 1865.

 

Seul le Cervin par le coté italien échappe à cette razziât.

 

<  En 1865, tous les sommets importants des Alpes sont gravis, à l'exception de la Meije...

 

<  Les Britanniques fondent l'« Alpin Club » dès 1857 qui comte à sa création 34 membres...

 

<  Et Londres sera le centre de référence pour tout ce qui concerne l'alpinisme...

 

Les Guides

 

Pour atteindre leur but, il semblera légitime aux cordées souvent britanniques d'alpinistes de recourir aux services de solides montagnards, les Guides ; souvent recrutés dans les vallées de l'Oberland, du Valais et autour du Mont Blanc. Ils devaient posséder les qualités physiques requises et avoir une bonne connaissance des montagnes à gravir, au début souvent proches de leurs lieux de vie. Ils assuraient les risques principaux de l'entreprise... Voir le dossier : L'Enseignement alpin § Les Guides.

 

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La Barre des Écrins, 4102m

 

EDWARD WHYMPER

 

  • En ces années 1864 et 1865, Edward Whymper ( 1840-1911 ) est de toutes les grandes ascensions : la Barre des Écrins, l'Aiguille Verte et le Cervin, une série d'ascensions qui font de lui l'un des plus remarquables alpinistes de tous les temps.

 

  • Le Cervin, pyramide idéale - merveilleux tas de cailloux - est atteint le 14 juillet 1865 par Whymper et trois compagnons avec les Guides Michel Croz et Peter Taugwalder père et fils... Durant la descente, chute mortelle de quatre membres de la cordée..., la formidable ascension se transforme en tragédie, c'est l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'alpinisme...

 

La polémique sera immense en Angleterre... Le grand succès du Cervin et son retentissement à venir sont immédiatement anéantis par la catastrophe survenue dans la descente de cette montagne parfaite, cette chronologie terrible va beaucoup impressionner le grand public...

 

Whymper sera mis en cause, il apportera une réponse dans son magnifique ouvrage « Escalades dans les Alpes » . La traduction française date de 1873, un essentiel de la littérature alpine avec les merveilleuses illustrations de l'auteur...

 

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La Barre des Écrins depuis le col du Chardonnet
La Barre des Écrins depuis le col du Chardonnet

 

Les premiers à s'extraire du commun

 

En 1848, Victor Puiseux est le premier alpiniste français à gravir un sommet notable, le Mont Pelvoux, 3943m dans le massif des Écrins, seul et un moment accompagné par un villageois de la vallée d'accès Pierre-Antoine Barnéoud qui avait déjà atteint le sommet rocheux du Pelvoux avec Adrien Durant.

La cime principale s'appelle aujourd'hui la Pointe Puiseux, 3943m.

Le voisinage de sommet principal, le sommet rocheux, 3932m étant déjà visité dès 1828 par Adrien Durant, officier géographe et ses aides pour établir un signal, et en 1830 procéder à des observations géodésiques.

L'histoire a retenu qu'ayant établi sa station sur le sommet rocheux 3932 m, Adrien Durant n'a probablement pas jugé utile d'atteindre le sommet neigeux principal proche de quelque 500m et 11 mètres plus haut. Ce sommet rocheux si proche s'appelle aujourd'hui la Pointe Durant, 3932m.

 

En 1876, le premier à s'engager dans un itinéraire difficile est Henry Cordier. Avec les Guides Jakob Anderegg, Johann Jaun et Andreas Maurer et ses amis Thomas Middlemore et J. Oakley Maund, il réussit dans le massif du Mont Blanc l'ascension audacieuse du couloir de l'Aiguille Verte qui portera son nom. Il réalisera également les premières ascensions des Courtes et des Droites...

 

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L'ASCENSION DE LA MEIJE EN 1877

 

Le Club Alpin Français est fondé en 1874 ; et jusqu'à ce moment-là, les ascensionnistes français sont très peu présents dans l'exploration des montagnes...

 

  • En 1877, la première ascension de la Meije, 3983m le 16 août par Emmanuel Boileau de Castelnau avec ses Guides Pierre Gaspard père et fils, a été un événement marquant.

 

  • Ce « merveilleux exploit » est une date importante dans l'histoire du Club Alpin, il est réussi durant le Congrès annuel de l'association qui est réuni dans une vallée voisine, et la « performance de l'un de ses membres venait asseoir le prestige de la jeune association fondée seulement trois années auparavant... »

 

  • Depuis cette date, la Meije restera la montagne emblématique du Club Alpin...

 

Dans l'histoire de l'alpinisme, l'ascension de la Meije est également un moment fort.

 

C'est le dernier sommet important de la chaîne des Alpes à être visité par les hommes, la fin d'un âge d'or de l'alpinisme qui permettait d'envisager de gravir un sommet vierge.

 

Et après la Meije « l'expédition idéale » ne sera plus possible, en ce qui concerne nos Alpes tout au moins...

La Meije depuis le col du Chardonnet

 

L'industrie du Mont Blanc

 

Le retentissement immense de l'ascension du Mont Blanc d'Horace Bénédict de Saussure de 1787 - souvent confondue avec la première ascension de 1786 - et le récit qu'en fît le savant genevois « Relation abrégée d'un voyage à la cime du Mont Blanc » allaient susciter, de toutes parts en Europe, un intérêt pour l'ascension du Toit des Alpes.

 

Une industrie de Mont Blanc allait se développer au seul bénéfice des guides et des hôteliers de Chamonix, car il n'existait pas d'accès facile autre que la route des Grands Mulets.

 

Une compagnie des Guides de Chamonix se créait en 1821.

 

<  En 1833, première ascension par un touriste français, le comte de Tilly avec ses Guides. Le Mont Blanc et la Savoie dépendaient du royaume de Sardaigne et le resteront jusqu'au plébiscite de 1860 qui rattachera la Savoie et en partie le Mont Blanc à la France.

 

L'accès au sommet de Mont Blanc sera un attrait vital pour le développement économique des trois communes de piedmont : Chamonix, Courmayeur et Saint Gervais...

 

<  En 1855, un premier accès depuis Courmayeur est inauguré par le col du Géant et la traversée par le Mont Blanc du Tacul et le Mont Maudit, c'est un itinéraire splendide long et pénible, pas du tout commercial... Un refuge au col du Midi vers 3555m sera construit en 1863 par les Guides de Courmayeur pour faciliter cette ascension assez détournée.

 

<  En 1861, inauguration de la voie d'ascension par l'arête des Bosses, depuis St Gervais. La station thermale tenait enfin sa route du Mont Blanc pour participer à cette industrie florissante.

 

<  En 1890, une voie commode est explorée par le glacier du Dôme et l'arête des Bosses, Courmayeur trouvait aussi sa route du Mont Blanc...

 

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DANS LES PYRÉNÉES

 

  • Ce sont encore des motivations scientifiques qui justifieront le début de l'exploration des Pyrénées, quelques aventures occasionnelles ont cependant devancé les scientifiques...

 

<  Le Canigou, 2875m est si visible et si tentant que le Roi d'Aragon et sa suite l'ont probablement gravi entre 1276 et 1285.

 

<  Le Pic du Midi d'Ossau, 2885m sommet bien individualisé est gravi avant 1787 par un berger...

 

<  En 1802, ascension du Mont Perdu, 3352m qui passait pour le point culminant des Pyrénées, par le scientifique Louis Ramond de Carbonnières, trois jours après ses Guides Laurens et Rondo et un berger...

 

<  En 1817, à son tour proposée comme le culmen de la chaîne, la Maladeta, 3308m est gravie par le naturaliste Friedrich Parrot avec le Guide de Luchon Pierre Barrau. Ils constateront que le sommet voisin l'Aneto les domine nettement.

 

<  En 1825, le Balaïtous, 3146m est atteint par les géodésiens Pierre Peytier et Paul-Michel Hossard durant une opération de cartographie.

 

<  En 1838, le Vignemale, 3298m est gravi par Miss Anne Lister avec les Guides Henri Cazeaux, Bernard Guillembert, Jean-Pierre Charles et Jean-Pierre Sanjou, c'est le plus haut sommet de la crête principale et frontière des Pyrénées...

 

<  En 1842, lorsque l'Aneto - appelé Néthou jusqu'en 1940 - situé en territoire espagnol et écarté de la crête principale et frontière se révélera être le point culminant des Pyrénées avec ses 3404m, il prit alors un intérêt certain...

 

<  Ascension le 20 juillet 1842, par l'ancien officier russe Platon de Tchihatcheff, son Guide Pierre Sanio de Luz, les Guides Bernard Arrazau et Pierre Redonnet de Luchon, le botaniste Albert de Franqueville et son Guide Jean Sors...

 

<  En 1869, première ascension hivernale du Vignemale par Henry Russel et ses deux Guides. C'est une façon de faire en dehors des saisons favorables très en avance sur son temps...

 

<  En 1889, le fameux couloir de Gaube du Vignemale est emprunté pour la première fois par Henri Brulle et ses quatre compagnons et Guides, il ne sera repris que quarante trois ans plus tard...

 

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Vers d'autres challenges

 

Les principaux sommets atteints, les alpinistes novateurs se tourneront vers d'autres challenges ; comme la recherche d'accès plus commodes, l'exploration des arêtes et des faces des montagnes, les itinéraires les plus esthétiques, les plus sportifs ou les plus directs... atteindre les sommets secondaires et encore franchir les cols les plus remarquables.

 

Et enfin agrandir le terrain de jeu vers d'autres chaînes de montagne de la planète...

 

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L'équipement des alpinistes en 1850 et avant

 

À ce moment-là, l'équipement des alpinistes est assez primitif.

 

Les pionniers étaient surtout des glaciéristes, conduits par des Guides qui taillaient des marches pour la progression, sans ménager leur peine, dans les pentes de glace...

 

Les chaussures à clous

 

Les chaussures à clous étaient bien adaptées aux pentes glaciaires, et différents cloutages seront proposés au fil du temps, les clous en Ailes de mouche étaient les plus utilisés...

 

Le piolet

 

La hache et la pioche étaient les outils que l'on va perfectionner sans cesse, en les modifiant peu à peu chez les forgerons des villages. Le piolet - petite pioche - comprenait un taillant et un bec pour découper des marches dans la glace, avec un manche plus ou moins long terminé par une pointe pour permettre l'ancrage dans la neige dure... Le piolet des Guides, plus lourd pour le travail de taille, avait suivant les vallées un taillant parallèle au manche et plus généralement perpendiculaire à celui-ci. Le piolet des touristes, plus léger, était parfois un simple Alpenstock, le fameux bâton de montagne.

 

La corde

 

L'usage de la corde n'a pas été immédiat chez les alpinistes, bien qu'elle soit utilisée dès le seizième siècle pour le passage de certains cols. Les premières ascensions du Mont Blanc ont été réalisées sans corde, mais peu à peu l'usage finit par ce répandre...

 - Dès 1840, la corde devient un accessoire indispensable, utilisée pour la marche sur glacier, pour l'assurage des touristes et la descente à l'aide de mains courantes fixées sur des becquets naturels de la roche... Une corde que l'on abandonnait ensuite !

 - Les cordes sont en fibre naturelle, dite "de Manille" ( Abaca ) en Angleterre et en "chanvre d'Italie" en France. Elles sont dérivées de la corde de marine et sont un assemblage tressé de fibres élémentaires d'un mètre et sont constituées de plusieurs torons câblés. La soie naturelle est aussi parfois utilisée.

 - Rappelons que nos prédécesseurs grimpaient sans moyen de protection pour celui qui allait devant, la corde ne servait qu'aux suivants...

 - Dans les escalades rocheuses, celui de devant ne progressait qu'avec les rares points d'ancrage naturel, c'est-à-dire quelques éventuels becquets et rares reliefs favorables, il montait dans l'inconnue.

 - La résistance des cordes interdira encore longtemps une chute du premier de cordée. En 1898, on écrira encore : Nous estimons que l'on ne doit jamais s'attacher dans le rocher, car une chute individuelle devient presque fatalement une catastrophe !

L'encordement se fait directement autour de la taille, et ce sera l'usage jusqu'en 1970...

 

Les espadrilles 

 

La technique se développe lentement, on se déchausse pour franchir en chaussettes un passage rocheux difficile, l'utilisation des espadrilles de corde viendra des Dolomites...

 

Le rappel de la corde

 

Le rappel de la corde est inventé par Whymper dès 1864. Après avoir franchit un obstacle durant la descente, on pouvait récupérer la corde fixée à un becquet par un n½ud coulant relié à un anneau métallique en la rappelant au moyen d'une petite ficelle très solide, mais la technique est encore très rudimentaire et la descente s'effectue « à la force des poignets »...

Plus tard, la corde placée en double sur un becquet sera rappelée et enfin un anneau de corde sera abandonné pour la man½uvre dès 1900...
 

Les crampons

 

Concernant les crampons, on a retrouvé leurs usages depuis l'époque romaine. Les chasseurs, les contrebandiers, les cristalliers et les paysans pour faucher les prés raides d'altitude ont été les premiers utilisateurs de ces outils. En terrain glaciaire, les chaussures à clous paraissaient suffisantes avec la taille de marches pour la progression... Cependant certains en employaient déjà... Whymper utilisait de petits crampons quatre pointes...

Et bien d'autres modèles auront une existence éphémère...

 

Le campement sous toile

 

Déjà certainement adoptées par nos lointains ancêtres dès la préhistoire, les tentes sont utilisées depuis longtemps par les populations nomades, par les troupes romaines et autres, puis par les armées du Moyen Âge. Elles répondaient au besoin de mobilité.

Nos rois et les chefs de guerre utilisaient des installations luxueuses et imposantes. Le camp du Drap d'or et les bivouacs de Napoléon sont des images gardées en mémoire, au coté de structures beaucoup plus sommaires prévues pour les troupes.

En « découvrant » la vallée de Chamonix en 1741, les Anglais Richard Pococke et William Windham accompagnés de quelques amis - tous armés - campent pendant certaines étapes depuis Genève, et établissent un camp à proximité du Prieuré de « Chamouni », laissant feux allumés et sentinelles en garde pendant la nuit.

Les militaires et nomades transportent dans leurs périples de lourds campements avec l'aide de bêtes de somme.

Dès le milieu du XIXe siècle, ce moyen de bivouac sera peu à peu utilisé en montagne et au cours des explorations de terres inconnues.

 

Pour s'approcher des montagnes à gravir, les ascensionnistes établiront des campements d'approche en les faisant transporter par des porteurs recrutés dans les villages voisins.

C'est encore un équipement assez encombrant et pesant directement emprunté aux militaires et employé notamment par les officiers géographes pour la triangulation des Pyrénées et des Alpes, ils installeront des abris sous toile pour leurs bivouacs au niveau de leurs stations sur les sommets.

 

Le premier matériel spécialisé pour la montagne - une tente alpestre - est étudié et développé par Édouard Whymper dès 1862, les modèles antérieurs se révélant inutilisables en altitude. La tente est minutieusement décrite et dessinée dans son bel ouvrage merveilleusement illustré « Mes escalade dans les Alpes » de 1873 dans sa traduction française. Le modèle qui prendra le nom de « tente Whymper » permet quatre couchages et est proposé pour 8,3 Kg et 1 Kg supplémentaire pour une bonne étanchéité...

 

Le campement sous une « maison de toile » est régulièrement utilisé par Henry Spont, dès 1890 et pendant plus de quinze ans, pour ses pérégrinations dans les montagnes pyrénéennes. Il publie « Les campements dans les Pyrénées » dans la revue La Montagne de 1905. Le matériel de bivouac doit être transporté par un guide et un assistant porteur... Les quatre protagonistes pourront ainsi placer un campement au sommet de l'Aneto, 3404m ; le culmen des Pyrénées.

Ensuite les refuges viendront simplifier les approches.

 

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DES PERFORMANCES FABULEUSES ENTRE 1865 ET 1914

 

  • Citons les performances fabuleuses de ces années-là, où l'attrait de l'itinéraire va prendre le pas sur l'intérêt du sommet vierge, elles font dates dans l'histoire de l'alpinisme :

 

<  En 1865, les Guides Jakob et Melchior Anderegg conduisent Adolphus W. Moore, accompagné de George Spencer Mathews, Franck et Horaces Walker sur l'éperon de la Brenva au Mont Blanc, première traversée du col de la Brenva.

 

<  En 1872, le Guide Ferdinand Imseng conduit un groupe de cinq ascensionnistes dans la formidable paroi est du Mont Rose.

 

<  En 1876, comme déjà indiqué précédemment, le premier alpiniste français à s'engager dans un itinéraire difficile jamais exploré est Henry Cordier. Avec les Guides Jakob Anderegg, Johann Jaun et Andreas Maurer et ses amis Thomas Middlemore et J. Oakley Maund, il réussit l'ascension audacieuse du couloir de l'Aiguille Verte qui portera son nom.

 

<  En 1877, premier itinéraire dans le versant sud du Mont Blanc par James Eccles, avec ses Guides Michel et Alphonse Payot.

 

<  En 1878, Alexander Burgener avec Kaspar Maurer conduisent Clinton T. Dent et J. Walker Hartley, pour la première ascension du Grand Dru.

 

<  En 1893, ascension de l'arête de Peuterey au Mont Blanc, l'une des plus longues et la plus célèbre arête des Alpes. L'exploit est réussi par Paul Güssfeldt et ses Guides Emile Rey, Christian Klucker et César Olivier...

 

<  En 1902, premier parcourt de ce qui se révélera comme l'une des plus belles arêtes des Alpes, l'arête Sans Nom de l'Aiguille Verte, par R. W. Broadrick et A. E. Field, avec les Guides Joseph Ravanel et Joseph Demarchi.

 

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ALBERT FREDERICK MUMMERY

 

  • C'est la personnalité de Mummery qui va dominer cette période de l'histoire de l'alpinisme, il révéla l'escalade rocheuse et les grandes courses de rocher.

 

Avec son Guide Alexander Burgener, nous leurs devons :

 

<  En 1879, l'ascension de l'arête de Zmutt au Cervin.

<  En 1880, l'exploration de l'arête de Furgen.

<  En 1881, le couloir en Y à l'Aiguille Verte...

 

  • Plus que ses performances, il a laissé un livre exceptionnel à la postérité : « Mes escalades dans les Alpes et le Caucase » dont l'un des chapitres « Plaisirs et pénalités » influencera beaucoup les futures générations.

 

  • C'est aussi un des précurseurs de l'alpinisme autonome - sans guide - et qui le fît savoir...

 

<  En 1892, ascension des Grands Charmoz.

<  L'année suivante l'Aiguille du Grépon, puis la première ascension de la Dent du Requin, et la traversée du Cervin.

<  En 1894, l'ascension par l'arête du Moine de l'Aiguille Verte et surtout le Mont Blanc par le versant de la Brenva, comptent parmi les ascensions les plus probantes d'un alpinisme autonome naissant...

 

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L'alpinisme autonome

 

Déjà, dès le milieu du XIXe siècle, il existait les initiatives remarquées de Victor et Pierre Puiseux :

 

« MM. Puiseux père et fils ajoutent à la valeur de leurs ascensions le mérite de les faire sans guide », ils furent des avant-gardistes qui en France ne seront pas suivis...

 

Dans le même temps que Mummery, des cordées autonomes apparaissent en Europe, l'alpinisme devient un sport populaire en Bavière, en Autriche et en Suisse...

 

<  En 1885 déjà, Ludwig Purtscheller, Emil et Otto Zsigmondy réalisent la traversée de la Meije, c'est la plus belle performance de l'alpinisme autonome du XIXe siècle.

 

Le but du jeu

 

Pour Emil Zsigmondy : « une ascension n'a de sens, de valeur que si le grimpeur la réalise par ses propres moyens »...

 

« Désormais rien ne doit venir s'interposer entre l'ascensionniste et la montagne »... Le but ultime du jeu est de devenir autonome et responsable.

 

  • Parmi les rares premiers alpinistes autonomes français, il faut citer Ernest Thorant. Il réalisa de cette façon avec Henri Chaumat la première ascension de la face nord du Mont Aiguille le 25 août 1895. Et aussi la première ascension de la Meije avec Auguste Payerne en autonomie également, mais les deux feront malheureusement une chute mortelle durant la descente...

 

En 1900, c'est pour Heinrich Pfannl et deux compagnons, la première en autonomie de l'arête de Peuterey du Mont Blanc.

 

En 1901, les frères Gugliermina inaugurent l'arête du Brouillard et reprennent l'arête de l'Innominata en 1921 sur notre culmen des Alpes...

 

En 1905, Hans Pfann et un compagnon répètent l'arête de Peuterey et en 1912, l'arête du Brouillard encore sur le Mont Blanc.

 

Notre revue La Montagne consacre en 1910 un article sur l'Alpinisme autonome - mais prudemment pour ne pas choquer - de la main d'un membre influent du Club Alpin Italien...

 

  • De ce temps-là, Claudius Joublot fut un autre des rares alpinistes français à parcourir la haute montagne en autonomie. Plus tard, rédacteur en chef de la Revue Alpine, il est le premier à porter un intérêt particulier aux grandes ascensions.

 

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DEUX CORDÉES EXCEPTIONNELLES

 

  • Gravir les cimes des Alpes par des faces d'une seule envolée et par des arêtes vertigineuses, ce sera - de 1875 et jusqu'en 1914 - l'une des plus remarquables périodes de l'alpinisme...

 

  • Après le temps de Mummery, deux cordées exceptionnelles vont venir marquer à jamais notre histoire...

 

De 1904 à 1914, Valentine J. E. Ryan va former avec ses Guides Franz Lochmatter et ses frères, une équipe parfaite et efficace. L'arête est de l'Aiguille du Plan, la Dent d'Hérens par l'arête est et surtout la face Sud du Täschorn sont les ascensions les plus marquantes d'une série exceptionnelle de grandes ascensions...

 

L'arête est de l'Aiguille du Plan appelée aujourd'hui arête Ryan est un bel exemple de passages d'escalade en fissures du quatrième degré limite supérieure de nos cotations techniques actuels. Une escalade réalisée sans piton et en chaussures à clous...

 

Durant cette même période, la cordée constituée de Geoffrey Winthrop Young et de son Guide Joseph Knubel réussira une série équivalente de grandes ascensions dont l'arête du Brouillard au Mont Blanc et la face est de l'Aiguille du Grépon avec sa fameuse fissure Knubel - réussie en chaussures à clous et avec un coincement de piolet - reprise un peu plus tard en escalade plus orthodoxe par Franz Lochmatter.

 

 

UN EXPLOIT UNIQUE

 

Les deux équipes Ryan-Lochmatter et Youg-Knubel partageront certains exploits notamment la face Sud du Täschorn.

 

  • En 1906, les deux cordées sont engagées dans le versant sud du Täschorn dans les Alpes valaisannes pour un exploit historique.

 

Ayant atteint un point de non-retour, les deux cordées se réunissent et Franz Lochmatter force le grand dièdre terminal qui présente des difficultés du cinquième degré limite supérieure de nos cotations techniques actuelles. Le groupe n'avait pas l'aide des pitons et les grimpeurs étaient posés sur de modestes vires sans aucun moyen d'assurage, pendant que le grand Guide valaisan les sortait d'un piège mortel...

 

Il faudra attendre trente années - et l'aide des pitons - pour voir d'autres grimpeurs reprendre l'itinéraire réussi par le génial Guide de Zermatt. C'est un exploit unique, obligé par les événements...

 

  • Autant Ryan était peu communicatif, autant Geoffrey Winthrop Young a su nous laisser une ½uvre littéraire de grande qualité. « Mes aventures alpines » et « Nouvelles ascensions dans les Alpes » sont deux ouvrages incontournables de la littérature alpine.

 

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DANS LES ALPES OCCIDENTALES JUSQU'EN 1914...

 

En 1914, grâce beaucoup à leurs Guides, les alpinistes avaient gravi les plus belles arêtes et les faces les plus imposantes accessibles sans moyens artificiels, seuls les versants nord et certaines parois monolithiques restaient des territoires inexplorés...

 

  • Jusque-là, de 1856 à 1914, nos collègues britanniques avaient presque tout pris ne laissant que très peu aux continentaux, mais le mérite principal de ces audaces et de ces aventures revenaient évidemment aux Guides valaisans, oberlandais, chamoniards, valdôtains et autres qui allaient devant...

 

Un premier pas vers l'autonomie

 

Déjà en 1908, un petit groupe de grimpeurs issus du Club Alpin fréquente régulièrement les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau, dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade : « le Groupe des Rochassiers », créé par les anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris...

 

Rapidement des projets se concrétisent, des cordées autonomes se constitueront pour les vacances de l'été dans les Alpes... Et dès 1910 de nombreuses courses sont entreprises... Le Groupe des Rochassiers sera le lien fort qui conduira plus tard en 1919 à la création du Groupe de Haute Montagne.

 

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PENDANT CE TEMPS-LÀ DANS LES ALPES ORIENTALES

 

  • Les plus importants progrès dans l'escalade rocheuse viendront des grimpeurs des Alpes orientales confrontés aux raides parois calcaires, beaucoup plus exposées que les granites des Alpes occidentales.

 

  • Les exploits sans moyen de protection des précurseurs, les Georg Winkler, Sepp Innerkofler, et autres Ludwig Purtscheller nous étonnent encore aujourd'hui...

 

En 1899, ascension du Campanile Basso dans les Dolomites occidentales par les Autrichiens Otto Ampferer et Karl Berger. C'est la première fois que des obstacles d'escalade du quatrième degré supérieur de difficulté de notre cotation actuelle sont franchis sur une paroi exposée. Des fiches de métal pour fixer la corde de rappel pour la descente sont utilisés par les grimpeurs.

 

En 1909, première incursion d'un grimpeur français dans les Alpes orientales. Pierre Blanc, le Guide de Bonneval-sur-Arc - conduisant Charles F. Meade - réussit à la suite d'une erreur d'itinéraire, un passage exposé d'escalade du cinquième degré dans la partie finale de l'ascension du spigolo sud-ouest du Campanile Basso dans les Dolomites.

 

L'École de Munich

 

En l'année 1910 est réuni à Munich, dans le Club Alpin Bavarois, un groupe de grimpeurs exceptionnels, comprenant entre autres Paul Preuss, Hans Dulfer, Otto Herzog - avec un peu plus à l'écart dans ses montagnes Hans Fiechtl - que l'on appellera l'« École de Munich ».

 

  • Cette équipe, par ses performances, ses perfectionnements techniques et ses idées novatrices, va profondément faire évoluer l'escalade... Tout va aller très vite...

 

  • Et Munich va remplacer pour un temps Londres, comme centre de référence pour tout ce qui concerne l'alpinisme...

 

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L'équipement des alpinistes jusqu'en 1914

 

L'équipement des alpinistes reste sommaire, la corde en chanvre, les souliers à clous et le piolet dans les Occidentales et espadrilles d'étoffes dans les ascensions rocheuses des Orientales, l'encordement est direct à la taille.

Mais des techniques nouvelles vont profondément modifier les façons de faire...

 

Les crampons

 

En 1908, Oskar Eckenstein définit les crampons modernes à dix pointes et une méthode de cramponnage ainsi que le piolet court...

Une fabrication artisanale débuta chez le forgeron Henri Grivel à Courmayeur qui utilisa scrupuleusement les plans originaux de l'auteur...

 

En Autriche, deux articles sont publiées par l'auteur en 1908 et 1909 et le Club Alpin Suisse présente une traduction française dès 1909.

Des variantes de fabrication apparaîtront dès1920 sans une réelle amélioration.

La méthode de cramponnage Eckenstein sera expliquée plus tard en France dans la revue Alpinisme de 1927...

Bien d'autres modèles apparaîtront, sans parvenir à s'imposer...

Les Britanniques de l'Alpine Club, qui sera longtemps l'instance de référence de tout ce qui concerne l'alpinisme, prennent position contre l'utilisation de ce moyen artificiel, mais vont plus tard beaucoup évoluer... En fait, chaque équipement nouveau suscitera réserve, refus et polémiques de l'institution...

 

Les pitons

 

Les « crampons de fer » enfoncés dans les fissures de la roche sont utilisés dès 1870 dans les Alpes orientales pour redescendre les raides parois des Dolomites et amarrer les rappels, il s'agissait de grosses fiches métalliques terminées par des anneaux, des crochets et piquets de muraille.

 

Certains se décordaient pour passer la corde dans l'anneau métallique, d'autres utilisaient un anneau de corde pour assurer la liaison corde-piton.

 

En 1910, le Tyrolien Hans Fiechtl donne aux pitons leurs formes actuelles d'une seule pièce.

 

Dans les Alpes occidentales, ils sont occasionnellement utilisés comme ancrage pour les rappels durant les descentes...

 

L'ouvrage « Technique de l'alpinisme » du Club Alpin Suisse de 1918, évoque l'usage des crochets de muraille.

 

Notons tout de même l'emploi de broches en fer enfoncées dans la roche pour gravir la Dent du Géant dans le massif du Mont Blanc en 1882, mais ce ne fut heureusement qu'une perversion sans suite.

 

Le 7 juillet 1895, durant une exploration du versant nord du Mont Aiguille visant une future ascension, E. Thorant et G. Dodero avaient descendu la face en enfonçant avec l'aide d'un marteau des clous de 20 centimètres comme ancrages pour les rappels. L'itinéraire étant parcouru dans le bon sens le 25 août par Ernest Thorant et Henri Chaumat.

 

Les mousquetons

 

La même année 1910, le Munichois Otto Herzog emprunte aux pompiers de Munich le mousqueton en acier qui permet la liaison commode entre le piton et la corde.

Dès 1913, un magasin spécialisé de Munich propose déjà ces mousquetons à la vente.

 

Les Manchons

 

Les espadrilles renforcées des Dolomites, les Kletterschuch sont en usage en France dès 1908...

 

Hans Kresz chausse pour la première fois dans les Dolomites des espadrilles à semelle de feutre, les fameux Manchons.

 

Les rappels

 

Les rappels de corde sont employés dans les reliefs calcaires très raides des Alpes orientales, mais la technique de la « Kletterschluss », le freinage de la descente par la jambe et les pieds est très aléatoire...

Viendra un premier progrès avec la méthode genevoise utilisant le bas du corps et un bras, et enfin la technique du rappel en S avec le freinage de la descente par le corps, qui sera développée par Hans Dulfer, la « dülfersitz ». Cette technique de descente à la corde restera utilisée jusqu'à la commercialisation de l'outil en forme de huit dans les années mil neuf cent soixante-dix....

 

Les Tricounis

 

En 1912, le Suisse  Félix-Valentin Genecand, dit « Tricouni » invente un clou spécial, le Tricouni en acier dur et arêtes vives pour les semelles des chaussures de montagne. Les Tricounis vont remplacer les Ailes de mouche du cloutage classique, et assurer une bonne tenue du pied sur les petites prises rocheuses...

En tricounis et bandes moletières

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Douze pitons dans toute sa carrière

 

  • En 1910 encore, Angelo Dibona et Luigi Rigi conduisant Guido et Max Mayer, escaladent directement la face nord de la Cima Una, dans les Dolomites orientales, où Dibona plante son premier piton... Il en utilisera douze durant toute sa carrière de grimpeur et de Guide ... La difficulté est du cinquième degré, la paroi est haute de 800 m.

 

  • Angelo Dibona et les mêmes compagnons réalisent un mois plus tard une ascension de grande envergure, le long du grand dièdre central du Croz dell'Alltissimo, dans les Dolomites occidentales. Hauteur de la paroi 1000 m, cinquième degré pour la difficulté, deux pitons sont utilisés...

 

Paul Preuss réalisera aussitôt la seconde ascension... sans piton...

 

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UN EXPLOIT INOUÏ

 

En 1911, Paul Preuss à la recherche de la perfection, réussit l'ascension de la face est du Campanile Basso, dans les Dolomites occidentales, seul, sans piton, sans corde et redescend par le même itinéraire sans l'aide de la corde.

 

Cette paroi est équipée aujourd'hui de plusieurs pitons et réclame beaucoup d'attention aux grimpeurs d'aujourd'hui... L'escalade courte et exposée, haute de 120 m, présente des passages du cinquième degré de difficulté. Contrairement à l'exploit contraint de Lochmatter, ici c'est en toute liberté d'action et de décision que l'on escalade et désescalade une paroi du cinquième degré de difficulté...

 

  • En cette année 1911, paraît dans la revue Deutscher Alpenzeitung, sous la plume de Paul Preuss, l'article clef concernant les moyens de l'escalade. C'est le début de l'immense polémique sur l'utilisation de moyens artificiels en escalade ; « de même que l'alpinisme diffère de l'art de grimper, la solution d'un problème d'escalade peut être du point de vue de l'alpinisme dépourvue d'intérêt ; le respect du style, qu'il s'agisse d'alpinisme ou d'escalade pure, devrait être la règle formelle pour chaque grimpeur ».

 

  • Le piton, la corde, la descente à la corde, rien ne résiste pas à la critique de Preuss, c'est le rejet de tout moyen artificiel.

 

Mais le prophète ne pourra être suivi, car l'exigence était trop élevée...

 

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L'escalade artificielle

 

  • En 1911, Hans Fiechtl, l'inventeur des pitons modernes, est le premier à les utiliser comme moyen de progression. Avec H. Hotter, il gravit l'arête est-nord-est du Feldkopf sur la Zigmondyspitze, dans les Alpes orientales, des passages présentent des difficultés importantes d'escalade artificielle ( A2 ).

 

Particulièrement critiqué pour son emploi systématique des pitons de progression « la crucifixion des parois », il est traité par le Trentin Tita Piaz, l'un des artisans de la polémique sur les moyens de l'escalade, de « gangster du rocher, de jongleur des passages défendus ».

 

<  En 1911 avec l'emploi des pitons Angelo Dibona, le Guide de Cortina réussi l'ascension de la paroi nord de la Laliderwand dans le Karwendelgebirge.

 

<  En 1912, en appliquant les nouvelles techniques de traversées à la corde, d'assurage et de progression avec l'aide des pitons, dans une grande paroi, Hans Dulfer réussit avec un compagnon l'ascension du versant est de la Fleichbank et la face ouest du Totenkirchl dans le Kaisergebirge. Plus rien n'arrêtera les grimpeurs...

 

Le savoir-faire des Alpes orientales

 

<  En 1912, Angelo Dibona et Luigi Rigi conduisant Guido et Max Mayer réussissent l'ascension de la face sud de la Meije, dans le massif des Écrins ( sans utiliser les pitons qu'ils avaient pourtant à disposition ).

 

Dibona apporte dans les Alpes occidentales le savoir-faire des Alpes orientales...

 

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Le refus des Britanniques

 

Les Britanniques, au sein de l'Alpine Club, prennent position contre l'utilisation des moyens artificiels et des pitons.

Ils vont rester longtemps à l'écart de l'exploration des grandes parois rocheuses des Alpes avec pitons, et ne réapparaîtront dans les Alpes que cinquante années plus tard en ayant beaucoup évolué concernant l'emploi de ce moyen d'assurage et de progression, jusqu'à trouver une solution plus satisfaisante avec les coinceurs, d'abord des boulons dès 1960, puis des outils plus élaborés dès 1970...

 

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Les pitons qui vont changer la donne (collection Liebig)

 

LES DEUX FAÇONS DE FAIRE

 

En 1914, les deux pratiques de l'escalade sont bien perceptibles : les adeptes de l'escalade sportive et ceux pour qui l'escalade est une simple moyen de l'alpinisme.

 

Et c'est l'usage des pitons qui va accentuer les antagonismes...

 

<  L'escalade sportive est surtout pratiquée dès 1890 sur les falaises des Iles Britanniques et de la Saxe en Allemagne ; avec des règles précises, on doit grimper sans aucune aide extérieure et réaliser l'assurage par des moyens naturels, refus de l'utilisation des pitons comme moyen de progression, d'aide ou de repos bien sûr, mais souvent également comme moyen d'assurage. Les pratiquants de cette discipline sportive ne chercheront curieusement pas - au début - à exporter cette façon de faire en haute montagne, et on laissera bien seul Paul Preuss prêcher la bonne parole.

 

<  Chez les grimpeurs des pays alpins, l'escalade n'est qu'un simple moyen de l'alpinisme, cette pratique va rester longtemps influencée par l'école germanique née dans les Alpes Orientales. La rigueur du geste sportif pèse faiblement devant l'engagement moral et le dépassement physique.

 

En une phrase : « la fin justifie les moyens ».

 

La fin étant le sommet, le mythe de la paroi impossible ou encore l'affrontement avec les incertitudes de la montagne...

 

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PREMIERS REGARDS HORS D'EUROPE

 

  • Rapidement les regards s'étaient tournés vers les autres montagnes souvent inexplorées de la planète.

 

<  Dès 1851, des géographes de l'Empire des Indes dépassent peut-être 7000m dans l'Himalaya du Pendjab en ne pensant qu'à cartographier.

 

<  C'est par le Caucase que l'exploration alpine commencera... En 1868, le point culminant, l'Elbrouz, 5629m est gravi par Douglas Freshfield et ses compagnons avec François Devouassoud.

 

<  En 1879, Whymper se rend dans les Andes et revient avec l'exploration et l'ascension du Chimborazo, 6330m et du Cotopaxi, 5970m.

 

<  En 1883, l'Anglais W. W. Graham entreprend avec ses Guides une première expédition dans l'Himalaya indien et une altitude de 7200m est probablement atteinte.

 

<  En 1889, Ludwig Purtcheller et un compagnon réussissent l'ascension du Kilimandjaro, 5893m, le sommet le plus haut d'Afrique...

 

<  En 1896, Matthias Zurbriggen réussit l'ascension du point culminant des Andes et des Amériques, l'Aconcagua, 6950m...

 

<  En 1897, le duc des Abruzzes et ses compagnons explorent les montagnes de l'Alaska et escaladent le Mont Saint Elias, 5495m qui passait par erreur pour le culmen de l'Amérique du nord...

 

<  En 1906, le duc des Abruzzes et ses Guides escaladent le Ruwenzori, 5125m en Afrique...

 

<  En 1913, le Mount McKinley, 6194m est gravi par Harry Karsten, Hudson Stuck et deux compagnons, c'est le sommet principal de l'Amérique du Nord.


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DÉJÀ L'HIMALAYA

 

  •  C'est d'abord en 1835 et en 1856, l'exploration des contrées et des vallées du Karakoram, sans but d'ascension, à la recherche de la route commerciale la plus commode, au travers de cette chaîne de montagnes.

 

Le légendaire Mustagh Pass vers 5420m est atteint...

 

<  En 1851, le Chomolangma-Everest situé aux confins du Népal et du Tibet dans la chaîne de l'Himalaya est identifié comme étant la plus haute montagne du monde. Un nom tibétain Chomolangma existait, mais les Britanniques décidèrent de lui donner le nom de l'un des leurs George Everest...

 

 <  En 1858, le K2 situé dans la chaîne du Karakoram est identifié comme le second sommet du monde par son altitude 8621m, mais ce n'est encore qu'un signal trigonométrique lointain de quelque deux cents kilomètres... 

 

  •  En 1887, voyage sensationnel de Francis Younghusband qui, parti de Pékin, traverse tout l'Empire de Chine, gagne le Turkestan chinois et la ville de Yarkand, traverse la vallée du Shaksgam où il peut découvrir du regard et admirer pour la première fois le versant nord du K2, « une face d'une hauteur prodigieuse ». Il franchit ensuite le Mustagh Pass et redescend par les glaciers du Baltoro inférieur pour rejoindre Skardu, le Cachemire et l'Empire des Indes.

 

<  En 1892, première expédition d'envergure dans la chaîne du Karakoram. Elle est dirigée par William Martin Conway et composée notamment de C. G. Bruce qui sera le chef des expéditions britanniques à l'Everest de 1922 et 1924 et du Guide Matthias Zurbriggen. L'expédition remonte le glacier d'Hispar, traverse l'Hispar Pass, descend le glacier de Biafo, rejoint Askole, parcourt entièrement le glacier du Baltoro. Avec la cartographie du massif, l'entreprise réussie l'ascension du Pioneer Peak, 6890m, c'est le plus haut sommet atteint par les hommes à ce moment-là...

 

<  En 1894, Mummery tente l'ascension du Nanga Parbat, 8125m, il disparaît avec ses deux compagnons Gurkas, en estimant mal les dimensions de la montagne et les dangers objectifs de l'itinéraire projeté...

 

 <  En 1902, tentative d'ascension du K2 par Oscar Eckenstein, Heinrich Pfannl et leurs compagnons, altitude atteinte 6500m sur l'arête nord-est. 

 

 <  En 1907, le Trisul, 7120m sommet voisin de la Nanda Devi dans le massif du Gharwal, est gravi par Tom G. Longstaff, ses Guides les frères Brocherel et le Gurka Kharbir, deux mille mètres de dénivellation depuis le dernier camp, le groupe est conduit par Alexis Brocherel qui mènera pendant dix heures... C'est le plus haut sommet gravi par les hommes, il le restera encore vingt ans...

 

<  En 1909, le duc des Abruzzes et ses compagnons s'attaquent au K2, ils atteignent 6250m sur l'arête sud-est et surtout 7500m au cours d'une tentative d'ascension du Bride Peak... la plus haute altitude atteinte par les hommes à ce moment-là...

 

<  En 1910 et 1912, Charles Francis Meade avec Pierre Blanc et d'autres Guides - dont Franz Lochmatter - tentent l'ascension du Kamet, 7754 m ; nouvelle tentative en 1913, le col Meade 7138m est atteint...

 

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Chomolangma-Everest

 

  • Très vite les alpinistes veulent gravir la montagne identifiée dès 1851 comme le culmen de la terre ; mais seuls les Britanniques possèdent les hommes, l'organisation et les moyens financiers pour tenter l'aventure.

 

<  En 1880 déjà, au sein de l'Alpin Club, les Britanniques évoquent les problèmes que présente une pareille entreprise...

 

 <  En 1907, une première reconnaissance anglaise est empêchée par des raisons diplomatiques...

 

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Elle allait prendre les meilleurs

 

Et la plus grande catastrophe du vingtième siècle - la Grande guerre de 1914-1918 - allait arrêter, prendre ou handicaper parmi les meilleurs alpinistes de ces années-là...

 

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Lire la suite dans les dossiers suivants :

 

- L'alpinisme de 1919 à 1939

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d'Europe

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l'Himalaya et du monde.

 

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L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

 

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