FFCAM - Le Club Alpin Français de 1874 à 1914

 

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Un historique du Club Alpin Français - aujourd'hui Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne - est proposé en plusieurs dossiers :

 

- Les origines du Club Alpin Français

- Le Club Alpin Français de 1874 à 1914

- Le Club Alpin Français de 1915 à 1940

- Le Club Alpin Français de 1941 à 1974

- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994

- La Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne de 1995 à nos jours

 

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Le Club Alpin Français de 1874 à 1914

 

Sommaire :

 

- Les débuts d'une grande histoire

- 1874 - Le Club Alpin Français

- Des adhérents issus de milieux cultivés et aisés

- Une démarche sociale et très politique

- Un aménageur de la montagne

- 1875 à 1892 - Les premiers refuges

- 1875 à 1914 - Les plus importants sentiers et chemins muletiers

- Les Caravanes scolaires

- Une approche scientifique des montagnes de France

- Un essor important

- Les grandes orientations à la fin du XIXe siècle

- 1877 - L'ascension de la Meije

- 1874 à 1900 - Les Guides

- 1882 - L'utilité publique du CAF

- Le développement économique

- 1890 - Création du Touring club de France

- 1884 à 1904 - La pratique hivernale de la montagne

- 1890-1920 - L'½uvre de Joseph et Henri Vallot

- 1903 - La Commission de Topographie

- L'½uvre de Paul Helbronner

- 1893 à 1914 - Les refuges construits

- 1905 - Un seul titre La Montagne

- L'essor du tourisme

- 1906 - Les restaurations des terrains de montagne

- 1904 à 1914 - Le développement du ski en France

- 1910 - La manifestation de Port-Miou

- 1900 à 1914 - Les Guides

- L'alpinisme autonome

- 1912 - Notre organisation n'était pas prête

- La protection des sites et de la montagne

- Pendant ce temps là à l'étranger

- À ce moment-là, en 1914

- Les présidents de Club Alpin Français de 1874 à 1914

 

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LES DÉBUTS D'UNE GRANDE HISTOIRE


Les précurseurs britanniques vont d'abord faire se confronter différentes façons d'aborder les montagnes :

 

<  Les adeptes d'un alpinisme contemplatif, d'un domaine sacré qu'il ne fallait pas profaner.

 

<  Ceux qui voulaient s'en tenir à une approche savante permettant des avancées scientifiques concernant la Physique et les Sciences de la Terre.

 

<  Et enfin les tenants d'une pratique aventureuse et sportive.

 

En 1860 déjà, les Britanniques font voler en éclat l'argument scientifique dans l'approche des montagnes pour cette conception « aventureuse et gratuite »... concernant une activité « sans règlement et sans arbitre, fondée sur une éthique non écrite et fluctuante ».

 

UN PETIT GROUPE ISSU DES MILIEUX CULTIVÉS DE LA SOCIÉTÉ


Les premières Sociétés d'excursionnistes et d'ascensionnistes se structurent dans la seconde partie du XIXe siècle.

 

D'abord en 1857, en Grande Bretagne pour le très élitiste « Alpine Club », défenseur de cette conception « aventureuse et gratuite ».

 

  • En France, l'idée de fonder une Association consacrée à la montagne est venue - dès 1870 - d'un petit groupe issu des milieux cultivés de la société, dont Édouard de Billy et Adolphe Joanne.

 

Des personnalités déjà averties et porteuses d'intérêt pour les montagnes, disposant des loisirs et des moyens économiques nécessaires.


Mais la guerre de 1870 repoussera le projet pour un temps...

 

1874 - LE CLUB ALPIN FRANÇAIS

 

<  En 1874, création du « Club Alpin Français », c'est l'activisme éclairé d'Abel Lemercier qui permit l'initiative, il y aura 137 membres fondateurs...


<  L'ambition est de représenter les montagnards et les alpinistes, et de diffuser la connaissance de la montagne et d'encourager sa fréquentation, ce sera l'institution française dominante dans l'organisation des sports de montagne...


L'inlassable enthousiasme d'Abel Lemercier créera le courant d'opinion favorable « dans le monde savant et lettré des académies et de l'Institut de France, allant auprès des maîtres des Grandes Écoles et des Facultés, convainquant les grands noms de l'Armée, du Barreau, de la politique, et des affaires... pressant les banquiers et le haut commerce, il conquit les capitaines des grands Réseaux de Chemin de fer »...

 

L'année 1874 s'achève avec 607 membres du Club Alpin.

 

Les 7 premières Sections organisées sont : Paris, Auvergne, Gap, Isère, Vosges, Savoie et Lyon.

 

Un fort sentiment patriotique

 

Cette initiative n'est pas sans lien avec le mouvement général en France, en faveur du développement des exercices physiques dans la population sédentaire des villes, un engouement pour le sport encouragé par les autorités de l'État.

 

Il convient de rappeler que la France venait de perdre la guerre de 1870 et comme tribut l'Alsace et une partie de la Lorraine.

 

Un fort sentiment patriotique animait toutes les couches sociales de la nation meurtrie, ce sentiment sera évidemment très perceptible dans les actions de notre instance jusqu'à la Grande Guerre 1914-1918.

 

Une société d'un caractère nouveau

 

Le Club Alpin développera des activités culturelles et scientifiques se rapportant aux montagnes et proposera des activités sportives modérées, un excursionnisme alpin cultivé et un alpinisme mesuré...

 

C'est une association qui aura pour objet non pas un sport, mais un domaine - la Montagne - ce qui la rendra, encore aujourd'hui, très différente des organisations sportives classiques...

 

  • C'est à ce moment-là, « une société d'un caractère nouveau, sans exemple dans le passé ».

 

La création du Club Alpin est appuyée par la « Société de Géographie » qui compte plusieurs de ses membres dans la direction du nouveau club, et un lien fort demeurera.

 

D'autres associations existent déjà, ou se constituent en province, mais seulement au niveau local, comme la « Société Ramond » dans les Pyrénées en 1864, et la « Société des Touristes du Dauphiné » en 1875...

 

 Insigne et devise

 

Le Club Alpin adoptera une devise « Excelsior » et un premier insigne où figurent un bâton de montagne, un piolet et une corde...

 

<  Voir le dossier : Les origines du Club Alpin Français - Insigne et devise.

 

 

UNE EXCEPTION REMARQUABLE

 

  • En s'ouvrant dès l'origine aux femmes, le Club Alpin sera une exception remarquable se différenciant de la plupart des autres Sociétés ou Clubs sportifs nationaux et européens qui les excluaient, et les excluront pour certains d'entre eux jusqu'après le milieu du XXe siècle...


Le Club Alpin se voulait ouvert à tous « sans distinction d'âge, de sexe, d'états de service » et en incitant à une pratique alpine pour les femmes, notre club se trouvait être très en avance sur son temps...

 

DES ADHÉRENTS ISSUS DE MILIEUX CULTIVÉS ET AISÉS


Au début les adhésions viendront - comme pour ses fondateurs - des milieux cultivés de la société, puis des milieux aisés disposant des loisirs et des moyens économiques nécessaires. Un recrutement venant essentiellement des villes, au début majoritairement de Paris et des villes proches des montagnes.

 

Ce n'est que plus tard que l'intérêt pour la montagne, que l'attrait pour l'excursionnisme et l'ascensionnisme, se répandront dans d'autres couches sociales de la population ( voir sur le sujet : La Montagne 1939 - Nos précurseurs et les commentaires qui ont suivis ).

 

<  En ces temps-là, rien ne pouvait venir d'un monde paysan trop attaché à faire fructifier ses terres ou à se nourrir, ni d'un monde ouvrier occupé à simplement travailler pour vivre, ni des classes moyennes constituées des employés et des commerçants trop accaparés par leur travail et ne disposant pas non plus du temps libre nécessaire, le repos hebdomadaire du dimanche faisant encore débat jusqu'à la Loi de 1906...


<  Il faut se remémorer les difficultés de transport et les nécessaires loisirs importants pour aborder les activités de montagne.

 

<  Seuls les bergers, les chasseurs et les cristalliers avaient un intérêt pour la montagne, beaucoup deviendront les Guides qui conduiront des touristes découvrir les montagnes, mais c'était un intérêt d'ordre alimentaire avant tout...

 

Les premières Sections du Club Alpin

 

En 1874 : Section de Paris ; d'Auvergne ( Clermont-Ferrand ) ; de Gap ; de l'Isère ( Grenoble ) ; d'Annecy ; d'Aix-les-Bains.

 

En 1875 : Section lyonnaise ( Lyon ) ; vosgienne ( Nancy ) ; de Briançon ; de Barcelonnette ; de Saône-et-Loire ( Chalon-sur-Saône ) ; d'Embrun ; de Tarentaise ( Moûtiers ) ; du Jura ( Besançon ) ; de Provence ( Marseille ).

 

En 1876 : Section des Pyrénées Centrales ( Toulouse ) ; du Sud-ouest ( Bordeaux ) ; Côte d'Or et Morvan ( Dijon ) ; Hautes Vosges ( Épinal ).

 

En 1877 : Section du Mont-Blanc ( Bonneville ).

 

En 1879 : Section du Midi ( Montpellier ) et des Alpes Maritimes ( Nice ).

 

Le parrainage

 

Pour entrer dans les Sections locales du Club Alpin, le nouvel adhérent était parrainé par deux anciens qui l'aideront à se former.

 

Le parrainage garantissait la qualité des entrants et de leur d'intérêt pour les montagnes, il permettait  l'initiation et servait à la transmission d'un rudiment d'Enseignement alpin.

 

Une activité accompagnée

 

Dès 1875, les sorties organisées en « caravanes » d'adultes ou scolaires permettaient au plus grand nombre de s'initier à l'alpinisme, sous la conduite d'un Guide ou d'anciens expérimentés.

 

En dehors des orientations culturelle et scientifique dominantes à la fin du XIXe siècle, l'Association proposera des activités tournées vers l'excursionnisme et un alpinisme modéré toujours sous la conduite d'un Guide connaissant les terrains visités...

 

Une Direction centrale pas suffisamment représentative

 

Le Club Alpin est constitué de Sections locales implantées souvent dans les principaux centres urbains proches des montagnes et de la Section de Paris, la plus nombreuse en nombre d'adhérents.

 

Il est administré par une « Assemblée générale » annuelle ; et une « Direction centrale » de 18 personnalités, élues par l'Assemblée générale et par les présidents des Sections.

 

Le président du Club Alpin anime la Direction centrale...

 

Cette organisation particulière fera longtemps débat... Certaines Sections sont mal représentées et réclameront dès 1878 un scrutin plus égalitaire...

 

Il faudra attendre la réforme des statuts de 1911 pour que le Club adopte une représentation proportionnelle aux élections et aux votes en Assemblée générale.

 

Un Club ouvert à tous

 

  • Concernant la propagande pour un alpinisme modéré et un excursionnisme cultivé et averti, les dirigeants du Club insistent :

 

« Beaucoup de personnes s'imaginent que pour entrer dans notre association, il faut avoir des courses difficiles ou périlleuses. Vous savez qu'il n'en est rien. Nos rangs sont ouverts à tous ceux et toutes celles qui aiment les montagnes, même de loin... ».

 

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UNE DÉMARCHE SOCIALE ET TRÈS POLITIQUE

 

  • Dès sa création et malgré des adhérents de la première heure venus des milieux cultivés et aisés de la société, le Club Alpin a été conduit par ses Fondateurs vers une démarche beaucoup plus sociale et politique qu'il n'y peut paraître...

 

Car plutôt que de vouloir « réunir une étroite fraternité de goûts par une sélection sévère », il préféra convoquer « sans distinction d'âge, de sexe, d'états de service ».

 

  • « Cet idéal qui avait prévalu de l'autre côté de la Manche s'est présenté, sans le moindre doute, à l'imagination de nos fondateurs. Ils ont eu la sagesse de ne point s'y attarder et de s'orienter franchement vers la solution démocratique et généreuse que l'avenir ne pouvait manquer de faire prévaloir ».

 

Plutôt que d'offrir « à quelques délicats un plaisir d'artiste, et à quelques jeunes gens robustes et déterminés les joies de la lutte et de la victoire », il fallait donner « pour la jeunesse studieuse, pour les citadins affaiblis par un travail sédentaire, au total pour une fraction importante de nos concitoyens, une occasion de joies salubres, de rénovation morale et physique ».

 

Il fallait faire « se diriger vers nos vallées alpines ou pyrénéennes une immigration estivale comparable à celle que reçoivent les régions favorisées de la Suisse ».

 

Il fallait encourager « la création pour les familles aisées de nouveaux centres de villégiature ».

 

Il fallait « enlever ces hôtes temporaires à l'oisiveté coûteuse des stations thermales pour les mettre en contact avec la vraie montagne et leur faire respirer l'air vivifiant des sommets ».

 

Un précurseur inspiré


Dans le même temps dans nos montagnes « pouvaient être conjurées les menaces de dépopulation et de ruine que la décadence de l'industrie pastorale avait fait naître pour nos régions de frontière ».

 

« Ces communautés si intéressantes par la simplicité de leurs m½urs et leur fidélité aux traditions allaient se trouver rattachées au sol. Assurées de nouveaux éléments de prospérité, elles continueraient à former pour la patrie une réserve de défenseurs ; et pour la population inféconde et anémiée des villes, une source de rajeunissement » ( Annuaire 1898 ).

 

Le Club Alpin sera un précurseur inspiré qui a accompagné l'essor du tourisme de montagne, qui a contribué au maintien et à la croissance de l'économie montagnarde et à une prospérité des populations - à l'époque très appauvries - des hautes vallées oubliées des montagnes de France.

 

À la fin du XIXe siècle, rien n'existait dans ces hautes vallées perdues, victimes de la dépopulation, du surpâturage et de la misère... Seuls les centres de Chamonix et de Gavarnie adossés aux « industries » du Mont Blanc et du Cirque de Gavarnie trouvaient une certaine prospérité...

 

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UN ANNUAIRE DU CLUB ALPIN FRANÇAIS

 

Pour assurer la diffusion de son ½uvre, mais aussi « contribuer à la construction d'une définition de l'alpinisme véritable », le Club publie dès 1874 un « Annuaire du Club Alpin Français » et un « Bulletin Trimestriel ».

 

Un Comité de rédaction conduira ces publications, au début sous la signature de Adolphe Joanne, président, puis de Frantz Schrader, secrétaire de rédaction, et avec notamment au fil des années comme membres du comité : Charles Durier, Pierre Puiseux et Joseph Vallot.

 

Ces publications seront des outils de diffusion ouverts aux différents courants qui animent le milieu montagnard.

 

Certaines plumes célèbres publieront dans les colonnes de l'Annuaire, lui permettant d'acquérir un grand prestige...

 

Ces deux séries d'ouvrages sont des documents incontournables pour retrouver l'histoire de notre club, jusqu'en 1905 où la revue La Montagne viendra remplacer les premiers écrits ( voir les dossiers : Les origines du Club Alpin et aussi Les revues du Club alpin français ).

 

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Le campement sous toile

 

Dès le milieu du XIXe siècle, ce moyen de bivouac sera peu à peu utilisé en montagne et au cours des explorations de terres inconnues. Pour s'approcher des montagnes à gravir, les ascensionnistes établiront des campements d'approche en les faisant transporter par des porteurs recrutés dans les villages voisins.

Le premier matériel spécialisé pour la montagne - une tente alpestre - est étudié et développé par Édouard Whymper dès 1862, les modèles antérieurs se révélant inutilisables en altitude ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme de 1492 à 1914 - L'équipement des alpinistes en 1850 et avant - Le campement sous toile ).

 

Ensuite les refuges viendront simplifier les approches

 

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Un difficile équilibre

 

L'½uvre principale du Club Alpin sera de réussir le difficile équilibre entre une protection raisonnable du milieu naturel et un aménagement indispensable pour que les hommes puissent fréquenter les montagnes...

 

Dans notre Association, la Protection et l'Aménagement de la montagne resteront de tous temps intimement liés...


UN AMÉNAGEUR DE LA MONTAGNE


En 1874, le Club Alpin dont le but général est « d'encourager et favoriser la connaissance de la montagne et sa fréquentation individuelle ou collective en toute saison » a inscrit dans ses statuts, parmi les moyens d'action qu'il se donne « la construction, l'amélioration et l'entretien de refuges, chalets, abris et sentiers ».

 

Pour lui en effet, la présence de tels équipements à peu près inexistants dans les massifs français, conditionne la possibilité de les parcourir pour des randonnées ou des ascensions. Sans ces points de départ, de repos et de sécurité, il est inutile de vouloir développer des disciplines sportives liées aux hautes montagnes ( voir l'historique dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges ).

 

  • Dès sa création, il sera un aménageur de la montagne, il va lui appartenir et à quelques rares autres associations, de mener à bien un quadrillage cohérent et généralisé des constructions en montagne.

 

  • Parmi celles-ci, la « Société des Touristes du Dauphiné » qui proposera rapidement - dans son environnement régional - des constructions élaborées.

 

Les initiatives déjà en place autour de Chamonix et du Mont Blanc, permettront au Club Alpin de porter ses premiers efforts vers les autres zones de montagnes.

 

Il faut constater - là aussi - la justesse de vue des Fondateurs : « C'est aux Sections montagneuses de voir et de dire quel refuge est à construire au fond de leurs vallées, au sommet de leurs montagnes ou au pied de leurs glaciers. Elles seules peuvent sur ces questions édifier la Direction centrale, lui dire quelle est l'utilité des travaux à entreprendre, l'importance des dépenses, les ressources dont chaque section peut disposer et par suite le subside qui est nécessaire ».

 

À cette époque de centralisme triomphant, les Fondateurs offraient au Club Alpin une spécificité originale en matière d'équipement : tout ne viendra pas de Paris...

 

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1875 à 1892 - LES PREMIERS REFUGES

 

Et peu à peu, de constructions en rétrocessions, le Club Alpin deviendra un bâtisseur avisé et reconnu... Et la Section de Briançon se révélera rapidement un des acteurs les plus actifs....

Entre 1875 et 1914, quelques quarante refuges et chalets sont construits par l'association...

 

Un historique plus détaillé de chaque refuge figure dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

 

DANS LES ALPES

 

1875 - L'abri Puiseux

1877 - Le gîte Tuckett

1877 - Le refuge Cézanne, 1874m

1877 - Le refuge de Provence, 2700m

1877 - Le refuge de l'Alpe de Villar d'Arène, 2079m

 

<  L'aménagement de diverses constructions d'alpage sera une alternative que l'association utilisera de temps en temps, lorsque la situation et l'altitude seront  favorables.

 

1877 - Le refuge des Lyonnais, 2350m

1877 - Le refuge de Bric-Bouchet

1878 - La grotte du glacier de Bonne-Pierre

 

<  Cette expérience malheureuse et quelques autres vont conduire l'association à abandonner ces facilités naturelles.

 

1878 - Le refuge du col de la Vanoise, 2515m

1879 - Le refuge de la Lauze, 2508m

1880 - Deux  refuges éphémères : les refuges Joinville et Lombard

1882 - Le refuge du Châtelleret, 2225m

1882 - Le refuge du Carrelet, 2048m

1884 - Un refuge éphémère : le refuge Vignet

1885 - Un refuge éphémère : le refuge Chancel

1885 - Le refuge du Mont Pourri, 2600m

1886 - Le refuge Tuckett, 2438m

1889 - Le refuge de La Pra, 2110m

1889 - Un refuge éphémère : le refuge de l'Aiguille, 1773m

1890 - Le refuge - observatoire Vallot, 4347m

1891 - Le refuge Pelvoux-Lemercier, 2700m

1891 - Le refuge Cézanne, 1874m

1892 - Le refuge-hôtel de l'Alpe de Villar d'Arène, 2120m

 

<  Voir un historique plus détaillé dans  le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

 

DANS LES PYRÉNÉES

 

Dans les Pyrénées dès 1877, le Club Alpin s'intéresse à la construction de protections qui permettent un hébergement aux excursionnistes. D'abord des abris sous roche, mais ce genre de point d'appui ne connaîtra comme dans les Alpes que des déboires.

 

1877 - Un gîte  à vocation touristique

1882 - La première grotte du Vignemale

1886 - Sous la dalle du lac d'Arrémoulit

1890 - Le refuge de Tuquerouye, 2666m

 

 <  Voir un historique plus détaillé dans  le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

 

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L'expérience reconnue de la Commission des travaux en montagne

 

Après quelques déconvenues qui ont fait abandonner les facilités naturelles, comme les abris sous grotte et les constructions adossées, des types d'aménagements rendus rapidement inutilisables par l'humidité résultante, l'association n'entreprendra plus que des constructions dégagées sur toutes leurs faces.

 

La « Commission des travaux en montagne » va rapidement acquérir une expérience reconnue. 

 

Elle deviendra une des principales structures du Club Alpin, chargée de gérer et de renforcer son patrimoine, ses refuges...

 

Des constructions réalisées sur les fonds propres de l'Association, et avec les donations et les participations de ses membres...

 

Les engagements des Sections du Club Alpin

 

Conformément aux v½ux des Fondateurs, ce sont les Sections de montagnes du Club Alpin qui conduiront l'équipement de leurs vallées mitoyennes par le tracé de chemins et sentiers et l'édification des refuges.

 

Les Sections locales dans les Pyrénées ; la Section des Alpes Maritimes pour les vallées du Mercantour ; la Section de Briançon pour le massif des Écrins sud ; la Section de l'Isère pour le massif des Écrins nord ; les Sections de Savoie pour leurs montagnes environnantes.

 

Deux exceptions, la Haute Maurienne et le massif du Mont Blanc, dont les aménagements seront adossés respectivement aux Sections de Lyon et de Paris.

 

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1875 à 1914 - LES PLUS IMPORTANTS SENTIERS ET CHEMINS MULETIERS

 

Dès 1875, les Sections de Chambéry, d'Aix les Bains, d'Auvergne et de Grenoble organisent les premiers aménagements de sentiers, permettant d'approcher les montagnes et d'accéder aux sites d'intérêt : grottes, cascades, sources, gorges, col et belvédères......

 

En 1878, le sentier de la Tête de la Maye, conduisant au belvédère remarquable, est achevé par la Section de l'Isère.

 

La Section d'Auvergne balise des accès menant au Mont Dore et aux différents points de vue régionaux.

 

Dans la partie française du massif des Vosges, la Section d'Épinal inaugure entre 1879 et 1888 des itinéraires pédestres conduisant aux belvédères principaux : Ballon d'Alsace, Hohneck, Ormont, Drumont, Noirmont et Mont Avison.

 

La Section de l'Isère offre dans les massifs de la Chartreuse et d'Allevard une série d'itinéraires parcourant crêtes et plateaux.

 

Autour de Marseille et de Nice des sentiers font découvrir les collines de l'arrière pays.

 

Dans le Jura, la Chartreuse, en Tarentaise, en Savoie et dans le Massif Central les accès aux principales curiosités naturelles sont aménagés : grottes, gorges, cascades et autres chaos rocheux.

 

Dans les Pyrénées, le Club Alpin participe au financement de divers chemins de montagne : autour de Cauterets en 1888 ; le chemin entre Gavarnie et Héas est praticable en 1891 ; aménagements pour relier Cauterets à Gavarnie par le col d'Ossoue et amélioration de l'accès au col de Campbiel en 1894 ; le franchissement du col d'Araillé est facilité en 1895 ; un chemin relie Barèges et la vallée de l'Aure par le col d'Aubert en 1898.

 

En 1888, il existe 350 kilomètres de chemins et sentiers ouverts aux excursionnistes et promeneurs...

 

 La politique de l'association est simple : attirer le promeneur, et l'empêché de s'égarer.

 

  • Les plus importants sentiers et chemins muletiers vont être aménagés, soit par notre Association, soit avec sa participation, comme l'important axe conduisant de Chamonix au Montenvers, et de là rejoignant le Plan de l'Aiguille...

 

Et en 1906, le Club Alpin pose des panneaux indicateurs destinés à renseigner les touristes non accompagnés de Guides, mais « ils ne devront mentionner comme lieux de destination que ceux pouvant être atteints par des chemins ou sentiers ».

 

En 1907, les sentiers des forêts domaniales de Lente et du Vercors sont balisés par des marques de peintures par la Section de la Drôme du Club Alpin.

 

En 1908, Henri Vallot publie une étude traitant la question de la pente la plus favorable à adopter pour le tracé des chemins de montagne.

 

En 1909, le sentier de la montagne de la Côtedepuis Chamonix, pour l'ascension du Mont Blanc, est financé. Il reprend l'approche adoptée par de Saussure, abandonnée depuis 1819.

 

Encore en 1909, dans le massif des Écrins, les sentiers menant et traversant le col du Clot des Cavales, 3128m et menant et traversant le col de la Temple, 3283m - reliant le Vénéon à la Vallouise - sont tracés par l'Association, avec l'aide des techniciens des Chemins de Fer PLM...

 

Au même moment, la « Société des Touristes du Dauphiné » fait aménager plusieurs sentiers au départ de la Bérarde, participant pleinement à l'essor de cette vallée.

 

Bien que sa vocation soit la haute montagne, sinon la très haute montagne, le Club Alpin a toujours joué un rôle important dans le développement de l'excursionnisme pédestre, qui prendra le nom de randonnée...

 

Le Club Alpin sera - jusqu'au milieu du XXe siècle - le principal aménageur et créateur des sentiers et chemins muletiers dans les montagnes de France pour l'accès aux refuges, aux principaux cols, et pour atteindre certains belvédères remarquables.

 

  • C'est une ½uvre considérable rarement mise en exergue...

 

Les sentiers du Queyras au col Agnel, carrefour de plusieurs chemins d'altitude

 

LES CARAVANES SCOLAIRES

 

  • La volonté des Fondateurs du Club Alpin - d'avoir un projet éducatif construit - conduira à la formation des « Caravanes scolaires » sur les modèles existants en Suisse et en Allemagne et évoqués dans les écrits de Rodolphe Töpffer, ses fameux « Voyages en zigzag ».

 

<  Organiser des sorties collectives à but éducatif, visant à développer dans notre jeunesse l'attrait pour les excursions à pied et la connaissance des montagnes.

 

<  Inspirer à ces jeunes adhérents le goût de la montagne...

 

  • Ce sera pour le Club Alpin une heureuse initiative, décisive en ce qui concerne sa pérennité...

 

<  Les premières Caravanes scolaires voient le jour en 1875, la première visita l'Auvergne et fit l'ascension du Puy de Dôme et du Puy de Pariou, et huit autres pourront être organisées cette année-là...

 

  • En 1878, les Caravanes scolaires du Club Alpin sont recommandées à l'attention des lycées et collèges par le ministère de l'Instruction publique.

 

<  En 1879, une première Caravane scolaire de jeunes filles voit le jour dans la Section de Gap.

 

<  En 1906, généralisation des Caravanes scolaires de jeunes filles...

 

Le rapport de la Commission des Caravanes Scolaires 1906-1907 publié dans la revue La Montagne de 1907 montre évidemment que l'½uvre entreprise n'est pas qu'un long fleuve tranquille...

 

<  En 1909, le Club Alpin organise des Caravanes scolaires dans de nombreuse Sections : Paris, Alpes Maritimes, Bagnères-de-Bigorre, Canigou, Drôme, Provence, Embrun, Nord et Vosges...

 

<  La Section de Paris propose 6 voyages avec 99 participants et 102 excursions avec 2 930 adhérents...

 

  • Cette année-là, nouvelle instruction à l'attention des lycées et collèges par le ministère de l'Instruction publique, ce qui montre bien l'importance de cette action.

 

<  En 1910, au sein de la Section de Paris, le Groupe familial des jeunes filles compte 144 adhérentes, avec 22 excursions pour 576 participantes, et les Caravanes de jeunes gens comptent 544 adhérents, avec 92 excursions et 2 573 participants.

 

<  En 1910, des jeunes gens des Caravanes scolaires de Paris accomplissent des exercices de ski sur le site de Montgenèvre.

 

<  En 1911, cinq jeunes gens des mêmes Caravanes scolaires de Paris - emmenés par deux Guides - traversent les arêtes de la Meije ; passant ainsi de la Dame Jeanne de la forêt de Fontainebleau à la Brèche Zsigmondy...

 

Ces organisations se poursuivront dans l'Entre-deux-guerres, puis concurrencées par d'autres activités de jeunesse comme le scoutisme, s'éteindront avec la Seconde guerre mondiale.

 

Un lien fort existera

 

  • Dès 1908, issu des anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris, un petit groupe de grimpeurs commence à fréquenter régulièrement les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau, dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade : « Le Groupe des Rochassiers »...

 

Ce sera le lien fort qui conduira plud tard en 1919 à la création du Groupe de Haute Montagne ( voir le dossier : Les débuts du Groupe de Haute Montagne ).

 

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Des contacts étroits avec les militaires

 

Le Club Alpin jusqu'à la Grande Guerre entretient une proximité importante avec les militaires, plusieurs personnalités de l'armée occuperont des responsabilités dans le club.

 

Des contacts étroits concerneront : la Topographie et la Cartographie ; l'exploration et la connaissance des montagnes ; et ensuite le développement du ski.

En retour, l'armée voyait arriver des appelés issus des Caravanes scolaires avec un rudiment de formation et une bonne préparation physique.

 

L'ouverture d'un réseau routier de montagne par les militaires de l'Armée des Alpes - les routes du col d'Allos, du col de la Cayolle, du col des Champs, du col du Galibier, du col de l'Izoard, du col de Vars, du col du Parpaillon, des Chapieux, des Rochilles, et du Sommet Bucher - fût saluée par le Club Alpin qui voyait ainsi beaucoup s'améliorer l'accès aux montagnes, dans la droite ligne de sa politique d'aménagement. C'est entre 1889 et 1893 que le général Henry Berge, Gouverneur militaire de Lyon ordonnera la plus grande partie de ces travaux.

À son décès en 1926, le Club Alpin fera paraître un article hommage dans la revue La Montagne de 1927 : Le Général Baron Berge ( 1828-1926 ).

 

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UNE APPROCHE SCIENTIFIQUE DES MONTAGNES DE FRANCE

 

  • Dès sa fondation, le Club Alpin Français a souhaité « développer et promouvoir une approche scientifique des montagnes de France ».


Les Annuaires seront un outil de diffusion ouvert aux différents courants qui animent le milieu montagnard et la rubrique scientifique couvrira un large spectre : Géologie, Géomorphologie, Glaciologie, Spéléologie, Orographie, Météorologie, Topographie et Cartographie...

 

  •  C'est une ½uvre considérable mise à la disposition du monde scientifique.

 

La « Commission de topographie » dès 1903, puis la « Commission des travaux scientifiques », puiseront largement dans ce vivier ( voir le dossier : Le Comité Scientifique du Club Alpin Français ).

 

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UN ESSOR IMPORTANT


<  En 1874, le Club Alpin compte 600 membres dont 4 femmes.

 

<  En 1875, 1 700 membres et 14 Sections couvrent le territoire national.

 

<  En 1882, plus de 4 000 membres.

 

<  En 1900, 6 000 membres dont 300 femmes.

 

À la fin du XIXe siècle, nos adhérents sont une représentation du monde scientifique, politique et militaire.

 

C'est la période de l'excursionnisme cultivé et d'un tourisme sélectif, avec des instances dirigeantes majoritairement parisiennes.

 

Le siège social

 

Pour répondre à sa croissance, le Club Alpin devra plusieurs fois agrandir les locaux de son siège social en déménageant dans Paris...

 

<  En 1874, un petit local du 6, rue Sarrazin est prêté par Hachette.

<  En 1875, un premier siège social est établi rue Antoine Dubois.

<  Dès 1876, déménagement au 31, rue Bonaparte...

< En 1883, déplacement au 30, rue de Bac jusqu'en 1933...

 

Les principaux domaines d'action


Par la qualité des membres constituant sa Direction centrale, tous issus de l'élite universitaire et scientifique, et grâce à son implantation nationale, le Club Alpin sera le représentant du monde de la montagne et l'interlocuteur naturel des Pouvoirs publics jusqu'à la création d'un organisme fédéral en 1942.

 

  • Ses principaux domaines d'action concerneront :

 

<  L'aménagement de la montagne.

<  Le développement de l'excursionnisme et de l'alpinisme.

<  L'essor du tourisme.

<  L'organisation de la profession des Guides.

<  La constitution d'une bibliothèque.

<  Une production scientifique importante.

<  Plus tard, la diffusion de la pratique du ski.

 

Les Commissions permanentes

 

Le travail de fond se fait dans les Commissions qui recouvrent les différents domaines d'action du Club :

 

<  Bibliothèque et archives.

<  Caravanes scolaires et d'alpinisme militaire.

<  Finances.

<  Publications.

<  Publicité, propagande, hôtels, syndicats, congrès, récompenses.

<  Travaux en montagne et Guides.

<  Plus tard : Topographies et Tourisme et Voyages.

 

Les conférences, les banquets et les congrès

 

L'Association organise des conférences très suivies à Paris et en Province ; et ses assemblées, banquets et congrès annuels sont les jalons d'une vie associative, culturelle et mondaine bien établie. Des manifestations toujours marquées par la présence de ministres, députés, préfets et haute fonction publique ; et des représentants du monde universitaire, culturelle et scientifique.

 

<  En 1875, un « Rendez-vous international » est organisé au col du Mont Cenis, une fête alpine à laquelle participe les Club Alpins Italiens et Français, le premier des grands rassemblements que le Club va organiser annuellement dans les régions de montagne de France.

 

<  En 1876, premier congrès du Club à Annecy et à Aix les Bains, avec le concours des Club Alpins Anglais, Italien et Suisse...

 

<  En 1878, pendant l'Exposition Universelle de Paris, organisé par notre Association, se tient un « Congrès international des Club Alpins ».

 

Dans les Sections

 

Les Sections du Club Alpin sont les cellules de base de l'association. Elles assurent le lien direct avec les adhérents en leurs proposant des activités sportives et culturelles sous la forme de réunions d'information, d'excursions collectives, de sorties du dimanche et de Caravanes scolaires. Des voyages sont organisés dans les différents massifs de montagne.

Elles entreprennent les aménagements des sentiers et les constructions des refuges dans leurs zones d'influence. Les assemblées, conférences, congrès et banquets règlent et animent la vie associative de ces groupements locaux. 

Pour communiquer, les bulletins de Section complèteront les publications nationales... Certains de ces périodiques sont de haut niveau comme la « Revue Alpine ».

Les Sections éditent aussi des guides des excursions régionales permettant aux clubistes et à leurs familles de découvrir les collines et les vallées de leur région...

 

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LES GRANDES ORIENTATIONS à la fin du XIXe siècle


À la fin du XIXe siècle, apparaissent peu à peu les quatre grands courants qui vont traverser l'institution et le monde de la montagne :

 

<  Les orientations culturelle et scientifique.

 

<  Les pratiques modérée ou sportive.

 

Les inclinaisons culturelles et scientifiques, que l'on peut qualifier d'orientations intellectuelles, seront longtemps mises en avant par la Direction centrale, ainsi que les activités tournées vers l'excursionnisme et un alpinisme modéré.

 

En ce qui concerne les façons de faire plus sportives, les « conceptions aventureuses » qui commençaient à apparaître, elles susciteront les plus grandes réserves de la part de l'instance dirigeante qui défendra longtemps ses prudentes ambitions d'action.

 

Ainsi, une course sans guide - une modeste excursion alpine - est un « exemple fâcheux » qui pourrait avoir comme résultat « d'engager nos collègues à entreprendre des grandes courses sans guide ».

 

Un cénacle qui se risque ainsi à vouloir instituer une bonne pratique...

 

Pour l'excursionnisme alpin et l'alpinisme, il sera recommandé de marcher sous la conduite des Guides qui étaient censés connaître la montagne et être avertis des façons de faire et des dangers... 

 

  • Cette conception d'excursionnisme cultivé et modéré, défendue par le Club Alpin, va tenir les montagnards français écartés pour un long moment de l'exploration alpine et de l'ascensionnisme sportif...

 

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Escalade en 1894


DE L'AUTRE COTÉ DE NOS FRONTIÈRES


De l'autre côté de nos frontières les ambitions sont différentes, plus tournées vers l'exploration des montagnes, surtout Outre-manche où l'alpinisme va devenir pour certains une passion, qui va leur prendre « la moitié de leur vie » ; affirmant aussi un trait fondamental des Britanniques : la volonté de découvrir et d'explorer...
 

Les ascensionnistes du début ne l'étaient que d'une façon occasionnelle, voir pour une unique incursion...

 

Les Britanniques de l'époque à venir ont le goût du sport et de l'aventure, ils vont transformer la donne... en prônant une pratique élitiste et sportive...

 

En 1854, l'Anglais Alfred Wills avec ses Guides réalisent l'ascension du Wetterhorn.

 

C'est le début d'une longue série d'explorations et de premières ascensions dans les Alpes...

 

Cela concernera les sommets les plus hauts, la plupart sont gravis par des cordées d'Outre-manche conduites par des Guides du Valais, de l'Oberland et de Chamonix ; citons le Weisshorn en 1861, la Dent Blanche en 1862 ; la Barre des Écrins en 1864 ; les Grandes Jorasses, l'Aiguille Verte, et le Cervin en l'année fructueuse de 1865.

 

Seul le Cervin par le coté italien échappe à cette razziât.

 

En 1865, tous les sommets importants des Alpes sont gravis, à l'exception de la Meije ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme de 1492 à 1914 )

 

Les Britanniques fondaient l'« Alpine Club » dès 1857 avec 34 membres... Et Londres deviendra rapidement le centre de référence pour tout ce qui concerne l'alpinisme...

 

À la création du CAF en 1874, les Clubs Alpins Autrichien, Suisse, Italien et Allemand existent déjà depuis quelques années, les autres pays économiquement développés suivront ( voir sur le sujet : La Montagne 1939 - Nos précurseurs ).

 

L'équipement des alpinistes en 1874 et avant

 

À ce moment-là, l'équipement des alpinistes est assez primitif.

Les pionniers étaient surtout des glaciéristes, conduits par des Guides qui taillaient des marches pour la progression, sans ménager leur peine, dans les pentes de neige ou de glace... Les chaussures à clous étaient bien adaptées à ce genre d'exercice. La hache et la pioche étaient les outils que l'on va perfectionner sans cesse en les modifiant peu à peu chez les forgerons des villages pour devenir des piolets.

L'usage de la corde n'a pas été immédiat. Les premières ascensions du Mont Blanc ont été réalisées sans corde, mais peu à peu son emploi finit par se répandre...

Dès 1840, la corde en fibre naturelle devient un accessoire indispensable, utilisée pour la marche sur glacier et pour l'assurage des touristes.

L'encordement se fait directement autour de la taille, et ce sera l'usage jusqu'en 1970...

On se déchausse pour franchir en chaussettes un passage rocheux et l'utilisation des espadrilles de corde viendra des Dolomites ( voir le dossier : Le matériel de l'alpiniste ).

 

Les premiers à s'extraire du commun

 

En 1848, Victor Puiseux est le premier alpiniste français à gravir un sommet notable, le Mont Pelvoux, 3943m dans le massif des Écrins, seul et un moment accompagné par un villageois de la vallée d'accès qui avait déjà atteint le sommet rocheux du Pelvoux en 1930.

La cime principale s'appelle aujourd'hui la Pointe Puiseux, 3943m.

Le voisinage de sommet principal, le sommet rocheux, 3932m étant déjà visité dès 1828 par Adrien Durant, officier géographe et ses aides pour établir un signal, et en 1830 procéder à des observations géodésiques ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme de 1492 à 1914 - Les officiers géographes de la carte de France ).

 

En 1876, le premier à s'engager dans un itinéraire difficile est Henry Cordier.

Avec les Guides Jakob Anderegg, Johann Jaun et Andreas Maurer et ses amis Thomas Middlemore et J. Oakley Maund, il réussit dans le massif du Mont Blanc, l'ascension audacieuse du couloir de l'Aiguille Verte qui portera son nom. Il réalisera également les premières ascensions des Courtes et des Droites...

 

1877 - L'ASCENSION DE LA MEIJE

 

  • En 1877, la première ascension de la Meije, 3982m le 16 août par Emmanuel Boileau de Castelnau avec ses Guides Pierre Gaspard père et fils, a été un événement marquant.

 

Ce « merveilleux exploit » est une date importante dans l'histoire du Club Alpin, il est réussi pendant le Congrès annuel de l'association qui est réuni dans une vallée voisine, et la « performance de l'un de ses membres venait asseoir le prestige de la jeune association fondée seulement trois années auparavant... »

 

  • Depuis cette date, la Meije restera la montagne emblématique du Club Alpin...

 

Dans l'histoire de l'alpinisme, l'ascension de la Meije est également un moment fort.

 

C'est le dernier sommet important de la chaîne des Alpes à être visité par les hommes, la fin d'un âge d'or de l'alpinisme qui permettait d'envisager de gravir un sommet vierge.

 

Et après la Meije, « l'expédition idéale » ne sera plus possible, en ce qui concerne nos Alpes tout au moins...

 

C'est aussi un des rares sommets échappant aux initiatives des ascensionnistes britanniques présents partout...

La Meije, 3982m depuis le vallon des Étançons

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1874 à 1900 - LES GUIDES

 

D'abord conduire les voyageurs

 

Au XVIIIe siècle, il existe dans les hautes vallées de montagne des chasseurs et des contrebandiers servant occasionnellement de Guides. Ils connaissent suffisamment les passages et cols pour permettre aux voyageurs de traverser les montagnes, comme à Bessans et Avérole en Haute Maurienne, pour rejoindre Usseglio en Italie...

 

Ensuite conduire les alpinistes et les touristes

 

Puis arriva l'intérêt de gravir les montagnes...

 

Pour atteindre leur but, il semblera légitime aux cordées souvent britanniques d'alpinistes de recourir aux services de solides montagnards, les Guides ; souvent recrutés dans les vallées de l'Oberland, du Valais et autour du Mont Blanc. Ils devaient posséder les qualités physiques requises et avoir une bonne connaissance des montagnes à gravir, au début souvent proches de leurs lieux de vie. Ils assuraient les risques principaux de l'entreprise...

 

Ensuite la façon de faire prônée, pour s'engager en montagne sur le terrain de l'excursionnisme alpin et de surcroît sur celui de l'alpinisme, sera d'emboîter les pas du Guide.

 

Ce qui limitera longtemps - pour des raisons économiques - l'ascensionnisme à un cercle restreint, à l'opposé des activités qui seront offertes par le ski, le tourisme et l'excursionnisme, dont les adeptes constituaient le principal des adhérents des associations...

 

L'industrie du Mont Blanc

 

L'immense retentissement de l'ascension du Mont Blanc par Horace Bénédict de Saussure de 1787 - souvent confondue avec la première ascension de 1786 - et le récit qu'en fît le savant genevois « Relation abrégée d'un voyage à la cime du Mont Blanc » allaient susciter un intérêt de toutes parts en Europe pour l'ascension du Toit des Alpes.

 

Une industrie du Mont Blanc allait se développer au seul bénéfice des Guides et des hôteliers de Chamonix, car il n'existait pas d'accès facile autre que la voie d'ascension par le refuge des Grands Mulets.

 

Une Compagnie des Guides de Chamonix se créait en 1821.

 

En 1833, première ascension par un touriste français, le comte de Tilly avec ses Guides. Le Mont Blanc et la Savoie dépendaient du royaume de Sardaigne et le resteront jusqu'au plébiscite de 1860 qui rattachera la Savoie et en partie le Mont Blanc à la France.

 

L'accès au sommet du Mont Blanc sera un attrait vital pour la croissance économique des trois communes de piedmont : Chamonix, Courmayeur et Saint Gervais...

 

En 1855, un premier accès depuis Courmayeur est inauguré par le col du Géant et la traversée par le Mont Blanc du Tacul et le Mont Maudit, c'est un itinéraire splendide long et pénible, pas du tout commercial... Un refuge au col du Midi vers 3555m sera construit en 1863 par les Guides de Courmayeur pour faciliter cette ascension assez détournée.

 

En 1861, inauguration de la voie d'ascension par l'arête des Bosses depuis St Gervais. La station thermale tenait enfin sa route du Mont Blanc pour participer à cette industrie florissante.

 

En 1890, une voie commode est explorée par le glacier du Dôme et l'arête des Bosses, Courmayeur trouvait aussi sa route du Mont Blanc...

Le versant nord du Mont Blanc depuis le sentier de la Flégère

 

Il fallait une organisation et un contrôle

 

Jusque-là, les Guides n'étaient pas organisés en dehors d'arrangements locaux... Comme à Cauterets et à Chamonix dès 1821, où les petites compagnies s'administraient elles-mêmes et sans contrôle.

 

La « Compagnie des Guides de Chamonix », qui bénéficiait depuis longtemps de l'industrie du Mont Blanc, avait instauré un tour de rôle et l'obligation de s'entourer de 12 Guides pour l'ascension du culmen des Alpes ; en 1852 on revient à quatre, puis trois en 1864... La compagnie s'était organisée avec des règles particulièrement fermées qui n'évolueront que lentement...

 

En 1874, ailleurs dans les Alpes françaises et les Pyrénées, en dehors des quelques-uns pouvant guider les voyageurs par les passages historiques transfrontaliers, il n'existait ni berger, ni paysan ou chasseur capable de bien conduire les ascensionnistes et les touristes voulant aller vers les cols et les sommets des montagnes, il fallait se structurer comme en Suisse depuis 1864 et en Italie depuis 1871.

 

Les « Guides » se recruteront parmi les autochtones qui connaissaient la montagne par tradition familiale souvent ; bergers, chasseurs, contrebandiers et autres coureurs de montagne qui connaissaient les meilleurs « passages » et qui voudront exercer cette profession après une formation « sur le tas » comme apprentis, les « Porteurs »...

 

Le Club Alpin au niveau national et la Société des Touristes du Dauphiné au niveau régional, seront les organisateurs et les tuteurs de cette profession et vont longtemps la contrôler et en fixer les règles, avec les chamailleries que l'on imagine, liées à la concurrence entre les deux associations et les rudes intérêts économiques des Guides.

 

<  En 1875, la Section de Briançon du Club Alpin diplôme les premiers Guides de Vallouise.

<  Et l'année suivante, la Section de Tarentaise délivre les premiers livrets-diplômes aux Guides de sa région et crée le bureau des Guides de Pralognan.

<  En 1878, à Chamonix où un règlement existait déjà, le Club Alpin intervient auprès des autorités préfectorales pour améliorer les textes qui seront plusieurs fois remaniés, tant les intérêts locaux sont importants dans la principale villégiature de montagne de France.

 

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 1880 - La protection du milieu naturelle

 

Le Club Alpin va commencer à se manifester pour la protection du milieu naturelle.

La Section d'Épinal doit intervenir avec succès pour arrêter l'exploitation des beaux blocs rocheux qui ornent certaines vallées vosgiennes, pour qu'ils ne soient pas débités en pavés.

Au niveau national, démarches actives pour éviter que certains sites remarquables ne soient pas sacrifiés et concédés à l'industrie.

 

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1882 - L'UTILITÉ PUBLIQUE DU CLUB ALPIN FRANÇAIS


Dès 1882, c'est la reconnaissance d'Utilité publique du Club Alpin Français, pour ses actions destinées à « faciliter et propager la connaissance exacte des montagnes ».


Le résultat d'un profond travail d'une Direction centrale très entreprenante et des principales Sections de l'Association pour développer l'approche de la montagne : aménagement des sentiers et des refuges, connaissances scientifiques, publications, ½uvres de vulgarisation, propagande, Caravanes scolaires...

 

<  Voir le dossier : Les origines du Club Alpin Français -  La fondation du Club Alpin.

 

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Le développement économique

 

Jusqu'à la Grande Guerre, le Club Alpin sera l'artisan principal du développement économique des hautes vallées des montagnes de France.

 

Nous le répétons...

 

<  C'est lui le précurseur audacieux de la fin du XIXe siècle qui a pensé et voulu « diriger vers nos vallées alpines ou pyrénéennes une immigration estivale comparable à celle que reçoivent les régions favorisées de la Suisse » et aussi qui a pensé et voulu « créer pour les familles aisées de nouveaux centres de villégiature ».

<  Le précurseur avisé qui pensait qu'ainsi « pouvaient être conjurées les menaces de dépopulation et de ruine que la décadence de l'industrie pastorale avait fait naître » dans nos régions de montagne...

<  Le précurseur inspiré qui a ensuite accompagné l'essor du tourisme de montagne, qui a contribué au maintient et à la croissance de l'économie montagnarde et à une prospérité des populations - à l'époque très appauvries - des hautes vallées oubliées des montagnes de France.....

 

Seule la « Société des Touristes du Dauphiné » pourra mener des actions équivalentes dans son périmètre d'intérêt.

 

L'½uvre de la Section lyonnaise du Club Alpin

 

La mise en valeur touristique de la Haute Maurienne - par la Section lyonnaise - depuis la fin du XIXe siècle est exemplaire...

 

En 1895, le chalet-hôtel de Bonneval-sur-Arc est inauguré, construction du refuge des Évettes en 1907, d'Avérole en 1920, du col de l'Iseran et du Carro en 1925...

 

Les Lyonnais sauront poursuivre leur effort en soutenant les orientations d'aménagement raisonnable de la Haute Maurienne de l'après Seconde guerre mondiale, puis dès 1956 en conduisant le projet du Parc national de la Vanoise. 

 

Ainsi le très long intérêt pour la Haute Maurienne de nos collègues lyonnais trouvait, avec la création du Parc National de la Vanoise en 1965, une solution pérenne d'aménagement et de protection...

 

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1890 - Création du Touring Club de France

 

Le Club Alpin se livre à une importante propagande pour un essor touristique dans les zones de montagne.


Malgré des récriminations de quelques-uns voulant éviter les « hordes peu averties », le Club Alpin sera très présent - omniprésent - dans la création du « Touring Club de France » dont l'objet est de promouvoir ce tourisme naissant...

 

Le Club Alpin a toujours pensé que son développement était lié à celui du tourisme, un loisir encore très peu répandu en France...

 

Dès ce moment, le Club Alpin sera l'aménageur de la haute montagne pour accueillir les alpinistes et les montagnards, et le Touring Club sera celui des vallées pour recevoir les touristes, jusqu'aux relais des initiatives locales plus tard.

 

Seuls les centres touristiques de Chamonix et de Gavarnie étaient déjà actifs et organisés, avec chacun leur site emblématique, le Mont Blanc et le Cirque de Gavarnie...

 

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1884 à 1904 - LA PRATIQUE HIVERNALE DE LA MONTAGNE

 

Dans les temps anciens, la montagne n'était pas fréquentée en hiver et les avalanches étaient très redoutées. Chez les militaires, les troupes alpines ne quittaient pas leurs casernes par temps de neige...

 

Les raquettes à neige

 

En France, c'est d'abord les raquettes qui sont utilisées pour se déplacer en montagne...

 

Pour les habitants des hauts villages de montagne, des raquettes à neige rudimentaires étaient d'une utilisation courante depuis très longtemps, pour des mobilités très circonscrites en hiver sur la neige.

 

Au-dessus des villages, bien peu s'aventuraient au-delà des zones boisées. Dans les moments favorables de l'hiver, les seules incursions étaient pour rejoindre les granges d'alpage afin de descendre les foins entreposés à la belle saison, avec de grandes luges adaptées et aussi pour descendre les bois de coupe des hautes forêts.

 

En hiver 1878-1879, Henry Duhamel cherche à se procurer des raquettes à neige adaptées pour parcourir la montagne en hiver.

 

Dès 1884 au Club Alpin, les alpinistes découvrent la pratique hivernale de la montagne, avec l'utilisation des raquettes à neige.

 

 En 1890, deux groupes militaires des troupes de montagne font l'ascension hivernale du Pic de la Croix de Belledonne, 2926m dans le but d'évaluer les reconnaissances militaires d'hiver aux grandes altitudes et d'essayer un modèle de raquette mis au point par le lieutenant Dunod.

 

C'est le 23 février 1890, une première ascension hivernale de ce sommet par le commandant Allotte de la Fuye, le lieutenant Dunod et deux chasseurs du 12e Bataillon de Chasseurs à pied de Grenoble. Et le 5 mars par un second groupe de 10 chasseurs à pied, toujours avec Dunod, et en ajoutant l'ascension de la Croix de Chamrousse, 2253m.

 

Dès 1891, nombreuses sorties hivernales avec les raquettes, par les alpinistes et les troupes de montagne. Notamment vers le Pic de la Croix de Belledonne qui est visité le 15 février une caravane de 30 membres de la Section de l'Isère du Club Alpin conduite par le commandant Allotte de la Fuye, et le 27 février par 64 hommes de la 3e Section du 12e Bataillon de Chasseurs à pied ( voir le dossier : La pratique du ski en France ).

 

Toutes ces ascensions hivernales sont réalisées avec des raquettes, le ski étant encore inconnu à beaucoup...

La découverte de la montagne en hiver

 

Les balbutiements du ski

 

En 1878, un premier essai d'utilisation de skis est tenté par Henry Duhamel, qui sera l'initiateur et le premier propagandiste de cette discipline nouvelle en France, très ancienne dans les pays scandinaves. Un essai peu convaincant à l'occasion de l'ascension de la Croix de Chamrousse à cause des difficultés de fixation entre ski et chaussure. Henry Duhamel avait été l'un des fondateurs de la Section de l'Isère du Club Alpin en 1874, il avait découvert les skis sur un stand suédois de l'Exposition Universelle de 1878 ( voir le dossier : La pratique du ski au Club Alpin ).

 

En 1889, visite d'Henry Duhamel au stand du Grand Duché de Finlande de l'Exposition Universelle de cette année-là, elle lui permettra d'entrer en relations avec un Français demeurant en Finlande et de commander 14 paires de skis finlandais avec leurs fixations - les pièces manquantes des essais de 1878 - qui seront récupérées l'année suivante...

 

  • En 1890, expérimentation plus probante des skis par des membres du Club Alpin comprenant Henry Duhamel et 4 compagnons pendant l'ascension de la Croix de Chamrousse, 2253m.

 

En 1891, première sortie à ski de la Section de l'Isère du Club Alpin en février, avec l'ascension du Pic de la Croix de Belledonne, 2926m pour 22 ascensionnistes-skieurs.

 

L'intérêt des militaires

 

En France, les efforts pour la propagation de la pratique du ski s'exerceront dans une étroite collaboration entre les militaires des Troupes alpines et le Club Alpin.

 

Durant l'hiver 1895-1896, au cours d'expérimentations, l'officier suédois Charles Eric Widman conseillé auprès de nos militaires au 28e Bataillon de Chasseurs à pied réussit l'ascension à skis du Mont Saint Guillaume au-dessus d'Embrun pour souligner les avantages des skis comparés à ceux des raquettes à neige pour les déplacements en montagne.

 

Au cours de l'hiver 1900-1901, premiers essais suivis de l'emploi des skis par les Troupes alpines.

Les avantages des skis pour les déplacements - comparés à ceux des raquettes - sont évalués par les militaires... Et les Bataillons alpins se dotent de paires de skis ( voir le dossier : La pratique du ski au Club Alpin ).

 

C'est comme moyen de mobilité dans la montagne enneigée, mis en avant par les militaires, que la diffusion du ski en France se fera, puis viendront les compétitions déjà en vogue dans les pays scandinaves et plus tard le ski de descente lié aux remontés mécaniques...

 

Le premier Ski-Club

 

En 1895, le premier Ski-Club est fondé sur l'initiative de la Section de l'Isère du Club Alpin et d'Henry Duhamel...

 

Le développement du ski en Suisse

 

En 1900, début des villégiatures d'hiver en Suisse, d'abord Davos puis Grindelwald.

Le développement du tourisme d'hiver dans les Alpes suisses sera vite beaucoup plus avancé qu'en France.

En 1906, Davos et Saint Moritz sont déjà des stations de ski reconnues, avec ses moniteurs... norvégiens... La fédération suisse de ski forme à Andermatt ses premiers moniteurs, elle compte 32 clubs et 2000 skieurs sont actifs ; et trois fabriques de skis sont créées à Zürich, Glaris et Berne.

 

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1890-1920 - L'½uvre de Joseph et Henri Vallot

 

  • Joseph Vallot ( 1854-1925 ) est un naturaliste passionné par les Sciences de la Terre, il est membre de la Direction centrale du Club Alpin, vice-président en 1886 et président en 1907.

 

  •  Henri Vallot ( 1853-1922 ) est ingénieur, il est membre de la Direction centrale du Club Alpin de 1886 jusqu'à sa mort, membre distingué de la Commission des refuges, il est secrétaire de la Commission de topographie.

 

Par leurs travaux concernant les études scientifiques se rapportant aux montagnes, les deux cousins - membres éminents de notre association - ont grandement apporté au rayonnement du Club Alpin....

 

En 1886, Joseph Vallot publie dans l'Annuaire « Excursion scientifique au Mont Blanc », c'est le début d'une vocation.

 

Ses nombreux écrits ponctueront son ½uvre scientifique...

 

Il projette rapidement d'installer une plateforme scientifique sur les hauteurs du Mont Blanc.

 

Son cousin Henri Vallot l'accompagnera et l'assistera tout en réalisant sur le terrain les relevés du Réseau trigonométrique du massif du Mont Blanc et des altitudes des villages, chalets et lieux-dits, des cols, passages, brèches et fenêtres et de l'ensemble des sommets, aiguilles, clochers, gendarmes, pointes et tours...

 

  • En 1890, installation du premier Observatoire Vallot construit sur les fonds propres de Joseph Vallot, au niveau des Rochers Foudroyés à 4358m. Il servira aussi de refuge au profit des Guides de Chamonix, à la demande de la Municipalité.

 

En 1892, afin d'éviter la gêne provoquée par les touristes, Joseph Vallot fait construire un refuge - la cabane Vallot - qui accueillera Guides et ascensionnistes jusqu'en 1937.

 

L'observatoire est agrandi et achevé en 1898.

 

L'½uvre de Joseph et Henri Vallot sera poursuivie par Charles Vallot - fils d'Henri - par la production en 1925 d'une encyclopédie consacrée à la partie française du massif du Mont Blanc. Une description précise, fidèle et complète de ces montagnes « dans quelque ordre d'idées que ce soit géographique, humain, historique, littéraire ».

 

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1903 - LA COMMISSION DE TOPOGRAPHIE

 

Au début du XXe siècle, les militaires et les montagnards partagent une préoccupation commune concernant les insuffisances, voir les erreurs en matière de cartographie des Alpes ou des Pyrénées.

 

Les premières cartes représentant correctement la chaîne du Mont Blanc dans son ensemble ne datent que de 1865 et 1867.

Concernant les montagnes de France, pour les Pyrénées les travaux de géodésie se déroulent dès 1825, pour les Alpes cela ne concerne pas la Savoie encore dans les États Sardes, les levés commencent en 1828, la carte est publiée en 1866 ( voir le dossier : Les cartes ).

 

En 1903, un groupe de travail est constitué, il rassemble des géodésiens et des alpinistes-topographes entre autres personnalités Joseph et Henri Vallot, Frantz Schrader, Paul Helbronner...

 

  • À l'initiative d'Henri Vallot, cette entité intègre le Club Alpin sous la dénomination de « Commission de topographie ».

 

  • « Malgré son titre un peu restrictif, cette Commission s'est occupée de la plupart des études scientifiques que l'on peut avoir à envisager pour la connaissance des régions montagneuses » note Léon Maury.

 

<  Voir : L'½uvre scientifique du Club alpin français ( 1874-1922 ) - Léon Maury - 1936.

<  Voir : Histoire d'une parenthèse cartographique - Nicolas Guilhot - 2005.

 

La désignation des lieux de montagne

 

À ce moment là, la toponymie alpine, la désignation des lieux de montagne, est dans un état chaotique : « dissémination des renseignements, désaccords fréquents entre les intéressés, difficultés d'interprétation provenant de l'imprécision des auteurs, erreurs d'identification ».

 

Ce qui va conduire Henri Vallot à produire une contribution « Des noms nouveaux en haute montagne » dans la revue « La Montagne » de 1909, en lien direct ( et peut être plus ) avec les travaux de la Commission de topographie du Club Alpin.

 

« L'attribution aux sommets, cols et accidents divers d'un massif montagneux, de noms appropriés, qu'ils soient entièrement nouveaux ou seulement incertains ou contestés n'est pas pour le cartographe une tâche facile.

 

Le topographe par suite de son contact permanent et prolongé avec les habitants du pays devrait être mieux placé que quiconque pour attribuer à chaque objet le nom qui lui convient, c'est son opinion qui devrait prévaloir ».

 

De leur coté, les alpinistes ont proposé des noms qu'ils ont cru « pouvoir appliquer aux sommets dont ils ont les premiers (autant qu'on peut le savoir) foulé la cime, en n'étant pas toujours bien inspirés. Ces trouvailles, souvent hâtives et quelquefois fantaisistes sont alors d'autant plus fâcheuses que le grimpeur s'imagine, de très bonne foi du reste, être investi d'une sorte de droit de conquête et notamment de celui de baptiser à sa guise et impérativement le sommet dont il est le "vainqueur" ».

 

« Sans doute l'usage personnel qu'il fait de son vocable dans son récit de son ascension est parfaitement licite, mais tout aussi licite est l'opposition du spécialiste, topographe et cartographe, en même temps d'ailleurs qu'alpiniste, qui, se refusant à adopter ce vocable comme impropre et à le graver sur sa carte, lui en substitue un autre moins critiquable et mieux approprié.

 

Il n'est pas inutile de faire remarquer que le cartographe dispose d'une puissance avec laquelle il faut bien compter et qui assurera très probablement le triomphe définitif de sa nomenclature : cette puissance, c'est la carte, la carte que tout le monde possède, lit, ou consulte, que tout le monde copie ».

 

Déjà en 1906 dans les Pyrénées, une Commission de la Fédération des Sociétés Pyrénéennes est chargée de définir « pour chaque lieu la dénomination et l'orthographe de nom qu'il convient d'adopter et d'inscrire sur les cartes ».

 

C'est dans les Alpes que le nécessaire travail de recherche et de partage devait être poursuivi.

 

La Commission de topographie du Club Alpin et plus tard les rédacteurs des guides itinéraires des années 1920 à 1950, en lien avec les services de cartographie de l'État, apporteront de nécessaires stabilisations et cristallisations dans la désignation des noms des lieux de montagne...

 

Ensuite une fois la cartographie figée, il restera de n'introduire que le minimum de changements compatibles avec la vérité reconnue en tenant compte de l'état de choses créé par l'usage, car « en matière de toponymie, il y a des courants que l'on ne remonte pas ».

 

<  Voir : Les noms de lieux des montagnes françaises - Léon Maury - 1929.

 

L'½uvre de Paul Helbronner

 

Il faut souligner l'immense travail de Paul Helbronner ( 1871-1938 ) durant vingt-deux campagnes de relevés de 1903 à 1928, aboutissant à une modélisation géodésique de l'ensemble des Alpes françaises et de la Corse ; une tâche considérable doublée d'une série d'illustrations photographiques exceptionnelles et de panoramas des Alpes remarquables. Une ½uvre que le géodésien-alpiniste-topographe-photographe - membre illustre du Club Alpin - réunira en 12 tomes dans sa « Description géométrique détaillée des Alpes Françaises ».

 

Le Club Alpin rappellera « l'énorme tâche entreprise, qui ne vise à rien moins qu'à procéder à une nouvelle triangulation des Alpes françaises. L'½uvre accomplie jadis par de nombreuses missions de notre corps d'état-major, M. Helbronner, armé de nouvelles méthodes, la reprend seul pour et à son compte : labeur effrayant, mais qu'il conduit avec ce bonheur qui ne favorise que les audacieux. Chaque été vous le voyez, loin des siens, campé sur nos cimes les plus ardues, debout dès l'aube, opérant des visées, prenant des photographies, employant les heures de pluie à avancer ses calculs et ne perdant jamais un instant de vue le but final ».

 

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1893 à 1914 - LES REFUGES CONSTRUITS

 

1893 - Le refuge Vallot, 4362m

1894 - Le refuge de l'Aigoual, 1555m

1894 - Le refuge Évariste Chancel, 2508m

1895 - Le chalet-hôtel de Bonneval-sur-Arc, 1810m

1895 - Le refuge Packe, 2495m

1895 - Le refuge du Lac Noir, 2800m

1896 - La cabane du col du Midi, 3555m

1896 - Le refuge Lyon-Républicain

1897 - Le refuge des Grands Mulets, 3051m

1897 - Le refuge du Clot-Xavier Blanc, 1440m

1899 - Le refuge Sauvage, 2250m

1899 - Le refuge Durier, 3349m

1899 - Le refuge César Durand, 2171m

1899 - Le refuge de Bayssellance, 2651m

1900 - Le refuge de la Lavey, 1780m

1901 - Le refuge du Promontoire, 3092m

1902 - Le refuge Nice, 2250m

1902 - Le refuge du col de la Vanoise, 2515m

1902 - Le refuge du Viso, 2460m

1903 - Le refuge Caron, 3175m

1904 - Le premier refuge du Couvercle, 2687m

1904 - Le refuge de la Charpoua, 2841m

1905 - Le refuge  de Rabuons, 2540m

1905 - Le refuge d'Arrémoulit, 2300m

1906 - Le refuge du Jardin d'Argentière, 2822m

1906 - La cabane de l'Aiguille du Goûter, 3817m

1907 - Le refuge des Évettes, 2590m

1910 - Le refuge de l'Aigle, 3450m

1911- Le chalet du Recoin, 1620m

1913 - Le refuge de Péclet-Polset, 2500m

1913 - Le refuge-hôtel du Glandon, 1912m

1914 - Le refuge de la Dent d'Oche, 2150m

 

<  Voir un historique plus détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

 

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La Barre des Écrins, 4102m gravi pour la première fois le 25 juin 1864 par Adolphus Moore, Horaces Walker et Edward Whymper, avec les meilleurs guides du moment Christian Almer et Michel Croz.

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Insigne et devise

 

En 1903, la devise du Club Alpin devient « Pour la Patrie par la Montagne » signe du fort sentiment patriotique qui animait l'association... et un nouvel insigne - dessiné par Ernest Brunnarius et achevé par Franz Schrader - est proposé avec la Meije comme emblème...

<  Voir le dossier : Les origines du Club Alpin Français - Insigne et devise.

 

  • La devise du Club Alpin « Pour la Patrie par la Montagne » sera régulièrement mise en exergue dans l'Entre-deux-guerres et au moment des événements précédant la défaite de 1940, elle perdra ensuite peu à peu son usage, pour être finalement abandonnée dans la seconde partie du XXe siècle. Dans les articles évoquant le centenaire du Club Alpin, il n'est plus fait état de cette proclamation, sauf dans des évocations historiques...

 

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De timides contributions à l'Enseignement alpin

 

<  En l'année 1904, l'association crée un « Brevet d'alpinisme ».

 

<  En 1905, publication d'un premier « Manuel d'alpinisme ».

 

<  En 1911, un « Carnet de l'alpiniste » est proposé...

 

De bien modestes contributions...

 

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1905 - UN SEUL TITRE : LA MONTAGNE


En 1905, les deux publications - le « Bulletin Trimestriel » et l'« Annuaire » - vont être réunies dans une seule revue se voulant mensuelle sous le titre : « La Montagne ».

 

Pour le Comité de rédaction, avec Maurice Paillon comme rédacteur en chef, il fallait conserver les contributions à caractère scientifique, littéraire ou culturel de la conception traditionnelle, culturelle, savante, touristique et mondaine, tout en s'ouvrant peu à peu aux promoteurs de l'alpinisme sportif...

 

La confrontation entre ces deux conceptions - pas toujours à fleurets mouchetés - continuera pendant de nombreuses années...

 

  • L'ambition était de « maintenir la tradition d'un passé qui mérite le respect, et développer le caractère universel de la publication » et aussi permettre l'émergence de la pluralité des points de vue...

 

Les premières années du siècle

 

La revue est mensuelle et foisonne d'informations et d'articles, récits de courses, d'excursions et de voyages, l'essor du ski, l'½uvre bâti et une véritable Chronique alpine commence à apparaître.

 

 Mais les auteurs des articles - presque toujours conduits par des Guides - auront beaucoup de difficultés à fournir des informations utilises à une future ascension, cherchant surtout à transmettre des descriptions topographiques, des impressions et des états d'âme.

 

Le récit d'Henri Mettrier relatant la première traversée du col du Pelvoux, avec ses Guides Eugène Estienne et Jean-Pierre Engilberge le 23 juillet 1909, occupera 30 pages de la revue, un article d'une belle plume, sans pour autant offrir une description technique et des évaluations précises de l'ascension.

 

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L'ESSOR DU TOURISME

 

L'approche des montagnes par le chemin de fer

 

 C'est le train surtout qui va conduire les touristes et les alpinistes de la plaine vers les montagnes. Les compagnies de chemins de fer, développant leurs réseaux, assisteront longtemps le Club Alpin dans ses actions de propagande pour la montagne.

 

<  En 1858, Genève est relié à Paris par la voie ferrée...

 

Le train dans les Alpes du nord :

 

- Le 15 juin 1890, le chemin de fer PLM arrive à Cluses.

- En 1898, le tronçon Cluses-le Fayet du rail est ouvert.

- Le 12 juillet 1901, la ligne à voie métrique et électrifiée menant à Chamonix depuis le Fayet est inaugurée.

- Dès le 1er juillet 1908, la communication avec la vallée du Rhône, Martigny et le Simplon est possible, ce qui offre un avenir exceptionnel pour la vallée de l'Arve.

- En 1856, la Maurienne est atteinte par le chemin de fer jusqu'à Saint-Jean et Modane sera relié en 1868, le tunnel de Fréjus est percé en 1871 vers l'Italie

- En 1892, la Tarentaise est atteignable jusqu'à Moûtiers et en 1913 jusqu'à Bourg-Saint-Maurice.

- Le train desservira Chamonix en hiver dès 1907.

 

Le train dans les Alpes du sud :

 

- Le 15 septembre 1884, Briançon devient accessible par le rail.

- En 1908, la Compagnie des chemins de fer du Sud inaugure le tronçon Digne-Annot qui permet depuis Grenoble de rejoindre Nice et les montagnes des Alpes Maritimes.

 

Le train dans les Pyrénées viendra également rendre plus commodes l'accès aux montagnes.

 

Les services automobiles

 

<  En 1835, il fallait encore 7 h de voyage pour parvenir à Chamonix depuis Sallanches, à dos de mulet ou en char à bancs, par un mauvais chemin. En 1867, la route nationale est accessible aux diligences.

<  En 1876, un service régulier de diligence relie Grenoble à Briançon en plus de 15h. Un autre service relie Gap à Briançon en 10h.

Dans les premières années du XXe siècle, c'est la substitution progressive des services automobiles à la traction à chevaux sur les routes de montagne qui sera achevée.

Des liaisons automobiles par autocars et voitures desservent peu à peu les vallées alpines, pyrénéennes et autres, depuis les gares des chemins de fer. 

Depuis la gare du Fayet, on va par un service d'été à Évian, Albertville, aux Contamines, à Thônes par le col des Aravis, correspondance pour Annecy.

En 1913, un service automobile permet d'atteindre le Grand-Bornand et la Clusaz depuis Thônes toute l'année.

Dans les Hautes Alpes, depuis Gap le col Bayard est franchit même en hiver pour desservir St Bonnet et Orcières. Gap est relié à Barcelonnette par un service régulier d'autocars.

Même croissance du service routier dans les Pyrénées.

 

L'accueil hôtelier

 

Depuis les dernières années du XIXe siècle, le Club Alpin a été le premier à encourager l'accueil hôtelier dans les zones de montagne, peu développé à part dans les stations thermales et les sites touristiques de Chamonix et Gavarnie, puis sont venus les Syndicats d'initiative des régions de tourisme.

En 1904, le Congrès de l'Industrie Hôtelière recommande la création de petits hôtels de montagne en demandant que les acteurs économiques« favorisent, appuient et provoquent la fondation de nouveaux hôtels dans les contrées où les sites sont particulièrement remarquables au point de vue du tourisme ».

 

En 1905, accompagnant un tourisme en expansion et sur le modèle des Syndicats d'initiative de Savoie et Haute Savoie, le Syndicat d'initiative des Pyrénées organise les déplacements entre Lourdes et Gavarnie.

 

1905 - Un Office du tourisme à Pralognan

 

Un Office du tourisme est créé à Pralognan, aidé par la société PLM et par le Club Alpin. C'est pour les touristes, un bureau de renseignements gratuits « indépendant des hôtels et des intérêts particuliers », car des concurrences hôtelières féroces divisaient et perturbaient certains centres alpins « au grand détriment du voyageur ».

L'Office sert aussi de bureau de correspondance du chemin de fer PLM arrivant à Moûtiers et les services de cars.

C'est là que sont proposés les services des Guides et Porteurs et le service muletier conduisant vers les cols et les sites remarquables....

 

Ce sera un modèle pour un développement raisonné des centres alpins...

 

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1906 - Les restaurations des terrains de montagne

 

La principale préoccupation de notre association à la fin du XIXe siècle, concernant la protection du milieu naturel, sera la reforestation des espaces alpins.

 

« Parmi les choses de la montagne, l'une des plus importantes est le reboisement ». Autrefois les montagnes étaient couvertes de forêts, « mais le pasteur est venu, abusant du droit de pacage ruinant le sol, dévastant les gazons ; le bûcheron est arrivé à son tour, faisant rouler au fond des vallées les colonnes gigantesques des sapins, et enlevant à la montagne sa belle chevelure ; enfin, là où le berger et le bûcheron avaient laissé quelque chose, l'incendie a fait son apparition ; alors des cataclysmes se sont produits et se produisent sans cesse ! ».

 

Les chroniques sont nombreuses signalant les torrents de boue et de pierres et les avalanches pendant l'hiver qui ruinent les villages, les habitations et les aménagements.

 

« Le Club Alpin ne pouvait rester insensible à un tel état de choses et, des premiers, il a entrepris en faveur du reboisement une énergique campagne ». Il a ainsi contribué aux reboisements du col de la Croix Haute, des Borels, du Vercors, du Ventoux ; des travaux considérables furent exécutés au Riou Bourdoux, au Dévoluy et les résultats obtenus sont très encourageants.

 

Avec le nouveau siècle, une vigoureuse action menée par l'Association pour l'Aménagement des Montagnes, avec l'appui du Touring Club, du Club Alpin et de la presse, aboutit au vote de la Loi du 12 juillet 1906 portant d'utilité publique les travaux de restaurations et de conservations des terrains de montagne intéressant la Drôme, l'Isère, l'Ardèche, le Vaucluse, les Basses-Alpes, la Savoie, la Haute Savoie et les Pyrénées ( sentiers, ensemencements, clayonnage, barrages, digues, reboisement ).

« Une loi déclarant à tous que le reboisement des montagnes est une question non pas seulement artistique, mais bien d'une portée plus haute, plus complexe, plus grave, touchant à la prospérité de nos cultures, à la régularisation de nos cours d'eau, à la sécurité de nos villages ».

 

Les opérations de reboisement des montagnes de France seront l'½uvre des forestiers de l'Administration des Eaux et Forêts qui est le bras armé de l'État.

 

1906 - Des Commissions des Sites et des Monuments naturels

 

En 1906, une loi Beauquier instaure des « Commissions des Sites et des Monuments naturels » chargées de préserver des territoires remarquables, au nom de l'intérêt général pour éviter des aménagements industriels pouvant générer des atteintes au milieu naturel...

 

En 1907, Pierre Puiseux dans la revue La Montagne se livre à une diatribe contre la construction du chemin de fer de la Jungfrau en Suisse : « ces machines sont des vers rongeurs dont rien n'assouvit la voracité. Les points de vue ne leur suffisent pas, ce sont les sommets qu'ils veulent ».

 

En 1910, le Club Alpin se prononce en faveur de la création de « Réserves ou Parcs nationaux en pays de montagne ».

 

En 1913, il s'inscrit comme membre à vie de l'« Association des Parcs nationaux de France ».

 

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1906 - Une carte d'État-Major

 

En 1906, Henri Vallot annonce la sortie de la carte de France au 1/50 000 par le Service Géographique des Armées en monochrome, dite carte d'État-Major.

 

La « Commission de Topographie du Club Alpin » jouera un rôle important notamment pour la formation aux techniques des relevés en terrain difficile, l'amélioration des méthodes et des matériels de topographie en montagne, la toponymie et l'analyse critique des épreuves...

 

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1907 - Le col de la Traversette

 

Le col de la Traversette était un passage important entre le Queyras et la haute vallée du Pô. Un tunnel sommaire a été creusé à l'initiative du marquis de Saluces en 1480, réparé en 1525 avec accès par un large sentier muletier.

Le tunnel abandonné et obstrué est remis en état par nos voisins italiens, ce sera l'occasion d'une réunion amicale le 25 août 1907 avec les associations nationales : Club Alpin, Touristes du Dauphiné et Excursionnistes Marseillais. Ce tunnel de 75m situé sous le col est très utile en cas de tourmente et d'enneigement.

Les cols de la Traversette et Lacroix faisant communiquer le Queyras avec les vallées piémontaises étaient pratiqués par les travailleurs saisonniers qui rejoignaient les fermes des vallées prospères pour louer leurs services, des migrations très bien évoqués dans certains romans de Jean Giono.

 

1907 - Jalonnement des sentiers

 

Les sentiers des forêts domaniales de Lente et du Vercors sont balisés par des marques de peintures par la Section de la Drôme du Club Alpin en reprenant la technique de balisage du sylvain Claude-François Denecourt en forêt de Fontainebleau dès le début du XIXe siècle.

 

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1909 - La politique d'aménagement du Club Alpin

 

En 1909, le Club Alpin poursuit sa politique d'aménagement de la montagne :

 

<  En s'associant avec la Société des Touristes du Dauphiné et le Touring Club de France, pour une contribution importante concernant la route de Bourg d'Aru à la Bérarde, qui comblera la partie municipale du financement que la commune de Saint-Christophe-en-Oisans n'est pas en mesure d'assumer.

 

<  En s'engageant pour la réalisation d'une route vers l'Italie par la haute vallée du Queyras qui franchirait le col de la Traversette en 1906, ou le col Lacroix en 1909, des projets qui s'enliseront et resurgiront dans les années 1920 pour être finalement et heureusement abandonnés...

 

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1904-1914 - LE DÉVELOPPEMENT DU SKI EN FRANCE

 

En 1904, campagne du Club Alpin pour les villégiatures d'hiver en France... Premier programme d'excursions collectives en ski par la Section de Paris ( voir le dossier : La pratique du ski au Club Alpin ).

 

Le Club Alpin accentue sa propagande pour le ski, une discipline en plein développement chez nos voisins alpins...

 

Pendant les hivers 1906-1907 et 1907-1908, pour la diffusion de ce nouveau sport en France, l'association va consacrer un financement pour la fabrication et la dotation de skis aux populations montagnardes.

 

1907 - Le premier Concours International de ski de Montgenève

 

En 1907, le Club Alpin organise les 11 et 12 février, un premier Concours International de ski à Montgenèvre, avec la participation des Écoles Militaires de ski du Dauphiné et de la Savoie, et avec la présence des étonnants et talentueux skieurs venus de Norvège. La manifestation projetée à l'origine au Lautaret, avait été finalement organisée à Montgenèvre pour le confort des participants et les facilités d'organisation, avec la proximité de la ville de Briançon.

C'est un succès populaire qui incite le CAF à s'engager résolument « dans le développement du sport du ski ».

Dans le but d'intéresser le grand public aux sports d'hiver, le club organisera « une grande manifestation sportive annuelle qui se tiendra dans les principales régions montagneuses de France... devant les autorités administratives et militaires, les représentants politiques, d'officiers et de soldats étrangers et de nombreux touristes accourus de tous les points du pays ».

Promoteur principal, le Club Alpin va consacrer beaucoup d'énergie à l'essor du ski, et les skieurs vont occuper une place importante notamment dans les Sections proches des montagnes.

 

La « Commission des sports d'hiver » du Club Alpin aura une forte influence et dès lors les skieurs formeront une des composantes principales de notre association.

 

 1907 - LE CLUB ALPIN FRANÇAIS FÉDÈRE ET RÉGLEMENTE LE SKI.

 

À la fin de l'année 1907, l'« Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques » qui coordonne les activités sportives au niveau de l'État, attribue au Club Alpin Français le pouvoir confédératif et réglementaire du ski.

De nombreux Groupes de skieurs vont se rapprocher du Club Alpin en tant que « Sociétés affiliées », d'abord la Société de ski du Dauphiné dès 1907, et ensuite quarante-six autres Clubs de ski entre 1908 et 1909, ce qui va accroître considérablement le rayonnement de l'association...

Chaque année le concours international de ski est organisé, en 1908 à Chamonix, en 1909 à Morez, en 1910 aux Eaux Bonnes - Cauterets, en 1911 au Lioran, en 1912 à Chamonix, en 1913 à Gérardmer, en 1914 à Briançon ( voir le dossier : La pratique du ski au Club Alpin ).

 

L'aménagement de la montagne

 

C'est le début de l'aménagement de la montagne d'hiver pour le ski et les sports de neige. Un développement qui connaîtra un paroxysme dans les années 1960...

 

LA FORTE IMPLICATION DU CLUB

 

Des rassemblements et des concours sont organisés dans les différents massifs montagneux : Vosges, Jura, Alpes de nord, du sud, Massif central et Pyrénées.

En 1909, pour étendre la diffusion du ski, le Club Alpin édite un Manuel de ski montrant la fabrication « à bon marché » des skis et ses utilisations, plus de 10 000 plaquettes sont diffusées dans toute la France, des paires skis sont distribuées ou cédées à moindre prix aux initiateurs zélés...

Un Règlement général unifié pour les compétitions de ski est instauré...

En 1909, un Syndicat d'initiative se forme à Briançon en partie avec des éléments de la Section locale du Club Alpin.

En 1909, l'extension considérable de la fréquentation estivale et surtout hivernale de la montagne a vu la création de petites associations à cotisation minime et à rayon d'action localisé. Le Club Alpin, avec sa proposition d'affilier les multiples petites sociétés principalement de ski qui le désirent, en leur conservant leur autonomie et leurs actions locales, va conduire l'essor du ski en France

En 1910, la « Commission des sports d'hiver du Club Alpin » décide de créer un refuge gardé l'hiver pour les skieurs. Chamrousse est choisi et en octobre 1911, le chalet du Recoin est ouvert, il offre 30 places.

En 1910, création d'un Ski-Club par la Section de Paris du Club Alpin.

 

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Un club pluridisciplinaire

 

Avec l'apport de ses nouveaux membres attirés par les sports d'hiver, le Club Alpin qui va être désormais constitué des excursionnistes, des skieurs, des scientifiques, de ceux qui ont un simple intérêt pour l'univers alpin et un nombre plus limité d'alpinistes...

Redisons que l'importance en nombres des excursionnistes et des skieurs sera déterminante dans les orientations et les actions futures de l'association.

 

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1904 à 1909 - Des projets d'aménagements à tout va... 

 

De toutes parts des projets d'aménagement voient le jour.

 

1904 - Le tramway du Mont Blanc

 

En 1904, une concession est accordée pour la construction d'un chemin de fer conduisant vers le Mont Blanc, depuis le Fayet-Saint Gervais. Le Tramway du Mont Blanc ( TMB ) atteindra le col de Voza, 1853m en 1909. La ligne s'arrêtera au Nid d'Aigle, 2372m en 1912.

Le projet initial qui prévoyait d'accéder au Dôme du Goûter et au sommet de Mont Blanc sera abandonné.

 

1909 - Le train du Montenvers

 

La visite du site touristique du Montenvers, 1913m dominant le glacier des Bois - la Mer de Glace - était une excursion prisée dès le début du XIXe siècle. En 1880, inauguration du Grand Hôtel du Montenvers où les touristes sont conduits à dos de mulets et à chaises à porteurs...

Un projet de construction d'une voie ferrée pour atteindre le site remarquable est proposé en 1892 et rencontre l'opposition violente de la petite industrie constituée autour la visite du site, et de la population locale.

Il faudra la protection des Gendarmes pour permettre les travaux qui s'étaleront de 1906 à 1908.

En 1909, « Le train à vapeur sur la ligne à crémaillère conduit depuis Chamonix les touristes en 55 minutes jusqu'à l'hôtel et les merveilles de la Mer de Glace »...

Son électrification sera réalisée en 1954...

 

1909 - Un projet de téléphérique

 

Un premier projet de téléphérique reliant Chamonix au col du Midi d'abord, et à l'Aiguille du Midi ensuite, voit un début de réalisation.

Il n'entrera en service qu'en 1927, sans dépasser la station des Glaciers, 2414m. Le col du Midi, vers 3593m ne sera atteint que par un câble de service en 1940, et les travaux seront ensuite abandonnés...

 

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Une prise de conscience pour la protection de l'espace montagnard

 

Mais déjà les aménagements excessifs sont soulignés et une prise de conscience progressera lentement dans un environnement d'industrialisation à marche forcée...

 

En 1905, à l'occasion du banquet annuel le président du Club Alpin devant les représentants des Chemins de fer et de l'État souligne :

« Vos projets m'effraient un peu... que vous nous conduisiez à la montagne c'est fort bien mais que empiétant sur notre domaine vous vouliez faire grimper aussi vos trains sur la montagne, voila qui est excessif et qui soulève la tempête....ce sera un grand dommage en vérité ».

 

C'est le début d'un long processus qui conduira le Club Alpin à s'engager fortement pour la protection de l'espace montagnard.

 

Les dirigeant des Chemins de fer sont au coté de l'Association depuis sa création, c'est le chemin de fer qui permettait de se rendre en montagne...

 

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L'assainissement dans les centres alpins

 

En 1910, le Club Alpin se livre à une propagande discrète mais régulière et appuyée pour la captation et l'adduction des eaux potables dans les Centres alpins. Ils offraient souvent une eau polluée par la proximité animale dans les villages et les pâturages. C'est le début d'une longue croisade pour l'assainissement des villages de montagne. Au coté des interventions financières de l'État, la seule arme du club sera la menace de publier le nom des villages proposant une eau saine. Plusieurs lois ont été édictées imposant à tout projet municipal de captage d'eau potable, un examen préalable géologique et bactériologique d'eau nouvelle.

En haute montagne il fallait appeler à la vigilance. La contamination des hautes pelouses par les moutons était un risque permanent de pollutions des eaux de ruissellement et des émergences du pied des monts, une situation encore mal perçu, avec de grands risques d'affections typhiques et entérites pour les visiteurs pas naturellement protégés dès le plus jeune âge comme les autochtones.

 

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1910 - Création de l'« Office National du Tourisme »

 

L'« Office National du Tourisme » sera l'organisme d'État chargé de contrôler les activités touristiques et d'encourager leurs développements. Il est créé le 8 avril 1910 et comprend les fonctionnaires des principales administrations publiques, les représentants des associations de tourisme, les compagnies de transports, les syndicats d'initiatives. C'est par lui que passera plus tard les incitations financières de l'État...

 

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1910 - La manifestation de Port-Miou

 

En 1907, une carrière pour l'extraction du calcaire destiné à la fabrication de la soude est ouverte par l'entreprise Solvay dans la Calanque de Port-Miou, située sur la commune de Cassis.

 

Ce sera un véritable désastre pour le site.

 

Une manifestation de protestation réunira le 13 mars 1910 près de 3 000 personnes sur le site endommagé...

 

C'est la première manifestation d'envergure, avec un vrai engouement populaire, pour la protection de la nature.

 

Il faudra attendre 1982 pour que l'exploitation soit définitivement arrêtée laissant une trace indélébile, une plaie ouverte sur une belle Calanque, un témoignage de ce qu'il ne faut plus faire...

 

 1911- Une première prise en compte par l'État

 

Sur une proposition de Gaston Berge, président du Club Alpin, deux décisions montrent un début de prise en compte par l'État d'un intérêt pour la montagne.

 

Une première circulaire ministérielle stipule : « d'importants ouvrages tels que refuges, abris, poteaux indicateurs, tables d'orientation, jardins alpins, etc. ont été exécutés en montagne par divers associations, Club Alpin, Touring Club, Sociétés de tourisme, en vue de facilité les excursions dans les régions montagneuses. Il importe de seconder les efforts faits par ces associations.

Ces ouvrages ont le caractère d'être affectés à l'utilité public ».

 

L'autre circulaire par le canal d'un autre ministère demande aux préfets des départements de montagne de se saisir « de la question de la protection des animaux et des plantes alpestres ».

 

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1911 - LA RÉFORME DES STATUTS


Le Club Alpin est contraint de s'adapter en révisant ses statuts, suite aux réclamations des Sections et à la Loi de 1901 concernant les Associations, en particulier celles reconnues d'Utilité publique, une réforme en gestation depuis 1902...


Jean Escarra évoque avec humour devant l'Assemblée générale cette lente gestation « vous n'ignorez pas que le vent de la représentation proportionnelle a soufflé sur nos têtes comme d'autres et plus vastes enceintes.... Chez nous aussi, il n'a pas manqué d'apporter un peu d'effervescence ».

 

  • Une représentation des Sections dans l'instance dirigeante du Club qui devra être proportionnelle au nombre de ses adhérents...

 

Et la « Direction centrale » disparaît pour laisser la place à un « Comité de direction ».

 

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Le problème du secours en montagne

 

Depuis que les hommes vont en montagne, il a fallu porter assistance aux voyageurs égarés, à l'image des Moines de l'Hospice du col du Grand Saint Bernard.

Et ce sont évidemment les premiers Guides de voyageurs qui pourront aller chercher les disparus en montagne...

Puis l'alpinisme est né...

 

En France, le premier groupement de Secouristes date de 1897, il est fondé à Annemasse, « les Sauveteurs Volontaires du Salève » avec un rudiment d'administration, des volontaires répertoriés et un « tour de garde du dimanche » pour ce qui concerne le massif du Salève.

 

Ce sont surtout les Guides qui assureront une assistance au pied levé avec des moyens d'intervention dérisoires... souvent pour constater les dégâts.

 

En 1910, un Comité de Secours en Montagne du Dauphiné est fondé à l'initiative du Syndicat d'initiative de Grenoble avec un tour de rôle entre la Section de l'Isère du Club Alpin et la Fédération Alpine Dauphinoise.

 

Une problématique apparaîtra vite : « savoir faire accepter par tous, une discipline et une méthode ».

 

En 1911, après plusieurs accidents de montagne ayant connu des péripéties diverses, Th. Thomas produit dans La Montagne un récit et une première critique sur les façons de faire et les insuffisances du Secours en montagne ( voir le dossier : Un historique du Secours en montagne ).

 

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Les Jeux Olympiques


À l'occasion des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, le Comité Olympique pensait pouvoir décerner une médaille d'or à la plus belle performance - concernant l'ascensionnisme - en demandant aux différents Clubs alpins de faire des propositions, mais devant l'impossibilité d'établir des comparaisons entre les différents exploits, le projet fût rapidement retiré...

 

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1900 à 1914 - LES GUIDES

 

Un règlement général

 

En 1904, le Club Alpin adopte - en commun avec la Société des Touristes du Dauphiné au niveau régional - un règlement général sur la reconnaissance de la fonction de Guide de montagne, en unifiant les divers usages jusqu'alors établis dans les différentes vallées de montagne. On se doute que l'instauration de ce genre d'organisation ne va pas sans quelques palabres et anicroches...

 

En 1904, des Compagnies déjà existantes - tel que le « Syndicat des Guides de Saint-Gervais » - adoptent ce règlement et intègrent le Club Alpin.

 

Après encore de longues discussions et concertations, cette réglementation nationale de la profession des Guides est publiée et entérinée par les Pouvoir publics, et le Club Alpin en sera le délégataire jusqu'en 1940 :

 

<  « Les Guides et Porteurs du CAF sont nommés dans les centres alpins et parmi les habitants de ces centres ».

<  Un brevet de Guide, de Guide de haute montagne ou de Porteur qualifie les titulaires.

<  La publication de la liste des « Guides et Porteurs » brevetés par le Club Alpin « avec le port d'un insigne comme nos gardes champêtres » permet d'éviter l'écueil du guide marron...

<  Un « Carnet de Guide » est délivré aux ayant droits, où le touriste portait ses appréciations. Il sera souvent la seule garantie de la prestation à venir...

<  En 1905, création de la Caisse de Secours des Guides et Porteurs.

<  Un nouvel accord sera négocié en 1910 entre le Club Alpin et la STD avec encore des discussions principalement conditionnées par les intérêts économiques des Guides.

 

Dans les vallées du massif des Écrins et de Belledonne, la Société des Touristes du Dauphiné maintiendra son influence jusqu'à la Seconde guerre mondiale.

 

En dehors des concurrences ou divergences locales animées par le montant des tarifications des ascensions guidées, il faudra attendre 1936 pour que les éléments essentiels et nécessaires pour l'exercice de la profession soient enfin proposés : la formation et l'enseignement.

 

On deviendra alors et enfin Guide non plus par sa naissance, mais par des qualités affirmées et contrôlées... La Loi du 18 février 1948 fixera le cadre du métier.

 

La bonne façon de faire

 

  • Jusqu'en 1920 et un peu plus tard, la bonne façon de faire prônée par Club Alpin restera - pour l'excursionnisme alpin et l'alpinisme - de marcher sous la conduite de Guides qui étaient censés connaître la montagne, les techniques et les dangers...

 

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L'ascensionniste des temps anciens, au fond les versants Brenva et est du Mont Blanc

 

L'ALPINISME AUTONOME

 

<  Déjà en 1877, il existait les initiatives remarquées de Victor et Pierre Puiseux :

 

  • « MM. Puiseux père et fils ajoutent à la valeur de leurs ascensions le mérite de les faire sans guide », ils furent des avant-gardistes qui en France ne seront pas suivis.

 

<  Dès 1892, Albert Frederick Mummery est le principal promoteur de l'alpinisme autonome - sans guide - et qui le fît savoir...

 

<  L'ascension de l'Aiguille Verte par l'arête du Moine et surtout du Mont Blanc par le versant de la Brenva, comptent parmi les ascensions les plus probantes d'un alpinisme autonome naissant ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme de 1492 à 1914 ).

 

<  Dans le même temps que Mummery, des cordées autonomes apparaissent en Europe, l'alpinisme devient un sport populaire en Bavière, en Autriche et en Suisse...

 

  • En 1885 déjà, Ludwig Purtscheller, Emil et Otto Zsigmondy avaient réalisé la traversée de la Meije, c'est la plus belle performance de l'alpinisme autonome du XIXe siècle.

 

<  Pour Emil Zsigmondy « une ascension n'a de sens, de valeur que si le grimpeur la réalise par ses propres moyens ».

 

Le but du jeu


« Désormais rien ne doit venir s'interposer entre l'ascensionniste et la montagne ». Le but ultime du jeu est de devenir autonome et responsable...

 

  • Parmi les rares premiers alpinistes autonomes français, il faut citer Ernest Thorant, il réalisa de cette façon - avec Henri Chaumat - la première ascension de la face nord du Mont Aiguille le 25 août 1895. Et aussi l'ascension de la Meije en autonomie avec Auguste Payerne, mais les deux feront malheureusement une chute mortelle au cours de la descente...

 

<  En 1900, c'est pour Heinrich Pfannl et deux compagnons, la première en autonomie de l'arête de Peuterey du Mont Blanc...

 

<  En 1901, les frères Gugliermina inaugurent l'arête du Brouillard, et reprennent l'arête de l'Innominata en 1921, sur notre culmen des Alpes...

 

<  En 1905, Hans Pfann et un compagnon répètent l'arête de Peuterey et en 1912, l'arête du Brouillard encore sur le Mont Blanc.

 

Notre revue La Montagne consacre en 1910 un article à l'Alpinisme sans guide - mais prudemment, pour ne pas choquer - de la main d'un membre influent du Club Alpin Italien...

 

  • De ce temps-là, Claudius Joublot fut un autre des rares alpinistes français à parcourir la haute montagne en autonomie. Plus tard, rédacteur en chef de la Revue Alpine, il est le premier à porter un intérêt particulier aux grandes ascensions...

 

Un début d'information alpine

 

En 1863, John Ball publie un guide itinéraire « Guide to the western Alps », le premier guide suffisamment précis et élaboré des Alpes occidentales.

 

À la fin du XIXe siècle, les seules documentations existantes sont :

 

<  Un premier petit guide pour les alpinistes, « Zermatt Pocket-Book », édité à Londres en 1881 par Martin Conway, avec la collaboration de W. A. B. Coolidge.

 

<  Un premier ouvrage plus complet et abouti, le « Guide du Haut Dauphiné », par W. A. B. Coolidge, Henry Duhamel et Félix Perrin, aux éditions Joanne en 1887 et 1890, édition anglaise 1892 et 1905, édition allemande en 1913 et italienne en 1917.

 

<  La série des « Climbers' Guides, éditée à Londres, date de 1891.

 

<  Le « Guide itinéraire de la chaîne du Mont Blanc », par le Suisse Louis Kurz ( 1854-1942 ), publié en 1892, augmenté en 1914 aux éditions Payot. Une troisième édition revue et mise à jour par Marcel Kurz ( 1887-1957 ) paraîtra en 1927, puis une quatrième édition refondue en 1935.


<  Le « Mont Blanc führer », de 1913 en langue allemande, traduit en français par des membres du GHM en 1922....

 

<  Des « Guides pour l'alpiniste » commenceront à être proposés par Émile Gaillard, en 1912 aux éditions Dardel.

La Meije depuis le col du Chardonnet

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L'équipement des alpinistes jusqu'en 1914

 

L'équipement des alpinistes reste sommaire, la corde en chanvre, les souliers à clous et le piolet dans les Alpes occidentales et espadrilles de corde ou d'étoffes dans les ascensions rocheuses des Alpes orientales, l'encordement est direct à la taille.

 

Mais des techniques nouvelles vont profondément modifier les façons de faire... Les pitons et les mousquetons commencent à être utilisés dans les Alpes orientales et permettront de s'aventurer partout, les espadrilles renforcées des Dolomites, les « Kletterschuch » sont en usage en France dès 1908 ; et la même année, Oskar Eckenstein définit les crampons modernes à dix pointes et une méthode de cramponnage qui sera expliquée en France dans la revue Alpinisme de 1927 ( voir le dossier : Le matériel de l'alpiniste ).

 

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En 1908 - Le Groupe des Rochassiers

 

Déjà en 1908, un petit groupe de grimpeurs fréquente régulièrement les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau, dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade : « le Groupe des Rochassiers », créé par les anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris du Club Alpin.

 

Rapidement des projets se concrétisent, des cordées autonomes se constitueront pour les vacances de l'été dans les Alpes... Et dès 1910 de nombreuses courses en autonomie sont entreprises...

 

La Chronique alpine de la revue La Montagne de décembre 1910 publie les premières initiatives alpines du petit groupe des Rochassiers. Parallèlement - il n'a pas encore l'âge - Jacques de Lépiney traverse la Meije avec les guides Hippolyte et Florentin Pic, il a seulement 14 ans.

 

Les anciens du groupe étaient : Jacques Wehrlin qui assurait l'organisation de cette entité informelle, Pierre Le Bec, André Jacquemart et Paul Job...

 

Un article de Jacques Wehrlin « À l'entraînement » évoque pour la première fois l'escalade des blocs de la forêt de Fontainebleau dans la revue La Montagne de 1914. C'était d'abord un but de préparation pour la montagne car « l'hiver les muscles s'engourdissent, la résistance diminue, les mouvements perdent leur précision ».

 

Les plus assidus Paul Chevalier, Étienne Jérome, André Migot, Alice Agussol ( Alice Damesme après son mariage ), Maurice Damesme, Jean Maunoury, Pierrefeu et Louis Prestat.

 

Il y avait aussi Braun, Chocarne, André Lejosne, Pottier et Therrond, les réunions régulières se terminaient chez Hans, Cour des Petites Écuries à Paris, où « la bière y était excellente ».

 

En 1913, le groupe s'augmente de Jacques et de Tom de Lépiney...

 

<  Issu des Caravanes scolaires, le Groupe des Rochassiers sera le lien fort qui conduira plus tard en 1919, à la création du Groupe de Haute Montagne.

 

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UNE ÉVOLUTION SENSIBLE

 

Pour le Club Alpin, nous sommes bien en pleine évolution vers cette conception « aventureuse et gratuite » concernant une activité « sans règlement et sans arbitre, fondée sur une éthique non écrite et fluctuante ».

 

Mais pour une petite partie seulement de ses adhérents, et sans l'appui suffisant des dirigeants de l'Association...

 

1912 - NOTRE ORGANISATION N'ÉTAIT PAS PRÊTE


Au Club Alpin, il y a un fort débat concernant les différentes conceptions de l'alpinisme.

 

Déjà en 1910, Jean Escarra en présentant le rapport annuel de l'Assemblée générale rappelle la ligne politique :

 

« À la montagne nous demandons beaucoup plus, n'y cherchant l'aguerrissement du corps que pour atteindre à l'exaltation des facultés de l'esprit ».

 

Au passage, il égratigne ce qui s'écarte du correctement difficile, « la poursuite obsédante de la quintessence des casse-cou ».


Et si dans le discours du président Gaston Berge de 1910 tout est dit et bien dit, les actes ne suivront pas, car de fortes résistances existent :

 

« Pour les modérés, l'alpinisme consiste à faire du tourisme en montagne, monter vers les belvédères réputés, mais aisément accessibles, vagabonder de vallée en vallée à travers des cols faciles, mener la vie libre dans l'immense nature alpestre et, sans surmenage excessif, y acquérir force et santé.

Pour d'autres, je me hâte de dire que c'est le plus petit nombre car il faut des moyens physiques appropriés, la conception de l'alpinisme ajoute - aux avantages que je viens de citer - le charme de la difficulté vaincue.

 

Pour cette élite, pratiquer l'alpinisme, c'est s'opposer aux moyens terribles de défense de certaines cimes que sont les parois de rochers, les cheminées difficiles à escalader, les pentes intimidantes de glace, des moyens d'attaque puisés dans la sagacité, le sang froid, l'endurance et le courage personnel ».

 

La séduction des moyens


Le débat apparaît avec le projet d'un cours ou école d'alpinisme qui prendrait la forme de conférences, de publications et de démonstrations pour aller vers une certaine autonomie des ascensionnistes.

 

Une éducation pratique et théorique est proposée, sur le modèle du Club Alpin Suisse qui l'a adoptée dès 1901, pour lutter contre les accidents et ainsi rendre les alpinistes autonomes, c'est à dire moins dépendant de leurs Guides...

 

Mais en 1912, le Club n'est pas encore prêt à promouvoir un Enseignement alpin, car des objections existent :

 

« On verra une tendance du club à favoriser les courses sans guides et celles-ci ont une mauvaise presse ».

 

D'autres avis sont diamétralement opposés :

 

« Le CAF ne remplit pas son devoir, poussant les gens aux ascensions, puis les abandonnant à eux-mêmes ».

 

Ce sont les réticences envers un alpinisme sportif et un alpinisme autonome qui apparaissent dans certains avis :

 

« La jeunesse d'aujourd'hui orientées vers le sport, oublie la noblesse du but pour la séduction des moyens. Le CAF ne doit pas favoriser cette tendance ».

 

Le Club Alpin est déjà une grosse machine que l'on ne peut pas bouger si facilement, au sein du Comité directeur il y aura de tout temps des réactions devant les initiatives novatrices, il y aura de tout temps des traditionalistes pour contester les évolutions.

 

Le débat concernant l'Enseignement alpin, l'alpinisme sportif et l'alpinisme autonome - sans guide - est l'un des plus emblématiques...

 

En 1912, le CAF compte près de 7 500 membres...

 

Les ascensionnistes en autonomie sur l'aiguille du Chardonnet

 

Les différents courants


L'étude approfondie d'Olivier Hoibian : Les Alpinistes en France 1870-1950, éditeur l'Harmattan montre bien les différents courants qui se vont se croiser dans les premières années du XXe siècle :

 

<  Les excursionnistes alpins à légitimité scientifique ou culturelle.

 

<  Les alpinistes prônant une activité modérée « sans prétention ».

 

<  Les alpinistes sportifs et élitistes, les « conceptions aventureuses ».

 

À ces orientations, il faut évidemment ajouter les nombreux skieurs qui après la neige se tournent - ou pas - vers l'alpinisme ou vers l'excursionnisme...

 

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1912 - L'essor du ski de haute montagne

 

Pour bien comprendre l'expansion du ski de montagne, voici les randonnées réalisées par Mathilde Maige-Lefournier pendant un séjour à Bonneval-sur-Arc en l'hiver 1912-1913.

 

Ce sont des itinéraires parcourus pour la première fois à ski ou à l'occasion d'une première féminine de cette façon :

 

<   Le 26 décembre 1912, ascension de la Pointe Tonini, 3327m avec le Guide Pierre Blanc, première ascension à ski.

 

<   Le 29 décembre, traversée du col de l'Iseran, 2769m, vers Val d'Isère, avec Pierre et Jean-Marie Blanc.

 

<   Le 31 décembre, départ 5h, traversée par le Pas de la Rocheure, 2950m, le vallon de la Rocheure, Chavière, Terminion, Lanslebourg avec une arrivée à 20h... Une sérieuse performance, déjà réalisée par sept Chasseurs Alpins trois ans auparavant...

 

<   Le 4 janvier 1913 départ 5h depuis Avérole, première ascension à ski de l'Albaron, 3662m par le glacier du Grand Fond avec Pierre et Jean-Marie Blanc, retour à Bessans à 16h30...

 

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1913 - Une véritable Chronique alpine


En novembre 1913, une première véritable Chronique alpine est publiée dans La Montagne montrant que les choses bougent, les rédacteurs en sont Jean Escarra, Maurice Paillon et Jacques Wehrlin.

L'activité des Chevalier, Damesme, Jacquemart, Job, Le Bec, Lépiney et autre Wehrlin constituant le « Groupe des Rochassiers » est soulignée, ce sont les futurs fondateurs du « Groupe de Haute Montagne ».

Ne passe pas inaperçu « l'admirable campagne » de Paul Preuss dans le versant italien du Mont Blanc, ainsi que les ascensions de Hans Pfann et de Karl Blodig par l'arête du Brouillard de cette même montagne, des relations traduites des revues des Clubs Alpins Allemand et Autrichien.

Le chroniqueur commence à aller chercher l'information et s'autorise quelques remarques et commentaires...

Avec la communication de Pierre Blanc, "guide de première classe" de Bonneval-sur-Arc, c'est un premier regard qui est porté hors d'Europe avec le compte-rendu d'une tentative d'ascension du Kamet en Himalaya, à plus de 7150m, pour Blanc et "son anglais" Charles Meade.

 

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1913 - L'Enseignement alpin encore

 

La Section de la Côte d'Or et du Morvan insiste encore en faveur l'Enseignement alpin et exprime le v½u « que le Club étudie et applique les moyens les plus propres à faire connaître à encourager par la plume, par la parole et par l'exemple le plus naturel et le plus complet de tous les sports ».

La Section des Alpes Maritimes souligne « Si depuis quelques années les ascensions sans guide se sont multipliées, c'est parce que cela répond à un besoin » et aussi « nous pouvons faire plus et mieux, en organisant des cours pratiques de grimpades ».

La Commission de technique alpine fera diversion en proposant un essai de démonstration pratique en montagne... avec des Guides...

 

Mais bientôt tout sera mis de coté, face à la tourmente qui s'annonce...

 

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La protection des sites et de la montagne

 

1913 - Une loi de protection

 

En 1913, une première Loi concernant la Protection de la nature et de nos montagnes est promulguée, en assurant la conservation « des monuments et objets ayant un intérêt historique ou artistique »...

Et le 3 juin 1913, une Loi sur le reboisement et conservation des forêts privées est décrétée.

 

1913 - Les Sites menacés de Gavarnie et d'Héas

 

Des pourparlers sont en cours pour céder à une société financière les chutes d'eaux des sites de Gavarnie et d'Héas qui seraient canalisées pour utiliser la force motrice résultante.

« Le Club Alpin émet le v½u que l'autorité compétente n'approuve aucune concession sans y introduire toutes les réserves nécessaires à la protection de sites célèbres dans le monde entier et qui constituent une des richesses naturelles de la France ».

 

La question des Parcs Nationaux en France

 

Le Club Alpin demande à Édouard-Alfred Martel une étude sur la question des Parcs Nationaux qui sera publiée dans la revue La Montagne de 1913.

 

1913 - Un projet de Parc national

 

Il existe dès la fin du XIXe siècle ( 1882 ) un chapitre dans le budget de l'État pour la Restauration des Terrains de Montagne.

C'est à ce titre que l'État pourra agir pour la préservation des sites souvent dégradés par les éléments naturels et le surpâturage...

 Le conservateur des Eaux et Forêts à Grenoble M. Mathey propose de fonder un « Parc National de l'Oisans », mais c'est encore une surface morcelée...

 

En 1914, la commune de St-Christophe-en-Oisans cède à l'État une partie de la vallée du Haut Vénéon, profondément dégradée et qu'elle ne peut pas entretenir.

 

Il faut avoir à l'esprit que l'économie de certains villages de montagne, basée sur les industries pastorale et sylvicole, dépendait beaucoup des locations des terrains communaux pour troupeaux transhumants de Provence qui dévastaient les hauts pâturages, et la déforestation de certains espaces était inquiétante. Le sombre avenir promis aux habitants de ces hautes vallées encourageait l'exode et l'émigration.

 

L'Association pour l'Aménagement des Montagnes avec l'appui du Touring Club et du Club Alpin avait voulu faire la démonstration qu'une autre issue était possible par une prise à bail du Vallon de la Selle. « Ce vallon ruiné par l'abus des moutons transhumants, et dépendant de la commune de Saint-Christophe-en-Oisans, ne contenait plus que de la roche et des cailloux. Mis en défens absolu par l'Administration des forêts, le Vallon de la Selle a pu reverdir, et à la fin du bail l'expérience était faite que la Nature bienfaisante peut, dans certains cas, réparer les conséquences de l'imprévoyance des hommes, et que l'état de ce vallon, si douloureux pour les pieds des alpinistes, était le fait d'un abus de jouissance ».

 

La controverse des Parcs Nationaux

 

Plusieurs articles concernant les Parcs nationaux, certains dans la revue La Montagne de 1915 et 1916, vont animer une controverse qui n'est peut être pas vraiment close aujourd'hui, mais rien de concret ne viendra en France avant 1963 avec le Parc de la Vanoise.

 

Il y avait les partisans de l'intervention de l'État pour créer une zone protégée « avec les avantages attendus au point de vue de l'agrément des visiteurs, de la conservation de la faune et de la flore des pays de montagne, des profits que les populations voisines peuvent attendre de la circulation et du séjour des touristes ; avec l'intention évidente de contribuer à la prospérité des populations et non de les desservir ».

D'autres s'inquiétaient des dangers que ces parcs nationaux « pourraient comporter à l'égard des habitants des communes envisagées, qu'ils soient simplement évincés, ou qu'ils se trouvent tellement gênés dans leurs conditions habituelles d'existence que cette gêne équivaudrait à bref délai à une éviction »

 

La proposition, évitant le rachat par l'État, était un territoire pastoral abrité des transhumants, réservé aux seuls troupeaux des communes, dans le but de maintenir la présence des hommes dans ces hautes vallées, mais il ne sera pas répondu à la question de l'équilibre économique de ces villages.

 

Pour le Club Alpin sous la plume de Gaston Berge :

 

« Le Club Alpin Français est trop l'ami des montagnards pour n'avoir pas le droit de dire la vérité dans leur intérêt.

 

Actuellement, sous l'empire du besoin, la plupart des villages, et des hameaux sont les artisans de leur propre ruine.

 

Créer des parcs nationaux, avec des étendues raisonnables, c'est permettre de prêcher avec la force de l'exemple, ce qui vaut mieux que les exhortations écrites ou verbales.

 

Quand on verra l'herbe reparaître, les vaches productrices de lait, de beurre et de fromages, d'un produit avantageux, se substituer peu à peu aux moutons qui abîment le sol, les touristes venir en bien plus grand nombre, attirés par la beauté des paysages et la fraîcheur des forêts renaissantes, je crois qu'on enviera la prospérité des villages en bordure de tels parcs, et que les autres seront désireux d'appliquer chez eux des méthodes semblables ».

 

C'est l'essor du tourisme, de l'excursionnisme et des sports d'hiver qui apportera une issue décisive. Une évolution à laquelle le Club Alpin n'était pas étranger...

 

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Les femmes se présentent aussi

 

Les femmes ascensionnistes sont bien présentes dans la répétition des grands itinéraires classiques, à la recherche des premières féminines.

 

Elles resteront jusqu'au début du XXe siècle en retrait pour ce qui est de l'exploration des sommets et des itinéraires originaux, malgré les réclamations de Gabrielle Vallot et de Mary Paillon qui souhaitent dans leurs écrits le développement d'un alpinisme féminin.


En 1908, Marie Bruneton réalise dans le Valais avec ses Guides la traversée de la Dent Blanche par l'Arête des 4 Ânes, c'est pour la Française un premier parcours féminin et une belle et rare performance.

 

Mais dès 1914, Alice Damesme sera la première à s'extraire du commun et à réaliser ses courses en autonomie - sans guide - et le plus souvent en tête de cordée...

 

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Pendant ce temps à l'étranger


<  En l'année 1910 est réuni à Munich, dans le Club Alpin Bavarois, un groupe de grimpeurs exceptionnels, comprenant entre autres Paul Preuss, Hans Dulfer, Otto Herzog - avec un peu plus à l'écart dans ses montagnes Hans Fiechtl - que l'on appellera l'« École de Munich ».

 

<  Ce groupe, par ses performances, ses perfectionnements techniques et ses idées novatrices, va profondément faire évoluer l'escalade...

 

L'usage des pitons va permettre de s'aventurer beaucoup plus loin, mais suscite des controverses animées, avec en 1911 l'article clef de Paul Preuss concernant les moyens l'escalade : « le respect du style, qu'il s'agisse d'alpinisme ou d'escalade pure, devrait être la règle formelle pour chaque grimpeur » ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme de 1492 à 1914 ).

 

Le refus des Britanniques


Les Britanniques de l'Alpine Club, prennent position contre l'utilisation des moyens artificiels.

 

Ils vont rester longtemps à l'écart de l'exploration des grandes parois rocheuses des Alpes avec l'aide des pitons.

 

Ils ne réapparaîtront dans les Alpes que quarante années plus tard, en ayant beaucoup évolués...

 

Jusqu'à trouver une solution plus satisfaisante avec les coinceurs dès 1960, puis des outils plus élaborés dès 1970...

 

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Les deux façons de faire

 

  • En 1914, les deux pratiques de l'escalade sont bien perceptibles : les adeptes de l'escalade sportive et ceux pour qui l'escalade est une simple moyen de l'alpinisme.

 

Et c'est l'usage des pitons qui va accentuer les antagonismes...

 

<  L'escalade sportive est surtout pratiquée dès 1890 sur les falaises des Iles Britanniques et de la Saxe en Allemagne ; avec des règles précises, on doit grimper sans aucune aide extérieure et réaliser l'assurage par des moyens naturels. Les pratiquants de cette discipline sportive ne chercheront curieusement pas à exporter cette façon de faire en haute montagne et on laissera bien seul Paul Preuss prêcher la bonne parole.

 

<  Chez les grimpeurs des pays alpins, l'escalade n'est qu'un simple moyen de l'alpinisme. La rigueur du geste sportif ne pèse que faiblement devant l'engagement moral et le dépassement physique. En une phrase : la fin justifie les moyens. La fin étant le sommet, le mythe de la paroi impossible ou encore l'affrontement avec les incertitudes de la montagne...

 

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En tricounis et bandes molletières


À CE MOMENT-LÀ EN 1914

 

  • En 1914, le Club Alpin Français a quarante ans d'existence.

 

  • Il compte 44 Sections et près de 8 500 membres...


<  Il a réalisé le principal des aménagements de la montagne, la construction des refuges permettant d'approcher les cimes à gravir et le tracé des sentiers conduisant vers les refuges, ainsi qu'aux cols et sites remarquables. Quelques quarante-quatre refuges ont été construits sur ses propres ressources...

<  Il a assuré une production scientifique exceptionnelle.

<  Il a constitué une bibliothèque alpine remarquable.

<  Il a développé des activités tournées vers l'excursionnisme et un alpinisme modéré.

<  Il a beaucoup encouragé l'essor du tourisme.

<  Il a organisé la profession de Guides de haute montagne.

<  Il a fait connaître et a développé en France le ski et les sports d'hiver.

 

  • Mais à aucun moment, il n'aura voulu suffisamment susciter et encourager l'ambition sportive, la volonté d'explorer les montagnes, ni voulu inciter à cette conception « aventureuse et gratuite ».

 

Une conception vers laquelle la jeunesse de cette époque commence à s'engager...

 

Mais hélas...

 

Elle allait prendre les meilleurs


Mais hélas, la plus grande catastrophe du vingtième siècle, la Grande Guerre de 1914-1918, allait arrêter, prendre ou handicaper parmi les plus valeureux montagnards de ces années-là...

 

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Les présidents du Club Alpin Français de 1874 à 1914

 

   

1874    Édouard de Billy, mort accidentelle 2 jours après son élection
1874    Ernest Cézanne
1876    Adolphe Joanne
1879    Xavier Blanc
1882    Auguste Daubrée
1885    Xavier Blanc
1888    Jules Janssen
1891    Abel Lemercier
1892    Édouard Laferrière
1895    Charles Durier
1898    Ernest Caron
1901    Franz Schrader
1904    Ernest Caron
1907    Joseph Vallot
1908    Roland Bonaparte
1908    Gaston Berge
1912    Édouard Sauvage

 

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Une suite de l'historique du Club Alpin Français, aujourd'hui Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne est proposée dans les dossiers suivants :

 

- Le Club Alpin Français de 1915 à 1940.

- Le Club Alpin Français de 1941 à 1974.

- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994.

- La Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne de 1995 à aujourd'hui.

 

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CONSULTATION

 

L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.
 

CONSULTATION EN LIGNE


Vous pouvez consulter en ligne le catalogue du CND avec un accès aux références pour l'ensemble des articles des revues et pour les livres.

Il suffit de saisir un mot caractéristique ou un des mots-clés d'un ouvrage recherché, dans l'un des champs appropriés ( auteur, titre, sujet, année d'édition ) et vous aurez accès aux références de votre recherche.

Consultation en ligne de la revue Alpinisme numérisée sur le site du GHM.

Consultation des revues de la FFCAM numérisées en préparation, certains ouvrages sont déjà accessibles sur des sites extérieurs.