Les débuts du Groupe de Haute Montagne

 

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Préambule

 

En France à la fin du XIXe siècle apparaissent peu à peu les quatre grands courants de pensée et de pratique qui vont traverser le Club Alpin et le monde de la montagne :

<  Les orientations culturelle et scientifique.


<  Les pratiques modérée et sportive.
 

Les inclinaisons culturelle ou scientifique que l'on peut qualifier d'orientations intellectuelles seront longtemps mises en avant par le Club Alpin, ainsi que les activités tournées vers l'excursionnisme et un alpinisme modéré.

 

En ce qui concerne les façons de faire plus sportives, les « conceptions aventureuses » qui commençaient à apparaître, elles susciteront les plus grandes réserves de la part de l'instance dirigeante qui défendra longtemps de prudentes ambitions d'action.

 

Pour l'excursionnisme alpin et l'alpinisme, la bonne pratique prônée par Club Alpin sera de marcher sous la conduite des Guides qui étaient censés connaître la montagne et être avertis des façons de faire et des dangers... 

 

Cette conception d'excursionnisme cultivé et modéré, défendue par le Club Alpin, va tenir les montagnards français écartés pour un long moment de l'exploration alpine et de l'ascensionnisme sportif...

 

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Sommaire :

 

- L'alpinisme autonome

- Le groupe des Rochassiers

- En 1919 - Un alpinisme sportif organisé

- Le Groupe de Haute Montagne

- La collecte et la diffusion de l'information

- En 1926 - Une revue de qualité Alpinisme

- 1930 - L'autonomie du GHM

- Une élite peu nombreuse

- 1933 - Vers les plus hauts sommets du monde

- Le même homme, président du GHM et du CAF

 

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L'ALPINISME AUTONOME


Déjà en 1877, il existait les initiatives remarquées de Victor et Pierre Puiseux : « MM. Puiseux père et fils ajoutent à la valeur de leurs ascensions le mérite de les faire sans guide », ce furent des avant-gardistes qui en France ne seront pas immédiatement suivis...

 

Dès 1892, Albert Frederick Mummery est le principal précurseur de l'alpinisme autonome - sans guide - et qui le fît savoir... L'ascension de l'Aiguille Verte par l'arête du Moine et surtout du Mont Blanc par le versant de la Brenva, comptent parmi les ascensions les plus probantes d'un alpinisme autonome naissant...

 

Dans le même temps des cordées autonomes apparaissent en Europe, l'alpinisme devient un sport populaire en Bavière, en Autriche et en Suisse...

 

  • En 1885 déjà, Ludwig Purtscheller, Emil et Otto Zsigmondy avaient réalisé la traversée de la Meije, c'est la plus belle performance de l'alpinisme sans guide du XIXe siècle.

 

Le but du jeu

 

Pour Emil Zsigmondy « une ascension n'a de sens, de valeur que si le grimpeur la réalise par ses propres moyens »...

 

« Désormais, rien ne doit venir s'interposer entre l'ascensionniste et la montagne »...

 

Le but ultime du jeu est de devenir autonome et responsable...

 

Parmi les rares premiers alpinistes autonomes français, il faut citer Ernest Thorant ; il réalisa de cette façon - avec Henri Chaumat - la première ascension de la face nord du Mont Aiguille en 1895. Et aussi l'ascension de la Meije en autonomie avec Auguste Payerne, mais les deux feront malheureusement une chute mortelle durant la descente...

 

<  En 1900, c'est pour Heinrich Pfannl et deux compagnons, la première ascension en autonomie de l'arête de Peuterey du Mont Blanc.

 

<  En 1901, les frères Gugliermina inaugurent l'arête du Brouillard ; et reprennent l'arête de l'Innominata en 1921 sur le culmen des Alpes...

 

<  En 1905, Hans Pfann et un compagnon répètent l'arête de Peuterey ; et en 1912, l'arête du Brouillard encore sur le  Mont Blanc.

 

La revue La Montagne consacre en 1910 un article sur l'Alpinisme sans guide, prudemment pour ne pas choquer, de la main d'un membre influent du Club Alpin Italien...

 

De ce temps-là, Claudius Joublot fut un autre des rares alpinistes français à parcourir la haute montagne en autonomie.

Plus tard, rédacteur en chef de la Revue Alpine, il est le premier à porter un intérêt particulier aux grandes ascensions.

 

En 1908 - Le Groupe des Rochassiers

 

Déjà en 1908, un petit groupe de grimpeurs fréquente régulièrement les massifs de rochers de Fontainebleau, dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade : « Le Groupe des Rochassiers » créé par les anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris du Club Alpin...

 

Rapidement des projets se concrétisent, des cordées autonomes se constitueront pour les vacances de l'été dans les Alpes... Et dès 1910 de nombreuses courses en autonomie sont entreprises...

 

La Chronique alpine de la revue La Montagne de décembre 1910 publie les premières initiatives alpines du petit groupe des Rochassiers. Parallèlement - il n'a pas encore l'âge - Jacques de Lépiney traverse la Meije avec les Guides Hippolyte et Florentin Pic, il a seulement 14 ans.

 

Les anciens du groupe étaient : Jacques Wehrlin qui assurait l'organisation de cette entité informelle, Pierre Le Bec, André Jacquemart et Paul Job...

 

Un article de Jacques Wehrlin « À l'entraînement » évoque pour la première fois l'escalade des blocs en forêt de Fontainebleau dans la revue La Montagne de 1914. C'était d'abord un but de préparation pour la montagne car « l'hiver les muscles s'engourdissent, la résistance diminue, les mouvements perdent leur précision »...

 

Les plus assidus : Paul Chevalier, Étienne Jérome, André Migot, Alice Agussol ( Damesme après son mariage ), Maurice Damesme, Jean Maunoury, Pierrefeu et Louis Prestat.

 

Il y avait aussi Braun, Chocarne, André Lejosne, Migot, Pottier et Therrond, les réunions régulières se terminaient chez Hans, Cour des Petites Écuries à Paris, où « la bière y était excellente ».

 

En 1913, le groupe s'augmente de Jacques et de Tom de Lépiney...

 

Issu des Caravanes scolaires, le Groupe des Rochassiers sera le lien fort qui conduira plus tard en 1919, à la création du Groupe de Haute Montagne.

 

Une évolution sensible

 

Pour le Club Alpin, nous sommes bien en pleine évolution vers cette conception « aventureuse et gratuite »... concernant une activité « sans règlement et sans arbitre fondée sur une éthique non écrite et fluctuante »...

 

Mais pour une petite partie seulement de ses adhérents et sans l'appui suffisant des instances dirigeantes de l'association...

 

1912 - L'instance n'est pas prête

 

En 1912 au sein du Club Alpin, il y a un fort débat concernant ces conceptions nouvelles d'alpinisme.

 

Il apparaît avec le projet d'un cours ou école d'alpinisme qui prendrait la forme de conférences, de publications et de démonstrations pour aller vers une certaine autonomie des ascensionnistes.

 

Une éducation pratique et théorique est proposée sur le modèle du Club Alpin Suisse qui l'a adoptée dès 1901 pour lutter contre les accidents et ainsi rendre les alpinistes autonomes, c'est à dire moins dépendant de leurs Guides...

 

Mais en 1912, l'instance n'est pas encore prête à promouvoir un Enseignement alpin, car des objections existent :

 

« On verra une tendance du club à favoriser les courses sans guides et celles-ci ont une mauvaise presse ».

 

D'autres avis sont diamétralement opposés : 

 

« Le CAF ne rempli pas son devoir, poussant les gens aux ascensions, puis les abandonnant à eux-mêmes ».

 

En fait, ce sont les réticences envers un alpinisme sportif et un alpinisme autonome qui apparaissent dans certain avis :

 

« La jeunesse d'aujourd'hui, orientées vers le sport, oublie la noblesse du but pour la séduction des moyens. Le CAF ne doit pas favoriser cette tendance »...

 

Le Club Alpin est déjà une grosse machine que l'on ne peut pas bouger si facilement. Au sein du Comité directeur, il y aura de tout temps des réactions devant les initiatives novatrices, il y aura de tout temps des traditionalistes pour contester les évolutions...

 

  • Le débat concernant l'Enseignement alpin, l'alpinisme sportif et l'alpinisme autonome - sans guide - est l'un des plus emblématiques...

 

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Elle allait prendre les meilleurs

 

Mais hélas, la plus grande catastrophe du vingtième siècle, la Grande Guerre de 1914-1918, allait arrêter, prendre ou handicaper parmi les plus valeureux jeunes montagnards de ces années-là... et pas seulement du coté des alliés vainqueurs...

 

En 1919 - La jeunesse que l'âge avait préservée


La jeunesse, celle qui a pu revenir sans séquelles de l'enfer ou que l'âge avait préservée, va reprendre son engagement vers de nouvelles façons de faire en montagne, avec beaucoup plus de dynamisme que l'ensemble des populations épuisées par ces quatre années de conflit...

 

Le Club Alpin dans son rôle historique de fédérateur des institutions de montagne va être confronté aux évolutions suggérées par ses éléments les plus progressistes, les tenants de l'alpinisme sportif, de l'alpinisme sans guide et de la conception « aventureuse et sportive » et aussi par les partisans du ski de montagne et compétition.

 

Un club qui doit composer avec ces avant-gardes, mais aussi avec toutes les réserves des tenants d'une pratique modérée et traditionnelle, aux prudentes ambitions d'action...

 

Des mises en garde sur les dangers de la montagne sont lancées vers la jeunesse par des alpinistes notoires comme Jean Escarra et Maurice Paillon, encore sans un regard sur ce qui se révélera être essentiel : l'Enseignement alpin.

 

Maurice Paillon, également rédacteur en chef de la revue La Montagne, en ce qui concerne l'alpinisme déclare : « Nous faisons un appel à tous pour qu'on pratique un plus lent apprentissage... avec tous les principes d'une technique précise et...avec des Guides ».

 

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Une cordée du GHM au sommet de la Tour Ronde, devant le versant Brenva du Mont Blanc

 

EN 1919 - UN ALPINISME SPORTIF ORGANISÉ


Au lendemain du conflit mondial, « issus d'un petit groupe de grimpeurs formé à la veille de la guerre qui en a retardé l'essor », Jacques de Lépiney et Paul Chevalier sont à l'origine de la fondation - au sein du Club Alpin - du « Groupe de Haute Montagne » ( GHM ).

 

Il succédait au « Groupe des Rochassiers » entité informelle formée vers 1908 par les anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris du Club Alpin dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade dans les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau.

 

Constitué comme une simple entité à l'intérieur du Club Alpin Français, le GHM veut réunir les tenants d'un alpinisme d'excellence.

 

<  Malheureusement le plus ancien animateur du Groupe des Rochassiers, Jacques Wehrlin était tombé mortellement blessé pendant la Grande Guerre en 1916 « en franchissant un formidable barrage devant lequel le courage de beaucoup avait faiblit ».

 

<  Paul Job qui participa avec Jacques de Lépiney et Paul Chevalier à la création du GHM se retirera définitivement avant l'assemblée constitutive...

 

Organisé comme une simple entité à l'intérieur du Club Alpin Français, le GHM veut réunir les tenants d'un alpinisme d'excellence.

 

Les statuts du Groupe sont publiés dans la revue La Montagne : « Il est fondé au sein du Club Alpin Français, un Groupe de Haute Montagne ayant pour but de réunir les alpinistes pratiquant régulièrement des courses en haute montagne, avec ou sans guide... de développer et perfectionner ce sport et de centraliser les renseignements recueillis par ses membres sur les itinéraires et les horaires ».


LE GROUPE DE HAUTE MONTAGNE


L'assemblée constitutive du Groupe de Haute Montagne du Club Alpin Français a eu lieu le 22 décembre 1919...Il y a 10 membres d'honneur, 28 membres actifs et 11 membres postulants.

 

<  Les membres d'honneur étaient : Édouard Sauvage président d'honneur, Georges Casella, Etienne Giraud, Jules Jacot-Guillarmod, J. Jarray ( Jaray ), Henry de Lépiney, Louis Le Bondidier, Jean Maunoury, Pierre Puiseux, Comte de Saint Saud.

 

<  Les membres actifs comprenaient : Mmes Valentine Bally-Leirens, Alice Damesme ; MM. Pierre Bosviel, Henry Brégeault, Paul Chevalier, R. Dallay, Maurice Damesme, F. Desmarais, André Duval, Jean Escarra, Marcel Galichon, Maurice Gripon, Gr. Hadley, Claude et Étienne Jérôme-Lévy, Jean Landry, Pierre Le Bec, André Lejosne, Jacques et Tom de Lépiney, Gaston Liégeard, P. Logeais, J. Marion, Édouard Monod-Herzen, Robert et Victor Puiseux, Jean Repiton-Préneuf, Th. Thomas, Michel Vétillard.


<  Henry Bregeault, Paul Chevalier, Jacques de Lépiney, Robert et Victor Puiseux et Édouard Sauvage composent le premier Comité de direction du petit groupe.

 

  • Pour ne pas créer de difficultés statutaires avec l'instance dirigeante du Club Alpin, la présidence du GHM de Jacques de Lépiney n'est jamais écrite, ni dans les statuts, ni dans les écrits, elle restera de fait... et reconnue seulement en 1930...

 

  • Pour intégrer le GHM, il faut être membre d'une Section du CAF et présenter une liste exigeante d'ascensions...

 

Dans les premières années, la relation de la petite organisation avec le Comité directeur du Club Alpin est patente. Henry Bregeault, Secrétaire général « l'âme du CAF », Victor Puiseux et Édouard Sauvage appartiennent au Comité directeur du Club Alpin et également à celui du GHM...

 

Et en 1922, Jacques de Lépiney est nommé secrétaire adjoint par le Comité directeur du Club Alpin montrant pour le moins des liens de confiance...

 

Comme les autres membres du Club Alpin, ceux du GHM sont issus des milieux cultivés de la société disposant des loisirs et des moyens nécessaires pour pratiquer la montagne, avec toutefois les différences sociales très marquées de l'époque. Pour gommer ces barrières au sein du petit groupe, le qualificatif de « cher camarade » était ( et reste ) le signe d'appartenance...

 

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LA COLLECTE ET LA DIFFUSION DE L'INFORMATION


Dès sa création le GHM est porteur d'un alpinisme d'excellence, d'un alpinisme sportif organisé et revendiqué, mais la petite instance apporte également une réclamation concernant la collecte et la diffusion de l'information qui vient aussi bousculer les habitudes...

 

Jusque-là, fidèle à sa doctrine d'une pratique modérée et d'un recours aux Guides professionnels, le Club Alpin n'a jamais ½uvré pour la rédaction d'ouvrages servant de guides-itinéraires en montagne et permettant de trouver sa voie, de devenir autonome..., la recherche de l'itinéraire restait encore à ce moment-là dans la confidence des Guides professionnels...

 

La revue La Montagne excellait dans des textes plutôt littéraires, avec surtout des descriptifs topographiques et l'obligatoire tour d'horizon.


Et il n'existait alors que bien peu de guides-itinéraires ou alors complètement obsolètes et peu accessibles.

 

À ce moment-là, les seules documentations existantes sont :

 

<  Un premier petit guide pour les alpinistes, Zermatt Pocket-Book, édité à Londres en 1881 par Martin Conway, avec la collaboration de W. A. B. Coolidge.

<  Un premier ouvrage plus complet et vraiment précurseur, le Guide du Haut Dauphiné par W. A. B. Coolidge, Henry Duhamel et Félix Perrin aux éditions Joanne en 1887 et 1890, édition anglaise 1892 et 1905, édition allemande en 1913 et italienne en 1917.

<  La série des Climbers'Guides, éditée à Londres, date de 1891.

<  le Guide itinéraire de la chaîne du Mont Blanc, par le Suisse Louis Kurz, publié en 1892, augmenté en 1914 aux éditions Payot.

<  Le Mont blanc führer, de 1913 en langue allemande. Ce petit guide sera traduit en français par des membres du GHM en 1922...

<  Des Guides pour l'alpiniste commenceront à être proposés par Émile Gaillard en 1912 aux éditions Dardel, un travail de compilations, sans texte de première main, ni de sources authentiques, avec des erreurs que plus tard une lettre de Paul Gayet Tancrède dit Samivel dénoncera avec véhémence... Mais malgré les insuffisances, ces ouvrages ouvraient la voie à une information alpine indispensable à ceux qui recherchaient l'autonomie...

 

Des sources les plus authentiques possibles

 

  • Cette collecte et la diffusion de renseignements sur les itinéraires de montagne d'après les sources les plus authentiques possibles - une première façon de passer du vague au défini - seront les bases des futurs guides-itinéraires modernes dans les montagnes de France...

 

En 1921, une monographie des Aiguilles Rouges de Chamonix est publiée dans la revue La Montagne, par Henry Vallot pour la description topographique et Jacques de Lépiney pour les itinéraires d'escalade, c'est un travail précurseur de l'¼uvre écrit du GHM ( voir la revue du GHM : Cime 2007 ).

 

 

Descriptions et évaluations....

 

Des réclamations et des demandes pour obtenir des descriptions et des évaluations précises sur les ascensions figurent dans la revue La Montagne : « Cela rendrait de grands services particulièrement aux sans guides ».

Et déjà apparaît des propositions pour instaurer une échelle de difficultés, destinée à obtenir une classification des ascensions, soutenue par une comparaison avec des itinéraires connus de référence.

Dans les descriptions d'itinéraires qui commenceront à être publiées, il apparaît un embarras certain pour situer la difficulté d'un itinéraire ou d'un passage d'escalade. L'évaluation des difficultés se fait par des formules diverses et variées : difficulté suprême, supérieure, considérable, importante, appréciable, fatigante, sérieuse, insignifiante, etc.

 

La description des itinéraires et l'évaluation des difficultés seront les deux éléments principaux qui vont permettre l'essor de l'alpinisme sportif et autonome...

 

Le premier guide détaillant les itinéraires d'école d'escalade paraît en Grande Bretagne en 1923, signalé dans la revue du CAF avec ce commentaire « Quand aurons-nous en France de petits guides pareils ».

 

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L'excellence alpine en moins de dix ans


Le GHM organise des réunions mensuelles concernant des récits de course, des descriptions d'itinéraires, des sujets de technique alpine et des études de monographies...

 

Rapidement les entreprises alpines des Lépiney, Chevalier et autres, renforcées un peu plus tard par celles des Jacques Lagarde, Henry de Ségogne et autres, vont conduire en peu de temps nos gens du GHM au même niveau de performances que nos voisins austro-allemands, britanniques, italiens et suisses... 

 

La conception « aventureuse et sportive » va évidemment provoquer des réactions chez les traditionnalistes, et l'activisme du GHM occasionnera des débats animés dans l'instance fédérative qu'est le Club Alpin...

 

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1923 - Une première escarmouche

 

La notoriété acquise par le Groupe de Haute Montagne et l'attitude très élitiste de certains de ses membres provoquent une réaction de Délégués de l'Assemblée générale du Club Alpin de 1923 qui s'inquiètent de « l'existence au sein du Club d'un groupement autonome préjudiciable pour l'unité de l'association ». 

 

Le petit groupe avait imprudemment choisi de modifier l'insigne du CAF, en ajoutant sa particularité Groupe de Haute Montagne, signe de reconnaissance pour les uns, manifestation d'une « différenciation hautaine malvenue » pour d'autres...

 

Après une longue discussion et l'intervention de plusieurs délégués, le président Regaud « après avoir exprimé au GHM la gratitude que lui doit le CAF, qui bénéficie de l'activité des plus entraînés et des plus audacieux de ses membres » demande au GHM de ne pas modifier, même par une surcharge, l'insigne du Club Alpin et de chercher « un insigne spécial s'il croit utile d'en avoir un »...

 

Il y a un petit milieu parisien très entreprenant et talentueux d'un coté, de l'autre des Sections de province éloignées du lieu de pouvoir et souvent agacées par cet activisme parisien, avec dans l'entre-deux un Comité directeur du Club Alpin bien embarrassé...

 

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LES PREMIERS GUIDE VALLOT

 

En 1925, Charles Vallot, Joseph Vallot et Jacques de Lépiney entreprennent la rédaction d'un ambitieux ouvrage de connaissance générale portant sur le versant français du massif du Mont Blanc.

 

L'½uvre comprend une Description générale savante du massif du Mont Blanc rédigée par des auteurs qualifiés, une Description de la Moyenne Montagne par Charles Vallot et une Description de la Haute Montagne à l'usage des alpinistes, rédigée par des membres du GHM ( voir le dossier : Les Guides itinéraires alpinisme, et aussi dans la revue du GHM Cime 2007 : Les guides Vallot publiés par l'éditeur Fischbacher de 1924 à 1946 ).

 

L'information alpine

 

Partant des sources les plus authentiques possibles, la collecte et la diffusion de l'information sur les itinéraires de montagne sera l'élément indispensable au développement d'une pratique autonome de l'alpinisme.

 

La « Chronique alpine » publiée dans la revue La Montagne est le premier maillon d'une chaîne d'information signalant succinctement une ascension, un itinéraire...

 

Viendra ensuite la « description précise » des itinéraires dans ces mêmes revues, avec le compte rendu des auteurs et l'avis éventuel des répétiteurs...

 

Pour aboutir au « Guide-itinéraire » exhaustif, réunissant les différentes connaissances consacrées à un massif ou à une chaîne de montagne...

 

Ces manuels complets - accessibles à tous - seront les éléments de base de l'information...

 

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Les cours de Technique Alpine

 

En 1925, le Groupe de Haute Montagne se voit confier par Club Alpin le soin d'organiser des cours de technique alpine. Ceux-ci font l'objet de deux séries de cinq conférences portant sur la technique du rocher et de la corde, les grandes courses, la technique de la glace et le bivouac, l'alimentation et l'alpinisme hivernal...

 

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Les groupes marginaux

 

Avec la notoriété du GHM, d'autres groupes alpins apparaissent dès 1925 : Les Campeurs alpinistes, le Groupe de Bleau et le Club Académique Français d'Alpinisme. Ils auront tous des vies extrêmement courtes...

 

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En 1926 - L'Annuaire du GHM


En 1926, le GHM décide de créer un Annuaire qui doit constituer « un répertoire des informations relatives tant à l'activité du groupe qu'à l'activité de ses membres, et plus généralement encore de tous les renseignements concernant l'alpinisme ».

 

En réunissant les descriptions des itinéraires nouveaux, ce recueil venait judicieusement compléter les informations de chronique alpine parues dans la revue La Montagne, mais se limitait à des notes techniques pour ne pas empiéter sur les récits d'ascension réservés à la revue mère...


EN 1926 - UNE REVUE DE QUALITÉ ALPINISME


En 1926, une revue de qualité - réservée exclusivement à l'alpinisme - se présente. Cette publication Alpinisme est éditée par le Club Académique Français d'Alpinisme, c'est un petit club ouvert seulement aux pratiquants d'un alpinisme autonome, au sein duquel les membres du GHM sont majoritaires...

 

Ceux-ci ne tarderont pas à investir le Comité de rédaction d'Alpinisme qui de « Revue du CAFA » devient dès 1927 une « Revue de Haute Montagne », avec Henry de Ségogne - le secrétaire général du GHM - comme rédacteur en chef... Une édition qui deviendra rapidement la « Revue du GHM ».

 

En 1929, l'entreprenant Ségogne partage avec Lagarde, le meilleur alpiniste de cette époque, la direction de la publication où apparaît un secrétaire de rédaction aussi jeune qu'informé Lucien Devies...

 

Avec Alpinisme, le petit groupe va tenir un formidable outil d'information et de communication ( voir dans la revue du GHM Cime 2007 : L'½uvre écrit du GHM ).

 

Un grand club, le Club Alpin Français, voit sa revue historique La Montagne sérieusement concurrencée par l'activisme et le dynamisme d'une de ses filiales, le Groupe de Haute Montagne du Club Alpin Français, qui publie sa propre revue Alpinisme...

 

Alpinisme est une édition réservée exclusivement à l'alpinisme, elle sera le porte-parole des alpinistes et du GHM, elle n'est accessible que sur abonnement pour une diffusion de moins de 1000 exemplaires.

 

Et sans précaution Henry de Ségogne appelle à réserver les récits de courses à ce nouveau support...

C'est une concurrence directe avec la revue officielle du Club Alpin...

 

En 1928 - Pour une collaboration active et loyale


Un conflit d'édition va vite se faire sentir entre les deux titres...

 

De nombreux récits de courses sont confiés à Alpinisme, ce qui provoque un sérieux avertissement du rédacteur en chef de la revue La Montagne qui exige « de tous les membres du Club Alpin, une collaboration active et loyale (...). On a créé, avec les meilleures intentions initiales, nous n'en doutons pas, une Revue adventice, qui par une politique ardente, depuis quelques mois, voudrait tarir la source qui alimente "La Montagne" en articles originaux ou en renseignements techniques ».

 

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1930 - L'AUTONOMIE DU GHM


De 1919 à 1929, Jacques de Lépiney était le président - de fait - du Groupe de Haute Montagne.

 

Vivant éloigné au Maroc, il avait été remplacé au Comité directeur dès 1926, mais restait pour tous le père fondateur...

 

En 1929, le GHM modifie ses statuts où apparaissent l'élection d'un président, la démission jusque-là restée non écrite de ses fonctions de président de Jacques de Lépiney et l'élection Henry de Ségogne comme président.

 

C'est le prélude de ce qui va suivre et un vrai pied de nez au grand club...

 

Un périmètre étroit


Et pour comprendre la proximité des protagonistes et le périmètre étroit et parisien dans lequel se déroulent ces grandes man½uvres orchestrées par Henry de Ségogne, il faut signaler que ce dernier est élu membre du Comité de Direction du Club Alpin pour l'année 1929 et Jacques Lagarde pour l'année 1930...

 

Précisons enfin que plusieurs membres du Comité directeur du Club Alpin sont également membres du GHM...

 

Mais les réticences principales viennent des Sections de province... où les initiatives, le parisianisme et le dynamisme du GHM continuent d'agacer fortement...

Une sortie collective du GHM en 1930

 

Les réactions du Club Alpin


Avec l'élection d'un président du GHM et la concurrence directe apparue en matière d'édition, les réactions sont vives du côté du Club Alpin, un projet de résolution tendant à supprimer le groupe est présenté à l'instance dirigeante... et précipite les choses...

 

Le conflit entre les tenants d'une excellence en matière d'alpinisme sportif et les défenseurs d'un ordre traditionnel et pluridisciplinaire se révèle sans issue, et le GHM, demandeur d'une plus grande autonomie, se sépare du CAF qui - en dehors du ski de compétition - fédérait toutes les activités montagnardes du moment...

 

Une élite peu nombreuse


C'est Henry de Ségogne, le leader de l'alpinisme français et président du GHM qui mène l'action...

 

Sa requête du 16 octobre 1930 est signée par les trente et un membres parmi les plus actifs et les membres fondateurs...

 

  • « Nous constituons, ou du moins nous visons à constituer une élite peu nombreuse d'alpinistes sélectionnés ; alors que le Club Alpin cherche à recruter dans le grand public ».

 

  • « Nous entendons nous occuper exclusivement de haute montagne, alors qu'elle ne peut être qu'une très petite portion du champ d'activité du Club Alpin ».


Et le 4 novembre 1930, une Assemblée générale du GHM approuve la création et les statuts de la nouvelle structure indépendante...

 

Les mésententes entre certains dirigeants des deux entités semblent un moment sans solution, pourtant...

 

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Des incompréhensions passagères

 

Des incompréhensions finalement très passagères, car deux mois plus tard dès le 6 janvier 1931, une réunion des représentants des directions du Club Alpin et du GHM aboutit à la signature d'un protocole :

 

<  Le Club Alpin reconnaît la constitution du GHM comme entité indépendante.

 

<  Le GHM s'engage à participer activement à la revue La Montagne.

 

<  Les deux associations collaboreront étroitement pour la rédaction d'un Manuel d'Alpinisme...

 

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1934 - Le manuel d'alpinisme du Club Alpin

 

En 1934, le Club Alpin Français publie avec la collaboration du Groupe de Haute Montagne un « Manuel d'alpinisme ».

Sont décrits les pitons, les mousquetons maintenant d'usage courant, les différentes techniques de rappel et les crampons avec pointes avant.

 

<  Concernant la technique de la descente à l'aide de la corde, le rappel en S est mis en avant, il apporte une bonne sécurité et sera d'utilisation générale jusque dans les années mil neuf cent soixante-dix. Le rappel en S développé par Hans Dulfer avant 1914, la « dülfersitz » venait remplacer la « kletterschluss » et autre méthode genevoise très dangereuses dans leurs utilisations...

 

<  Les crampons avec pointes avant y sont proposés sans beaucoup enthousiasme. Ils vont pourtant bouleverser la technique de l'escalade glaciaire... Sauf en France où les chevilles particulièrement souples du meilleur glaciairiste français du moment vont contraindre la plupart des grimpeurs à un exercice de style appelé « technique française de cramponnage » ( simple aménagement de la méthode de cramponnage Eckenstein ), adapté aux pentes classiques mais beaucoup moins aux pentes plus importantes et aux progrès à venir...

 

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Le Gasherbrum 1 ou Hidden peak et ses 8068 mètres


1933 - VERS LES PLUS HAUTS SOMMETS DU MONDE

 

L'intérêt des alpinistes français pour les plus hautes montagnes du monde a été très tardif, ils ont été « étrangement absents des grandes explorations et ascensions du premier tiers du siècle » il fallait « qu'ils s'organisent pour combler un retard de vingt ans »...

 

L'idée d'organiser une expédition vers les montagnes de l'Himalaya est venue dans les années 1930 de la petite équipe qui animait le Groupe de Haute Montagne.

 

La première initiative date de l'été 1933, elle est conduite par Jean Escarra, président du Club Alpin et Henry de Ségogne, membre du Comité directeur du Club Alpin et leader de l'alpinisme français de l'époque qui préside le Groupe de Haute Montagne...

 

Il est convenu que le projet d'expédition se construira au sein d'une structure indépendante du type loi de 1901, patronnée par le Club Alpin et par le GHM, sur le modèle du « Comité de l'Everest » de 1919 des Britanniques...

 

Finalement, c'est l'Hidden Peak 8068m - aujourd'hui Gasherbrum 1 - qui sera choisi, situé dans les montagnes du Karakoram et le massif du Baltoro Mustagh.

 

En 1936, c'est la première expédition française vers l'Himalaya et le Karakoram...

Conduite par Henry de Ségogne, elle n'aboutira pas, l'Hidden Peak sera tenté jusque vers 7000m.

 

Voir le dossier : Un historique des expéditions lointaines françaises, avec les différents paragraphes :

<  D'abord un jeu diplomatique

<  Une doctrine

<  Un cadre juridique et un premier objectif

<  L'Hidden Peak tenté jusqu'à 7000m.

 

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1935 - Une échelle des difficultés

 

En 1935, Lucien Devies propose un système de cotation des difficultés en escalade rocheuse, séparant l'évaluation d'un passage d'escalade libre en six degré directement inspiré du système Welzenbach, et l'évaluation de l'ensemble d'une ascension allant du « facile » à « l'extrêmement difficile » en six degrés également ( voir le dossier : Un historique de l'Alpinisme 1919-1939 ).

Une façon de « passer du vague au défini ».

Aussitôt une belle polémique, animée par Étienne Bruhl, va enflammer le milieu alpin pendant quelques temps...

 

Un peu plus tard, une évaluation de la difficulté de l'escalade artificielle en quatre degré ( de A1 à A4 ) est proposée... Le tri commence à être fait entre escalade libre et artificielle...

 

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Une césure

 

En 1937, renouvellement de la présidence du Club Alpin, le discret Léon Olivier est préféré à l'omniprésent Henry de Ségogne, vice-président du Club Alpin, ancien président de la Section de Paris, la plus importante en nombre d'adhérents ; l'un des meilleurs alpinistes des années 30, chef de l'expédition française en Himalaya et président du GHM...

 

Un personnage brillant, « parisien » et influant qui a probablement inquiété la province.

 

La césure entre les tenants d'une excellence en matière d'alpinisme sportif et les défenseurs d'un ordre traditionnel et pluridisciplinaire se rouvre pour des questions de personnes...

 

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1939 - Une histoire de l'Alpinisme

 

En 1939, Lucien Devies fait paraître dans la revue Alpinisme l'article : « Alpinisme et nationalité » et dans La Montagne le texte : « Eiger et Walker ».

 

L'analyse du rédacteur est particulièrement éclairée à un moment de grande tension avec les pays alpins de l'Axe :

« Il convient de marquer la place qui revient aux deux grandes victoires allemande et italienne de cette année, et d'en montrer la portée exacte et la signification. Elles viennent, à mon sens, marquer le plein développement de la période de l'histoire alpine commencée en 1930 par la victoire technique de l'arête sud de l'Aiguille Noire de Peuterey, et en 1931 par la victoire psychologique de la face nord du Cervin. Ces deux succès avaient marqué un sérieux pas en avant dans les Alpes Occidentales ».

 

Des contributions à l'histoire de l'alpinisme...

 

Certains - plus tard - tenteront d'en détourner les propos à des fins d'édition...

 

La polémique de l'Eiger

 

En 1946, le débat porte sur ce qui a fait réussir les germano-autrichiens en 1938.

 

Des collègues suisses avaient imprudemment avancé que l'ascension de la face nord de l'Eiger n'était pas de l'alpinisme, pour réussir une escalade aussi folle, il fallait des "surhommes" nazis, c'est à dire que sans Hitler la cordée de 1938 ne se serait pas attaquée à cette entreprise. Par contre l'ascension des frères Schmid de la face nord du Cervin se situant avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler ne se voyait pas, en suivant cette thèse, également disqualifiée.

 

Pour Lucien Devies, qui avait été un des acteurs de l'exploration des dernières grandes faces nord des Alpes, l'ascension de la face nord de l'Eiger était de l'alpinisme, l'hitlérisme n'était pas la raison de l'assaut et du succès de 1938, mais la témérité traditionnelle des alpinistes allemands, la même que celle d'un Guido Lammer ou des frères Schmid.

 

Lucien Devies insiste : « Il faut remarquer qu'Heckmair et les Schmid sont de la même génération. Et j'ai suffisamment rencontré de Munichois en montagne pour n'avoir aucune illusion à leur sujet : ils étaient presque tous, si non tous, nazis. Aucune différence sérieuse entre les Schmid et Heckmair. Pas de césure entre la face Nord du Cervin et la face Nord de l'Eiger quant à la conception et la réalisation. La différence n'existe que dans la présentation après coup ; parce qu'entre les deux courses les nazis avaient pris le pouvoir. Aussi, la "propagande" a-t-elle pu exploiter l'Eiger à sa manière, bien sûr affreuse. C'est là que gît la différence, mais pas entre les protagonistes ».

 

Et quand en 1947 une cordée suisse reprend l'itinéraire décrié, Lucien Devies demande aux Suisses leur opinion sur cette nouvelle performance : « Voit-on dans cette réussite un beau succès, un grand exploit, ou une course horrible et condamnable comme celle de 1938 ? »

 

Les Suisses par l'intermédiaire de la revue du CAS vont laisser entendre perfidement que Lucien Devies approuvait la conception alpine des nazis.

 

Sa lettre du 10 mars 1948, au rédacteur en chef de la revue Les Alpes, demandant un droit de réponse, apporte une mise au point cinglante ( avec le souligné de l'auteur ) :

 

« Je ne puis accepter, comme vous l'avez fait entendre, que j'approuve l'esprit d'orgueil nationaliste, de supériorité raciale, de compétition mesquine et inhumaine qu'en somme j'ai de la sympathie pour ce qu'était le nazisme, alors que tout cela me fait naturellement horreur. Je réprouve au moins autant que vous les horreurs nationalistes visées plus haut.

Non aucun de mes écrits n'autorise de pareilles conclusions, et me prêter des sentiments semblables c'est vraiment déformer ma pensée et le mot déformer est bien faible

 

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LE MÊME HOMME, PRÉSIDENT DU GHM, DU CAF ET DE LA FFM

 

La guerre 1939-1945 rendra futile les discordes antérieures...

 

Un rapprochement s'amorcera durant les années d'occupation pour voir au sortir de la guerre le même homme Lucien Devies être élu en 1948 à la fois président du Groupe de Haute Montagne, président du Club Alpin et de la Fédération Française Montagne, créée en 1942... ( voir le dossier : Le Club Alpin Français de 1940 à 1974 ).

 

Et jusqu'en 1970, le destin des trois entités restera commun...

 

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La revue Alpinisme

 

Durant les « légendaires années trente », marquées par l'activité exceptionnelle des alpinistes, la revue Alpinisme a été le porte-parole des alpinistes et du Groupe de Haute Montagne, avec également un rayonnement unique dans le monde de l'alpinisme international, elle n'était accessible que sur abonnement ; au coté de la revue généraliste et pluridisciplinaire de Club Alpin - La Montagne - diffusée à tous ses membres...

 

Les années de guerre qui suivront seront difficiles, mais le lien demeurera. Les deux publications continueront à paraître malgré des paginations modestes et des articles de circonstance.

 

Dans les années d'après-guerre, ce sera l'explosion des loisirs et le goût naissant pour les activités de pleine nature, mais paradoxalement le manque de collaborations bénévoles va peser de plus en plus.

 

En février 1955, c'est la fusion des deux titres que l'intérêt général commandait...Un protocole final actant cette fusion est signé rétrospectivement en 1961 par le Club Alpin Français et le Groupe de Haute Montagne ( voir le dossier : Les revues du Club Alpin Français ).

 

Alpinisme entièrement confié à son directeur en 1942 étant préalablement revenu dans le giron du GHM, par le protocole également rétroactif de 1958.

 

De simples mises en conformités administratives pour ce nouveau titre titre : La Montagne & Alpinisme...

 

Une  légitime fierté

 

La légitime fierté, de celui qui a tenu à bout de bras la revue Alpinisme pendant 25 ans, est exprimée dans le dernier éditorial de la revue du GHM :

 

« Témoignage des alpinistes les plus entreprenants "Alpinisme" est conscient d'avoir valablement exprimé pendant 29 ans l'alpinisme français et même l'alpinisme dans le monde entier. Il est convaincu d'avoir été pour les grimpeurs français, l'inspirateur d'une action consciente, à la fois équilibrée et audacieuse ».

 

C'est un des rares satisfecit que l'on trouvera de la main de Lucien Devies, concernant son immense travail...

 

Nous n'omettrons pas d'ajouter les commentaires de la revue de l'« Alpine Climbing Group », association qui réunit les meilleurs alpinistes britanniques :

 

« L'influence de la revue "Alpinisme" sur l'alpinisme français a été indéniable et capitale. Elle a aussi certainement encouragé les progrès rapides et le développement de l'alpinisme en général...

Une influence qui s'est fait sentir dans de nombreux pays étrangers.

Il n'est pas exagéré de dire que l'Alpine Climbing Group a été constitué dans une large mesure sous l'impulsion directe de cette revue.

"Alpinisme" nous a donné une image franche de l'alpinisme de l'après-guerre.

Elle nous a permis un aperçu sur les méthodes d'ascension contemporaines, une image réelle et sans préjugés ; elle nous a démontré que l'alpinisme est un sport raisonnable et non fanatique et nous a incité à essayer des ascensions similaires.

Les Alpes ayant ainsi été mises à notre portée, plusieurs parmi nous avaient été amenés à former le club ».

 

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La seconde partie du XXe siècle

 

Le Groupe de Haute Montagne sera intimement lié à l'organisation des grandes expéditions qui ont permis la présence française sur les plus hautes montagnes de la terre durant la seconde partie du XXe siècle, aux succès des meilleurs alpinistes sur les montagne du monde et aux initiatives visant à diffuser la connaissance de ces montagne ( voir les dossiers : Historique des expéditions lointaines et Le Club Alpin Français de 1940 à 1974 ).

 

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Un historique complet du GHM jusqu'à nos jours

 

L'historique complet du Groupe de Haute Montagne jusqu'à nos jours est sur le site : www.ghm-alpinisme.fr

 

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CONSULTATION

 

L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

 

CONSULTATION EN LIGNE


Vous pouvez consulter en ligne le catalogue du CND avec un accès aux références pour l'ensemble des articles des revues et pour les livres.

Il suffit de saisir un mot caractéristique ou un des mots-clés d'un ouvrage recherché, dans l'un des champs appropriés ( auteur, titre, sujet, année d'édition ) et vous aurez accès aux références de votre recherche.

Consultation en ligne de la revue Alpinisme numérisée sur le site du GHM.

Consultation des revues de la FFCAM numérisées en préparation, certains ouvrages sont déjà accessibles sur des sites extérieurs.

 

Vous pouvez également consulter le site du Groupe de Haute Montagne à l'adresse :

www.ghm-alpinisme.fr