La Protection du milieu naturel et de la montagne

 

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Ce travail a été facilité par les notes personnelles que Claude EKART - ancien président de la Commission de protection de la montagne du Club Alpin - a bien voulu nous confier.... Remerciement au contributeur....

 

Sommaire :

 

- Le Club Alpin a d'abord été un aménageur de la montagne

- 1906 - Les restaurations des terrains de montagne

- Des aménagements à tout va

- 1910 - La manifestation de Port-Miou

- 1921 - Les Sites de Gavarnie et d'Héas

- 1922 - Un v½u pour des mesures énergiques

- 1930 - Une loi concernant la protection des sites

- 1934 - la Meije en danger

- 1938 - Un congrès papiers gras

- 1951 - La classement du Mont Blanc

- La liaison de l'Aiguille du Midi au col du Géant

- 1956 - Pour un Parc national de Savoie

- 1960-1965 - La protection des sites

- 1960 - Une loi relative à la création de Parcs nationaux

- 1962 - Alerte au suréquipement

- 1963 - Le Parc national de la Vanoise

- 1963 - Pour un Parc national en Haut Dauphiné

- 1965 - Vers un Parc national des Pyrénées

- 1966 - L'opposition aux refuges-bivouacs

- 1967 - Les Parcs naturels régionaux

- 1968 - Des sites vierges de tout équipement

- 1969 - Pour le Parc national des Écrins

- 1971 - Pour un Parc national du Mercantour

- 1972 - Aménagement et protection de la Montagne

- 1972 - S.O.S. Vosges

- 1972 - Une Commission de protection de la nature et de la montagne

- 1973 - Le Parc national des Écrins

- 1975 - La grande bouffe

- 1976 - La Chartre des Alpages et des Glaciers

- 1977 - Une nouvelle Commission nationale de protection de la montagne

- 1978 - Des mesures pour les refuges 

- 1979 - L'interdiction du ski héliporté

- 1979 - Le Parc national du Mercantour

- 1979 - La Réserve naturelle du Néouvielle

- 1982 - La Déclaration de Kathmandu

- 1983 - Le Parc de la Vanoise a 20 ans

- 1985 - La loi montagne

- 1991 - Pour un Parc international du Mont Blanc 

- 1993 - Une loi sur la protection et la mise en valeur des paysages

- 1994 - La Chartre montagne

 

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À sa création en 1874


À sa création en 1874, le Club Alpin Français est une association qui aura pour objet non pas un sport mais un domaine - la Montagne - ce qui la rendra, encore aujourd'hui, très différente des organisations sportives classiques...
 

C'est à ce moment-là « une société d'un caractère nouveau, sans exemple dans le passé ».

 

La création du CAF est appuyée par la Société de Géographie qui compte plusieurs de ses membres au sein de la direction du nouveau club et un lien fort demeurera.

 

Avec une approche scientifique des montagnes de France, le souci de préservation du milieu naturel est très présent.

 

Un difficile équilibre

 

L'½uvre principale du Club Alpin sera de réussir le difficile équilibre entre une protection raisonnable du milieu naturel et un aménagement indispensable pour que les hommes puissent fréquenter les montagnes...

 

Dans notre association la Protection et l'Aménagement de la montagne resteront de tous temps intimement liés...

 

LE CLUB ALPIN A D'ABORD ÉTÉ UN AMÉNAGEUR DE LA MONTAGNE


En 1874, le Club Alpin Français, dont le but général est « d'encourager et favoriser la connaissance de la montagne et sa fréquentation individuelle ou collective en toute saison » a inscrit dans ses statuts, parmi les moyens d'action qu'il se donne, « la construction, l'amélioration et l'entretien de refuges, chalets, abris et sentiers ».

 

Pour lui en effet, la présence de tels équipements, à peu près inexistants dans les massifs français, conditionne la possibilité de les parcourir pour des randonnées ou des ascensions...

 

Sans ces points de départ, de repos et de sécurité, il est inutile de vouloir développer des pratiques liées aux hautes montagnes.

 

Il va appartenir au CAF et à quelques rares autres Associations de mener à bien le quadrillage cohérent et généralisé des constructions en montagne.

 

 1875-1914 - LES PREMIERS REFUGES

 

Et peu à peu, de constructions en rétrocessions, le Club Alpin deviendra un bâtisseur et un gestionnaire avisé et reconnu...

 

Entre 1875 et 1914, quelques quarante refuges et chalets sont construits... ( voir le dossier : Un historique des Refuges et de l'Aménagement de la montagne ).

 

Le développement, un préalable

 

Le Club Alpin aura une politique de développement des activités de montagne non seulement tournée vers des pratiques sportive et culturelle, mais aussi vers l'essor du tourisme...

 

Il sera le précurseur audacieux de la fin du XIXe siècle qui a voulu voir « se diriger vers nos vallées alpines ou pyrénéennes une immigration estivale comparable à celle que reçoivent les régions favorisées de la Suisse », et aussi qui a encouragé « la création pour les familles aisées de nouveaux centres de villégiature ».

 

Il sera le précurseur avisé qui pensait qu'ainsi « pouvaient être conjurées les menaces de dépopulation et de ruine que la décadence de l'industrie pastorale avait fait naître » dans nos régions de montagne...

 

Il sera le précurseur inspiré qui a ensuite accompagné l'essor du tourisme de montagne, qui a contribué au maintien et à la croissance de l'économie montagnarde, et à une prospérité des populations montagnardes - à l'époque très appauvries - des hautes vallées oubliées des montagnes de France...

 

À part les centres de Chamonix et de Gavarnie, rien d'autre n'existait dans les vallées perdues victimes de la dépopulation, du surpâturage et de la misère...

La mise en valeur touristique de la Haute Maurienne depuis la fin du XIXe siècle est exemplaire... ainsi que la contribution de la Société des Touristes du Dauphiné pour certaines vallées du Dauphiné.

 

L'aménagement était un préalable à toute autre action...

 

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1880 - La protection du milieu naturelle

 

Le Club Alpin va commencer à se manifester pour la protection du milieu naturelle.

La Section d'Épinal doit intervenir avec succès pour arrêter l'exploitation des beaux blocs rocheux qui ornent certaines vallées vosgiennes, pour qu'ils ne soient pas débités en pavés.

Au niveau national, démarches actives pour éviter que certains sites remarquables ne soient pas sacrifiés et concédés à l'industrie.

 

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En 1890 - Création du Touring Club de France

 

Le Club Alpin se livre à une importante propagande pour accompagner le tourisme dans les zones de montagne.

 

Malgré des récriminations de quelques-uns voulant éviter les « hordes peu averties », le Club Alpin sera très présent - omniprésent - dans la création du Touring Club de France dont l'objet est de promouvoir ce tourisme naissant...

 

Le Club Alpin a toujours pensé que son développement était lié à celui du tourisme, un loisir encore très peu répandu en France...

 

Dès ce moment, le Club Alpin sera l'aménageur de la haute montagne pour accueillir les alpinistes et les montagnards, et le Touring Club sera celui des vallées pour accueillir les touristes, jusqu'aux relais des initiatives locales plus tard.

 

Seuls les centres touristiques de Chamonix et de Gavarnie étaient déjà actifs et organisés, avec chacun leur site emblématique, le Mont Blanc et le Cirque de Gavarnie...

 

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1906 - Les restaurations des terrains de montagne

 

La principale préoccupation de notre association durant la fin du XIXe siècle concernant la protection du milieu naturel sera la reforestation des espaces alpins.

« Parmi les choses de la montagne, l'une des plus importantes est le reboisement ». Autrefois les montagnes étaient couvertes de forêts, « mais le pasteur est venu, abusant du droit de pacage ruinant le sol, dévastant les gazons ; le bûcheron est arrivé à son tour, faisant rouler au fond des vallées les colonnes gigantesques des sapins, et enlevant à la montagne sa belle chevelure ; enfin, là où le berger et le bûcheron avaient laissé quelque chose, l'incendie a fait son apparition ; alors des cataclysmes se sont produits et se produisent sans cesse ! ».

 

Les chroniques sont nombreuses signalant les torrents de boue et de pierres et les avalanches pendant l'hiver qui ruinent les villages, les habitations et les aménagements.

 

« Le Club Alpin ne pouvait rester insensible à un tel état de choses et, des premiers, il a entrepris en faveur du reboisement une énergique campagne ». Il a ainsi contribué aux reboisements du col de la Croix Haute, des Borels, du Vercors, du Ventoux ; des travaux considérables furent exécutés au Riou Bourdoux, au Dévoluy et les résultats obtenus sont très encourageants.

 

Avec le nouveau siècle, une vigoureuse action menée par l'Association pour l'Aménagement des Montagnes, avec l'appui du Touring Club, du Club Alpin et de la presse, aboutit au vote de la Loi du 12 juillet 1906 portant d'utilité publique les travaux de restaurations et de conservations des terrains de montagne intéressant la Drôme, l'Isère, l'Ardèche, le Vaucluse, les Basses-Alpes, la Savoie, la Haute Savoie et les Pyrénées ( sentiers, ensemencements, clayonnage, barrages, digues, reboisement ).

« Une loi déclarant à tous que le reboisement des montagnes est une question non pas seulement artistique, mais bien d'une portée plus haute, plus complexe, plus grave, touchant à la prospérité de nos cultures, à la régularisation de nos cours d'eau, à la sécurité de nos villages ».

 

Les opérations de reboisement des montagnes seront l'½uvre des forestiers de l'Administration des Eaux et Forêts qui sont les bras armés de l'État.

 

1906 - Des Commissions des Sites et des Monuments naturels

 

En 1906, une Loi Beauquier instaure des « Commissions des Sites et des Monuments naturels » chargées de préserver des territoires remarquables, au nom de l'intérêt général pour éviter des aménagements industriels pouvant générer des atteintes au milieu naturel...

 

En 1907, Pierre Puiseux dans la revue La Montagne se livre à une diatribe contre la construction du chemin de fer de la Jungfrau « ces machines sont des vers rongeurs dont rien n'assouvit la voracité. Les points de vue ne leur suffisent pas, ce sont les sommets qu'ils veulent ».

 

En 1910, le Club Alpin se prononce en faveur de la création de « Réserves ou Parcs nationaux en pays de montagne ».

 

En 1913, il s'inscrit comme membre à vie à l'Association des Parcs nationaux de France.

 

1907 - Le col de la Traversette

 

Le col de la Traversette était un passage important entre le Queyras et la haute vallée du Pô. Un tunnel sommaire a été creusé à l'initiative du marquis de Saluces en 1480, réparé en 1525 avec accès par un large sentier muletier.

Le tunnel abandonné et obstrué est remis en état par nos voisins italiens, ce sera l'occasion d'une réunion amicale le 25 août 1907 avec les associations nationales : Club Alpin, Touristes du Dauphiné et Excursionnistes Marseillais. Ce tunnel de 75m situé sous le col est très utile en cas de tourmente et d'enneigement.

Les cols de la Traversette et Lacroix faisant communiquer le Queyras avec les vallées piémontaises étaient pratiqués par les travailleurs saisonniers qui rejoignaient les fermes des vallées prospères pour louer leurs services.

 

La politique d'aménagement du Club Alpin

 

En 1909, le Club Alpin poursuit également sa politique d'aménagement de la montagne :

 

<   En s'associant avec la Société des Touristes du Dauphiné et le Touring Club de France pour une contribution importante concernant la route de Bourg d'Aru à la Bérarde, qui comblera la partie municipale du financement, que la commune de Saint-Christophe-en-Oisans n'est pas en mesure d'assumer.

 

<   En s'engageant pour la réalisation d'une route vers l'Italie par la haute vallée du Queyras qui franchirait le col de la Traversette en 1906, ou le col Lacroix en 1909, des projets qui s'enliseront et resurgiront dans les années 1920 pour être finalement et heureusement abandonnés...

 

DES PROJETS D'AMÉNAGEMENTS À TOUT VA  

 

De toutes parts des projets d'aménagement voient le jour.

 

1904 - Le tramway du Mont Blanc

 

En 1904, une concession est accordée pour la construction d'un chemin de fer conduisant vers le Mont Blanc depuis le Fayet-Saint Gervais. Le tramway du Mont Blanc ( TMB ) atteint le col de Voza, 1853m en 1909.

La ligne aboutira au Nid d'Aigle, 2372m en 1912.

Le projet initial qui prévoyait d'accéder au Dôme du Goûter et au sommet de Mont Blanc sera abandonné.

 

1909 - Le train du Montenvers

 

La visite du site touristique du Montenvers, 1913m dominant le glacier des Bois - la Mer de Glace - était une excursion prisée dès le début du XIXe siècle. En 1880, inauguration du Grand Hôtel du Montenvers où les touristes sont conduits à dos de mulets et à chaises à porteurs...

 

Un projet de construction d'une voie ferrée pour atteindre le site remarquable est proposé en 1892 et rencontre l'opposition violente de la petite industrie constituée autour la visite du site et de la population locale.

 

Il faudra la protection des Gendarmes pour permettre les travaux qui s'étaleront de 1906 à 1908.

 

En 1909, « le train à vapeur sur la ligne à crémaillère conduit depuis Chamonix les touristes en 55 minutes jusqu'à l'hôtel et les merveilles de la Mer de Glace »... 

Son électrification sera réalisée en 1954...

 

1909 - Un projet de téléphérique

 

Un premier projet de téléphérique, reliant Chamonix au col du Midi d'abord, et à l'Aiguille du Midi ensuite, voit un début de réalisation. Il n'entrera en service qu'en 1927 sans dépasser la station des Glaciers, 2414m.

Le col du Midi, vers 3593m ne sera atteint que par un câble de service en 1940, et les travaux seront ensuite abandonnés...

 

Une prise de conscience pour la protection de l'espace montagnard

 

Mais déjà les aménagements excessifs sont soulignés et une prise de conscience progressera lentement dans un environnement d'industrialisation à marche forcée...

 

En 1905, durant le banquet annuel le président du Club Alpin devant les représentants des Chemins de fer et de l'État souligne :

 

« Vos projets m'effraient un peu...que vous nous conduisiez à la montagne c'est fort bien mais que empiétant sur notre domaine vous vouliez faire grimper aussi vos trains sur la montagne, voila qui est excessif et qui soulève la tempête... ce sera un grand dommage en vérité ».

 

C'est le début d'un long processus qui conduira le Club Alpin à s'engager fortement pour la protection de l'espace montagnard.

 

Les dirigeant des Chemins de fer sont au coté de l'Association depuis sa création, c'est le chemin de fer qui permettait de se rendre en montagne...

 

1910 - Création de l'« Office National du Tourisme »

L'« Office National du Tourisme » sera l'organisme d'État contrôlant les activités touristiques. Il est créé le 8 avril 1910 et comprend les fonctionnaires des principales administrations publiques, les représentants des associations de tourisme, les compagnies de transports, les syndicats d'initiatives...

 

1910 - L'assainissement dans les centres alpins

 

En 1910, le Club Alpin se livre à une propagande discrète mais régulière et appuyée pour la captation et l'adduction des eaux potables dans les Centres alpins. Ils offraient souvent une eau polluée par la proximité animale dans les villages et les pâturages.

C'est le début d'une longue croisade pour l'assainissement des villages de montagne. Au coté des interventions financières de l'État, la seule arme du Club sera la menace de publier le nom des villages proposant une eau saine. Plusieurs lois ont été édictées imposant à tout projet municipal de captage d'eau potable, un examen préalable géologique et bactériologique d'eau nouvelle.

 

Et en haute montagne, il fallait appeler à la vigilance. La contamination des hautes pelouses par les moutons était un risque permanent de pollutions des eaux de ruissellement et des émergences du pied des monts, une situation encore mal perçu, avec de grands risques d'affections typhiques et entérites pour les visiteurs pas naturellement protégés dès le plus jeune âge comme les autochtones.

 

1910 - La manifestation de Port-Miou

 

En 1907, une carrière pour l'extraction du calcaire destiné à la fabrication de la soude est ouverte par l'entreprise Solvay dans la Calanque de Port-Miou, située sur la commune de Cassis.

 

Ce sera un véritable désastre pour le site. Une manifestation de protestation réunira le 13 mars 1910 près de 3 000 personnes sur le site endommagé...

 

C'est la première manifestation d'envergure, avec un vrai engouement populaire, pour la protection de la nature.

 

Il faudra attendre 1982 pour que l'exploitation soit définitivement arrêtée laissant une trace indélébile, une plaie ouverte sur une belle Calanque, un témoignage de ce qu'il ne faut plus faire...

 

1911 - Une première prise en compte par l'État

 

Sur une proposition de Gaston Berge, président du Club Alpin, deux décisions montrent un début de prise en compte par l'État d'un intérêt pour la montagne.

 

1 - Une première circulaire ministérielle stipule : d'importants ouvrages tels que refuges, abris, poteaux indicateurs, tables d'orientation, jardins alpins, etc. ont été exécutés en montagne par divers associations, Club Alpin, Touring Club, Sociétés de tourisme, en vue de facilité les excursions dans les régions montagneuses. Il importe de seconder les efforts faits par ces associations. Ces ouvrages ont le caractère d'être affectés à l'utilité public.

 

2 - L'autre circulaire par le canal d'un autre ministère demande aux préfets des départements de montagne de se saisir de la question de la protection des animaux et des plantes alpestres.

 

1913 - Une loi de protection

 

En 1913, une première Loi concernant la Protection de la nature et de nos montagnes est promulguée, en assurant la conservation « des monuments et objets ayant un intérêt historique ou artistique »...

 

Le 3 juin 1913, une Loi sur le reboisement et conservation des forêts privées est promulguée.

 

1913 - Les Sites menacés de Gavarnie et d'Héas

 

Des pourparlers sont en cours pour céder à une société financière les chutes d'eaux des Sites de Gavarnie et d'Héas qui seraient canalisées pour utiliser la force motrice résultante.

« Le Club Alpin émet le v½u que l'autorité compétente n'approuve aucune concession sans y introduire toutes les réserves nécessaires à la protection de sites célèbres dans le monde entier et qui constituent une des richesses naturelles de la France ».

 

La question des parcs nationaux en France

 

Le Club Alpin demande à Édouard-Alfred Martel une étude sur la question des parcs nationaux qui sera publiée dans la revue La Montagne de 1913.

 

1913 - Un projet de Parc national

 

Il existe dès la fin du XIXe siècle ( 1882 ) un chapitre dans le budget de l'État pour la Restauration des Terrains de Montagne. C'est à ce titre que l'État pourra agir pour la préservation des sites souvent dégradés par les éléments naturels et le surpâturage...

 

En 1913, le conservateur des Eaux et Forêts à Grenoble M. Mathey propose de fonder un « Parc National de l'Oisans », mais c'est encore une surface morcelée et réduite...

 

En 1914, la commune de St-Christophe-en-Oisans cède à l'État une partie de la vallée du Haut Vénéon, profondément dégradée et qu'elle ne peut pas entretenir.

 

<  Il faut avoir à l'esprit que l'économie de certains villages de montagne, basée sur les industries pastorale et sylvicole, dépendait beaucoup des locations des terrains communaux pour troupeaux transhumants de Provence qui dévastaient les hauts pâturages et la déforestation de certains espaces était inquiétante. Le sombre avenir promis aux habitants de ces hautes vallées encourageait l'exode et l'émigration.

 

L'Association pour l'Aménagement des Montagnes avec l'appui du Touring Club et du Club Alpin avait voulu faire la démonstration qu'une autre issue était possible par une prise à bail du Vallon de la Selle. « Ce vallon ruiné par l'abus des moutons transhumants, et dépendant de la commune de Saint-Christophe-en-Oisans, ne contenait plus que de la roche et des cailloux. Mis en défens absolu par l'Administration des forêts, le Vallon de la Selle a pu reverdir, et à la fin du bail l'expérience était faite que la Nature bienfaisante peut, dans certains cas, réparer les conséquences de l'imprévoyance des hommes, et que l'état de ce vallon, si douloureux pour les pieds des alpinistes, était le fait d'un abus de jouissance ».

 

La controverse des Parcs Nationaux

 

Plusieurs articles concernant les Parcs nationaux, certains dans la revue La Montagne de 1915 et 1916, vont animer une controverse qui n'est peut être pas vraiment close aujourd'hui, mais rien de concret ne viendra en France avant 1963 avec le Parc de la Vanoise.

 

Il y avait les partisans de l'intervention de l'État pour créer une zone protégée « avec les avantages attendus au point de vue de l'agrément des visiteurs, de la conservation de la faune et de la flore des pays de montagne, des profits que les populations voisines peuvent attendre de la circulation et du séjour des touristes ; avec l'intention évidente de contribuer à la prospérité des populations et non de les desservir ».

D'autres s'inquiétaient des dangers que ces parcs nationaux « pourraient comporter à l'égard des habitants des communes envisagées, qu'ils soient simplement évincés, ou qu'ils se trouvent tellement gênés dans leurs conditions habituelles d'existence que cette gêne équivaudrait à bref délai à une éviction »

 

La proposition, évitant le rachat par l'État, était un territoire pastoral abrité des transhumants, réservé aux seuls troupeaux des communes, dans le but de maintenir la présence des hommes dans ces hautes vallées, mais il ne sera pas répondu à la question de l'équilibre économique de ces villages.

 

Pour le Club Alpin sous la plume de Gaston Berge :

 

« Le Club Alpin Français est trop l'ami des montagnards pour n'avoir pas le droit de dire la vérité dans leur intérêt.

 

Actuellement, sous l'empire du besoin, la plupart des villages, et des hameaux sont les artisans de leur propre ruine.

 

Créer des parcs nationaux, avec des étendues raisonnables, c'est permettre de prêcher avec la force de l'exemple, ce qui vaut mieux que les exhortations écrites ou verbales.

 

Quand on verra l'herbe reparaître, les vaches productrices de lait, de beurre et de fromages, d'un produit avantageux, se substituer peu à peu aux moutons qui abîment le sol, les touristes venir en bien plus grand nombre, attirés par la beauté des paysages et la fraîcheur des forêts renaissantes, je crois qu'on enviera la prospérité des villages en bordure de tels parcs, et que les autres seront désireux d'appliquer chez eux des méthodes semblables ».

 

C'est l'essor du tourisme, de l'excursionnisme et des sports d'hiver qui apportera une issue décisive. Une évolution à laquelle le Club Alpin n'était pas étranger...

 

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Elle allait prendre les meilleurs

 

Mais hélas, la plus grande catastrophe du vingtième siècle, la Grande Guerre de 1914-1918, allait arrêter les travaux des associations, pour prendre ou handicaper parmi les plus valeureux montagnards de ces années-là...

 

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1920 - L'organisation du tourisme et la fondation de l'UNAT


Le Club Alpin continue ses missions généralistes et sportives et aussi touristiques, en participant avec le Touring Club de France et l'Automobile Club à la fondation de l'« Union Nationale des Associations de Tourisme » ( UNAT ) qui a pour objet de mettre en valeur le patrimoine national... et sera un solide interlocuteur en face de l'« Office National Tourisme » qui est l'organisme d'État contrôlant les activités touristiques.

 

Notre instance est bien consciente que son développement ne se fera qu'avec l'essor du tourisme en montagne d'été et d'hiver, avec le déploiement de l'accueil hôtelier dans les vallées et les facilités d'accès offertes par le chemin de fer et par la route... Ces commodités avaient été encouragées par le Club alpin dès la fin du XIXe siècle, et venaient compléter ses propres propositions concernant les sentiers de randonnée, les refuges d'altitude, les chalets-hôtel, et la propagande pour la montagne ; d'où des collaborations étroites avec les sociétés composant l'UNAT, les sociétés de chemin de fer et les syndicats d'initiatives et hôteliers...

   
1920 - Encore enthousiasmée par les chemins de fer et les routes


Notre association se préoccupe déjà de la protection des sites, mais elle est encore très enthousiasmée par les chemins de fer et les routes qui rapprochent des montagnes... et même qui les gravissent.

 

On va échapper au pire avec les projets heureusement inaboutis, de franchissement par la route du col Lacroix qui aurait sérieusement modifié l'atmosphère de la haute vallée du Queyras, et de chemin de fer conduisant au sommet du Mont Blanc, une intention portée par le très influant Henry Vallot...


1921 - Les Sites de Gavarnie et d'Héas

 

En 1920, les intentions industrielles qui risquaient d'attenter à l'intégrité des Sites de Gavarnie et d'Héas se précisent, malgré les interventions de 1913.

Ces projets qui touchaient des sites célèbres, des richesses naturelles de la France, provoqueront une intense émotion chez nos sociétaires.

L'année suivante, intervention auprès de la « Société des Paysages de France » de diverses personnalités, des Sections locales du Club Alpin et des Associations nationales dont le Club Alpin et le Touring Club pour la défense du site exceptionnel.

 

Un arrêté ministériel classera le cirque de Gavarnie en tant que propriété communale. La vallée d'Héas et le cirque de Troumouse échappaient à cette précaution.


1922 - UN V¼U POUR DES MESURES ÉNERGIQUES


L'Assemblée générale des délégués du Club Alpin de 1922 émet le v½u que soient prises par l'État « des mesures énergiques de protection si l'on veut éviter que les montagnes françaises ne soient rapidement dépouillées d'une grande partie de leurs éléments d'intérêt scientifique et d'agrément ».

 

L'assemblée demande des mesures de protection en faveur de la faune et de la flore menacées, la limitation du pacage destructeur des ovins et des caprins, la création de Parcs nationaux gardés...

 

Elle demande également la protection du chamois dans les Alpes françaises qui a été braconné sans limite pendant les années de guerre...


1922 - LE PARC NATIONAL DU GRAND PARADIS


Un Parc national du Grand Paradis est créé dans les Alpes italienne, ce territoire était dès le milieu du XIXe siècle la réserve de chasse du roi Victor-Emmanuel II...

 

Cette initiative particulièrement éclairée et précoce servira d'exemple en France, mais quarante années plus tard...

 

La protection des Calanques de Cassis-Marseille

 

En 1923, le Club Alpin émet un v½u en faveur de la protection des sites menacés des Calanques de Port Pin et d'En Vau, attaqués par l'exploitation de carrières.

 

1924 - La protection des sites continue d'interpeller


André Charles Coppier - qui se fait le chantre d'un alpinisme contemplatif - écrit dans la revue du Club Alpin : « Il convient d'entrevoir l'époque très prochaine où tout le versant savoisien du Mont Blanc deviendra le Parc National Glaciaire de France (...) une nécessité inéluctable dont l'urgence s'imposera, d'ici peu, précisément pour éviter la mainmise par des intérêts particuliers sur une richesse nationale unique, tellement exceptionnelle qu'elle n'a pas son équivalent en Europe. Il vaut mieux songer à l'organiser tout de suite, avant qu'elle ne soit exploitée ».

 

1924 - Un projet de Parc national

 

En 1924, la commune de Pelvoux cède à l'État le pendant sud du massif des Écrins, c'est un nouveau pas vers un Parc national du Pelvoux en gestation après l'acquisition de 1914....

 

1928 - Un projet de Parc national

 

À la suite du désastre d'inondation de l'automne 1928 qui a provoqué l'exode total des habitants des hameaux supérieurs du Valgaudemar, l'administration des Eaux et Forêts a racheté ces terrains incultes en vue d'une extension d'un futur Parc national du Pelvoux et venant en complément des acquisitions de 1914 et 1924... avec l'intention de reboiser les vallées, afin d'éteindre les dévastations des torrents du fait des déboisements fautifs...

C'est le prolongement d'un long processus...

 

1930 - UNE LOI CONCERNANT LA PROTECTION DES SITES


En 1928, le Club Alpin demande aux responsables gouvernementaux le classement des Sites et Monuments naturels de caractère scientifique...

 

En 1929, le Club Alpin participe à la création d'un « Comité nationale pour la protection de la nature » à l'initiative du directeur du Muséum d'Histoire Naturelle.

 

En 1930, la Loi du 2 mai prolonge et améliore la législation de 1913 concernant la protection des Sites historique, artistique, scientifique ou pittoresque, une loi qui concerne directement nos montagnes...

 

En 1931 - Des v½ux très pertinents


L'assemblée générale du CAF du 26 avril 1931 avait émis une série de v½ux en direction de l'État, dont on peut aujourd'hui mesurer la pertinence :

 

<  Protection de Chamois et de l'Isard.

<  Interdiction des carabines à répétition.

<  Interdiction de la destruction des Vautours et des Gypaètes.

<  Protection du Grand Coq de Bruyère, du Lagopède, du Bouquetin.

<  Interdiction de fouissage des Marmottes.

<  Maintien et conservation des parties boisées du Parc du Pelvoux.

<  Protection des salmonidés dans les eaux de montagne.

<  Classement de la réserve terrienne de la Camargue, de l'étang de Vaccarès et de l'ile de Port Cros.


1934 - LA MEIJE EN DANGER


Le Club Alpin proteste avec véhémence auprès des Pouvoirs publics contre un projet de construction d'un téléphérique vers le sommet de la Meije et établit un communiqué de Presse, avec diffusion sur les ondes radios :


« Le Comité de Direction du Club Alpin Français apprend avec indignation le projet d'établissement d'un téléphérique de la Grave au sommet de la Meije, projet comportant l'arasement de la pointe terminale pour faciliter la construction d'une gare et d'un restaurant.


Devant la menace de cet acte de vandalisme, qui déshonorerait l'une des cimes les plus célèbres des Alpes et l'un des plus beaux paysages de montagne du monde entier, le Club Alpin a le devoir de faire entendre sa protestation la plus véhémente et fait appel à l'opinion publique pour qu'elle s'oppose de toutes ses forces à la réalisation du projet ».

 

C'est le début d'une longue histoire et d'un long combat...

La Meije depuis le col du Chardonnet

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1938 - L'opposition aux refuges-bivouacs

 

En 1938, lorsque les refuges-bivouacs placés sur l'arête de Peuterey et sur l'arête de l'lnnominata allaient être construits dans le versant italien du Mont Blanc, Lucien Devies va beaucoup se manifester par des courriers argumentés auprès des responsables italiens contre les refuges-bivouacs « réducteurs d'aventure » implantés sur les itinéraires de montagne.

 

Un long combat sera livré et perdu...

 

Plus tard le constat sera sans appel : « Ce ne sont plus les mêmes courses, leur envergure est diminuée. Hier, c'était le Caucase en Italie. Ce ne l'est plus... ».

 

Au fil des guides Vallot le reproche sera sans cesse réitéré...

Le refuge-bivouac des Dames Anglaises « enlève de son envergure à cette course sans égale dans les Alpes qu'est l'arête de Peuterey au Mont Blanc ».

Le refuge-bivouac Eccles « humanise un lieu d'une sauvagerie unique dans les Alpes, ce qui est tout à fait regrettable... ».

 

1938 - Un congrès des papiers gras


Un congrès pour la lutte contre les papiers gras est organisé à l'initiative du TCF, avec la participation du CAF...

 

« Les associations de tourisme doivent s'engager à mener une active campagne auprès de leurs membres pour éduquer ceux-ci, si besoin est, ou pour en faire d'actifs propagandistes de l'½uvre entreprise ».

 

La montagne, la campagne, les forêts françaises sont à cette époque souvent souillées par les déchets et détritus de toutes sortes abandonnés par les passants et pas seulement...

 

Le Club Alpin intervient en adressant dans une circulaire aux guides et porteurs de montagne, aux tenanciers de refuges, aux alpinistes, aux campeurs...

 

Il est déclaré ceci : « Un véritable fléau envahit nos montagnes ... l'accumulation de détritus de toutes sortes... les cimes elles-mêmes sont atteintes par cette lèpre, les alentours de bien des refuges présentent un amoncellement honteux d'Immondices ».

 

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Pendant le régime de Vichy

 

Durant les années de la seconde guerre mondiale, les contraintes morales de tous genres, puis les difficultés matérielles vont s'accumuler...

 

Pendant le régime de Vichy, des décisions importantes seront prises, pas toutes défavorables à nos associations, certaines seront conservées et reconduites par la suite :

 

Le classement des cirques de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse


En1941, un décret porte classement des cirques de Gavarnie, d'Estaubé et de Troumouse dans les Pyrénées. C'est un vaste ensemble qui est concerné par ce décret, extrêmement favorable aux Sociétés de protection de la nature. 

 

Le classement du massif de la Meije


En 1943, un arrêté du Gouvernement inscrit à l'Inventaire des Sites le massif de la Meije, dont la préservation présente un intérêt général.

 

Le Râteau et la Meije sont désormais hors de portée des aménageurs...

 

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1947 - La Réserve naturelle du Mercantour

 

En 1947, la Réserve naturelle d'intérêt national du Mercantour voit le jour dans les Alpes-Maritimes pour la protection de la faune sauvage...

 

C'est le Conservateur des Eaux et Forêts, Alfred Dugelay qui est à l'origine de la proposition...

 

La montagne d'Utilité publique

 

Longue intervention de Samivel dans la revue La Montagne juillet 1947 :

 

« Il faut pratiquer intensivement une politique de parcs nationaux. Multiplier aussi les "réserves", où les formes vivantes et inanimées et les rythmes cosmiques seront préservés de toute pollution ou destruction. Il faut en tous lieux protéger les rivières, les forêts, les cavernes, les montagnes.

Les territoires montagneux, par la variété extrêmes de leurs grands aspects naturels, de leur faune, de leur flore, les qualités bénéfiques du milieu, les facilités relatives d'isolement qu'ils présentent, paraissent éminemment propres à la constitution des terrains de jeu et des réserves. Leur préservation n'intéresse pas que les alpinistes, mais à peu près tous les tenants des sports de plein air ».

 

Autour d'un seul homme

 

En 1948, Lucien Devies concentre, à ce moment-là, l'ensemble des moyens et des pouvoirs en présidant les principales organisations de montagne, le CAF, le GHM, la FFM et Comité de l'Himalaya, il est aussi le directeur et le chroniqueur de la revue Alpinisme.

 

Pendant vingt-cinq ans, le monde de la montagne va pratiquement confier sa destinée à un seul homme...

 

Dans ces années-là, c'est lui qui conduira principalement les actions des associations pour la protection de la montagne...


1949 - Le tunnel de Mont Blanc


Publication dans la revue La Montagne d'un important article présentant le projet du tunnel routier sous le Mont Blanc, par la plume d'un Inspecteur général des Ponts et Chaussées.

Un projet de tunnel ferroviaire datait de 1874, il était abandonné un peu avant la Seconde Guerre mondiale au bénéfice d'un tunnel routier...

Il n'y aura pratiquement pas de réaction du monde de la montagne, ni des associations, ni des édiles locales et ni des gens de la vallée.

 

Dans nos vallées, l'heure n'est pas encore aux préoccupations environnementales...


1950 - Le Comité National du Tourisme


C'est une période d'équipement touristique à tout va qui s'annonce.

 

Le développement touristique qui est engagé dans l'euphorie de l'époque, sera réalisé sans la pondération des Associations de tourisme, très peu présentes...

 

Un Comité National du Tourisme est créé et un schéma est proposé avec les initiatives suivantes :

 

<  Téléphériques de Carlaveyron, de l'Aiguille du Midi, de Bellevarde et de Courchevel.

<  Télébennes de Samoëns, de Sixt, des Contamines, de Valloire, de St Pierre de Chartreuse, de Chamrousse, de Villard de Lans et de Valberg.

<  Funiculaire de Barèges.

<  Patinoire de Chamonix.

<  Village de vacances de la vallée de la Guisane.

<  Construction de nombreux hôtels de montagne...

 

C'est le prélude à l'équipement outré et sans contrainte des années mil neuf cent soixante... Là aussi, l'heure n'était pas aux préoccupations environnementales...

 

Et chaque vallée voulait ses installations...

 

1951 - LE CLASSEMENT DU MONT BLANC

 

Le classement des terrains situés au-dessus de 2000 mètres du massif du Mont Blanc est achevé, résultat d'une démarche entreprise depuis plusieurs années par le Club Alpin.

 

Ce classement, pris en application de la Loi du 2 mai 1930 sur la protection des sites, a fait l'objet de l'arrêté ministériel du 14 juin 1951 pour la commune de Chamonix et du 5 janvier 1952 pour la commune des Houches...

 

Un article promis par la revue La Montagne concernant ce classement ne verra jamais le jour, pour éviter quelques polémiques, on restera entre décideurs....

 

À l'époque, peu de gens étaient ouverts à la défense des Sites.

 

Et en 1954, le Maire de Chamonix Paul Payot avait reproché à Lucien Devies d'avoir, sur cette question, un peu forcé la main des édiles du moment...

 

« Soyez certain que dans cent ans, on vous élèvera une statue pour cette sage décision » avait-il été répondu...

 

1953 - L'essor du tourisme


Lucien Devies participe activement au Plan Gouvernemental de modernisation des stations de montagne, les projets se font entre décideurs, sans avoir recours à la mobilisation des adhérents et en appliquant la méthode chère à notre ancien dirigeant : « expliquer et convaincre, plutôt que protester et crier »...

 

En 1953, il est membre du Conseil Supérieur du Tourisme...

 

À l'époque, les responsables de nos associations pensaient pouvoir se mobiliser pour la Haute Montagne, mais n'imaginaient pas peser sur l'aménagement des vallées et de la Moyenne Montagne et l'opinion public n'est pas prête, pas encore concernée par la protection de la nature...

 

L'État pouvait souvent apporter des compensations qui effaçaient les résistances au niveau local.

 

1955 - Le téléphérique de l'Aiguille du Midi

 

En 1949, le projet d'un téléphérique conduisant directement au sommet de l'Aiguille du Midi avait rencontré l'opposition du Club Alpin et de la FFM qui contestaient l'installation de la station supérieure sur le sommet de la principale Aiguille de Chamonix...

 

L'avis des associations ne sera pas entendu, faute d'une mobilisation qui n'était pas encore dans l'air du temps....

 

À l'exemple de certaines stations de montagne de Suisse, il fallait un emblème à la vallée de Chamonix.

 

Le principal dirigeant de nos sociétés de montagne répétera souvent que le téléphérique de l'Aiguille du Midi était le prix à payer, et que Chamonix avait besoin d'un belvédère à la mesure du Mont Blanc...

 

En 1949, un filin est descendu dans la face nord de l'Aiguille du Midi par un groupe de Guides, cette opération difficile marque le début des travaux.

 

En 1954, la station intermédiaire du Plan de l'Aiguille est ouverte et en 1955, le téléphérique de l'Aiguille du Midi entre en service...


 

LA LIAISON DE L'AIGUILLE DU MIDI AU COL DU GÉANT


En acceptant sans trop de réaction le téléphérique de l'Aiguille du Midi, nos dirigeants n'imaginaient pas l'intention des promoteurs, avec le projet de liaison entre l'Aiguille du Midi et le col du Géant par-dessus la Vallée Blanche.

 

Deux articles dans la revue La Montagne, de Samivel en juin 1954 et de Georges Sonnier en octobre 1954 sonneront la charge contre ce projet controversé...

 

Du coté institutionnel, on décidera une « action courtoise mais d'une fermeté absolue », insuffisante devant les agissements de promoteurs sans scrupules.

 

Dès le projet dévoilé, le CAF, la FFM, le GHM, le TCF et l'Union Nationale des Associations de Tourisme ont élevé une protestation solennelle, contre la construction d'un téléphérique traversant ce site admirable.

 

La partie française de la chaîne du Mont Blanc où sera implanté le téléphérique est un site classé au-dessus de la cote 2000. Ce classement, décidé en accord avec la commune de Chamonix, a fait l'objet de l'arrêté ministériel du 14 juin 1951, pris en application de la Loi du 2 mai 1930 sur la protection des sites.

 

La Commission supérieure des Sites s'est prononcée à l'unanimité en juillet 1954 contre la liaison Aiguille du Midi-Col du Géant...

 

Le Ministre de l'Éducation nationale, par dépêche de septembre 1954, a prescrit l'arrêt des travaux.

 

Cette décision a été notifiée aux intéressés par un arrêté du Préfet de Haute-Savoie en novembre 1954.

« Les travaux commencés en 1954 n'en ont pas moins repris dès le printemps de 1955, et sont poursuivis avec activité en violation de la loi et des décisions prises pour son respect ».

 

La rude intervention des responsables du Club Alpin est rendue publique dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1955 :

« Une coalition d'intérêts particuliers profite de la carence du Gouvernement pour violer impunément la loi... ».

« Qui s'est soucié, en dehors des associations officielles de tourisme et d'alpinisme, de défendre l'intérêt général ? Qui s'est soucié de faire respecter la loi ? ».

 

Mais la méthode reste la même, très respectueuse des usages :

 

« Nul ne songe au Club Alpin, à employer d'autres méthodes que les protestations officielles remises aux autorités sous la signature de son président ».

 

La carence ou la complaisance du Gouvernement

 

Plus tard, l'amertume fait hausser le ton :

« Là où des gendarmes et douaniers sont impuissants, des Chasseurs alpins de l'École Militaire de Haute montagne pourraient aisément remettre les choses en ordre...
Tous les alpinistes et les amis de la montagne attendent impatiemment l'acte d'autorité qui fera respecter la loi française
 ».

 

La loi ne sera pas respectée par la carence ou la complaisance du Gouvernement...

 

Et pour se faire entendre le courtois et le bien élevé ont montré leurs limites...

 

D'autres protestations concerneront des projets heureusement sans suite dans un massif du Mont Blanc victime de son succès touristique, comme les liaisons de la Gare des Glaciers aux Grands Mulets et du Nid d'Aigle à l'Aiguille du Goûter

 

À cette époque de développement à tout va, il n'y a comme seul garde-fou que la faible « Commission supérieure des Sites »...

 

Une mission permanente

 

L'article de Georges Sonnier dans La Montagne de 1954, montre le chemin :

 

«  Le projet de téléférique à la Vallée Blanche soulève de nouveau, avec instance, le problème de la préservation de la montagne et, de façon générale, de tout ce capital de beauté terrestre qui a été dévolu aux hommes. Mais qu'on y prenne garde : c'est chaque année, c'est chaque mois que ce trament, ici ou là, des attentats irréparables. Beaucoup sont moins éclatants ou moins voyants que celui-là. La somme n'en est pas moins redoutable, et de cette  manière aussi se trouve peu à peu compromis ce qu'il nous importait de protéger. C'est dire que l'½uvre de sauvegarde qui nous échoit requiert une vigilance sans relâche et doit être tenue pour ce qu'elle est en vérité : une mission permanente ».

 

1956 - La station de ski de la Flégère

 

La station de ski de la Flégère est créée au-dessus de Chamonix, c'est à ce moment-là, le maillage systématique de l'espace montagnard par les câbles des remontées mécaniques qui est entrepris. Chaque station d'altitude voulant concurrencer sa voisine...

 

Le CAF et la FFM - après la scandaleuse affaire du téléphérique entachant le site unique de la Vallée Blanche - doivent composer pour être entendus et vont se déclarer favorables - à titre compensatoire - à l'installation de certains téléphériques et équipements, tout en réclamant des mesures sur les sites les plus essentiels à protéger. C'est encore des discussions entre initiés, l'appel aux montagnards et la mobilisation des citoyens ne sont toujours pas dans l'air du temps.

 

1956 - POUR UN PARC NATIONAL DE SAVOIE

 

Initiée dès 1953 par des chasseurs membres du Club Alpin, une « Réserve d'intérêt national de Savoie » est proposée analogue à celle du Mercantour de 1947.

 

Ces intentions évolueront vers une proposition de Parc national de Savoie comparable au Parc italien du Grand Paradis et bordant celui-ci... 

 

Le but est de protéger les bouquetins et autres animaux de montagne souvent victimes de viandards et de braconniers agissant de ce coté-ci de la frontière...

 

Ces caprins sauvages avaient disparu de nos montagnes au XIXe siècle à cause d'une chasse non régulée. Protégés en Italie dans la Réserve royale de chasse devenue le Parc du Grand Paradis en 1922, les bouquetins qui traversaient le frontière n'avaient aucune chance de survie ...

 

Un comité d'étude

 

En 1956, le Club Alpin estimant que la sauvegarde du bouquetin, ainsi que d'autres spécimens de la faune alpine entre bien dans le rôle qu'il s'est assigné, décide de constituer un « Comité d'études pour la création d'un Parc national de Savoie ».

 

Il est animé par Georges Descours - président de Club Alpin de 1951 à 1954 - qui a été le promoteur du projet, dans la prolongation de l'implication de la Section lyonnaise du Club Alpin pour la Haute Maurienne.

 

Le Comité est constitué avec la participation de l'Association des Chasseurs de Montagne, de la Société d'Histoire Naturelle de Savoie et de plusieurs personnalités compétentes...

 

« Le but est d'obtenir une décision du Gouvernement pour la création de cette réserve, le tracé de ses limites et l'installation de gardes pour assurer la protection.

Personne, du reste, aujourd'hui ne conteste l'intérêt, tant au point de vue touristique et alpin qu'au point de vue cynégétique, d'un parc national en Savoie où flore et faune de montagne dans tous leurs éléments seront protégés et deviendront l'un des attraits les spectaculaires de la région comprise entre Bonneval, le Col de l'Iseran et Val d'Isère ».

 

Un article de référence paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1956 « La protection de Bouquetin dans le parc national de Savoie » sous la plume de Marcel Couturier, l'éminent spécialiste et chasseur assidu...

 

Les différents courants de la Commission réussiront une synthèse entre : une sauvegarde de la faune sauvage ; une conservation des éléments naturels et un équilibre biologique présentant un intérêt scientifique ; une rénovation économique de la région ; et une meilleure ouverture offerte aux citadins pour accéder à des espaces naturels...

 

En 1958, le « Conseil national de la protection de la nature », en accord avec la « Direction de l'Aménagement du Territoire », décide de faire effectuer une enquête préliminaire.

 

Le courant d'opinion entretenu par le Club Alpin et la prise de conscience des autorités aboutiront - le nom du parc ayant évolué - à la création du « Parc national de la Vanoise » cinq ans plus tard.

 

En avril 1959, les deux premiers bouquetins prélevés dans le Valais et offerts par nos voisins suisses sont lâchés dans le vallon de Fontenil du massif des Écrins...

 

1958 - Le schéma d'équipement de la montagne hivernale

 

À ce moment-là, le Club Alpin par sa représentation au Conseil Supérieur du Tourisme « prend une part éminente à la mise en ½uvre du plan d'équipement de la montagne hivernale »...

Les excès des futurs plans neige sont à venir et n'alerteront que plus tard nos responsables...

 

1959 - Les Calanques de Marseille

 

Judicieuse initiative des Excursionnistes marseillais, qui sauront obtenir l'inscription à l'Inventaire des Sites des Calanques de Marseille-Cassis par le décret du 24 novembre 1959.

 

1959 - Le tunnel du Mont Blanc

 

En 1959, début du percement du tunnel du Mont Blanc, son inauguration aura lieu en 1965. Encore sans réaction du monde de la montagne, ni des gens de la vallée.

 

1960-1965 - La protection des sites  

 

Des articles complaisants

 

La revue La Montagne & Alpinisme, par une série d'articles complaisants, offre curieusement une tribune aux partisans de l'équipement à outrance de l'espace alpin, très enthousiasmés par les possibilités offertes par les moyens mécaniques, avec ce commentaire terrible « malgré tous les pylônes, toutes les bennes, tous les câbles, toutes les pistes, il reste encore assez de place pour l'amateur de neige vierge »...

 

Dans cette période d'équipement touristique à tout va, les positions des associations de montagne - le CAF et la FFM - ont beaucoup de mal à apparaître clairement.

 

Elles doivent composer avec l'enthousiasme de leurs sociétaires pour le ski lié aux remontées mécaniques, et pas encore très concernés par la sauvegarde de l'espace alpin.

 

Elles doivent pourtant agir pour ce qui constitue leur raison d'être : la protection de la montagne ; en apportant la pondération nécessaire, entre équipement et sauvegarde.

 

La grande idée sera l'aménagement concerté et raisonnable. Mais en face, il n'y aura pas toujours des interlocuteurs pour le concerté et le raisonnable...

 

Des réclamations argumentées

 

En appuyant leurs démarches par des dossiers argumentés, nos organisations réclamaient :

 

<  La création des Parcs nationaux du Haut Dauphiné, du Mercantour et du Néouvielle.

<  Un tracé de l'autoroute du sud évitant par l'ouest son passage au travers de la forêt de Fontainebleau.

<  Un programme d'achat de terrains en vue d'accroître la forêt domaniale de Fontainebleau.

 

Elles s'opposaient :

 

<   À la construction des téléphériques des Houches à l'Aiguille du Goûter ; du Montenvers à Trélaporte ; de l'Aiguille du Midi au Mont Blanc du Tacul, et de celui conduisant au sommet Râteau.

<  À tout équipement nouveau dans le massif du Mont Blanc notamment en amont du Montenvers.

 

Elles étaient favorables - à titre compensatoire - à un téléphérique vers le Dôme de la Lauze.

 

1960 - Une loi relative à la création de Parcs nationaux

 

L'effervescence provoquée par le Comité d'étude pour la création d'un Parc national de Savoie et les résultats de l'enquête préliminaire demandée par le Conseil national de la protection de la nature, aboutiront à l'élaboration et au vote de la Loi du 22 juillet 1960 relative à la création en France de Parcs nationaux.

 

L'État se donnait enfin les moyens d'agir...

 

C'est une loi essentielle qui commandera l'ensemble des actions à venir dans la droite ligne des réclamations du Club Alpin.

 

Les Parcs nationaux

 

Un Parc national sera une portion de territoire dans laquelle la faune, la flore et le milieu naturel en général seront protégés des activités humaines...

 

« Un parc national aura pour mission de protéger la nature sauvage pour la postérité et se voudra un symbole de fierté nationale. Ce sera un monument naturel, porteur de l'attractivité de ses paysages, et vecteur de leur identité culturelle et une richesse considérable pour un territoire et une nation ».

 

Il a évidemment un intérêt touristique fort...

 

Il sera constitué d'une « Zone Centrale » - le c½ur du secteur concerné - et d'une « Zone Périphérique » ouverte à un essor économique adapté.

 

« La zone centrale du parc national sera une véritable " assurance sur le capital " et aura un régime de haute protection garanti par la législation.

Au delà de la protection de la zone centrale, l'ambition sera de s'inscrire dans le développement durable de toute la région.

 La protection de la zone centrale sera d'autant plus efficace et durable que les acteurs locaux se l'approprient, et que les politiques de développement et les activités menées autour de la  zone centrale la favorisent ».

 

1961 - L'équipement des itinéraires

 

L'implantation d'équipements et de cordes fixes en vue de faciliter l'ascension de l'arête sud-est de l'Aiguille de Blaitiére est vivement dénoncée par Guido Magnone - président du GHM - dans les Annales du GHM de 1961 avec un titre tonitruant : « Faut-il brûler les refuges ».

 

Une initiative hasardeuse de la Compagnie des Guides de Chamonix et de certains gestionnaires de la Section de Paris du Club Alpin pour élargir la proposition d'ascensions des professionnels et pour optimiser la fréquentation du refuge de l'Envers des Aiguilles ; en allant à l'encontre des valeurs de l'alpinisme...

 

Le Club Alpin et la FFM avaient aussitôt demandé le retrait des équipements et la remise en état des lieux.

 

L'article, avec son titre provocateur, suscitera quelques étonnements. Il dérogeait fortement aux façons de faire de l'époque : agir avec discrétion dans les organismes de décision, en évitant la place publique...

 

1961 - La forêt de Fontainebleau coupée en deux

 

Suite au manque certain de vigilance des Associations et à l'invraisemblable irresponsabilité de l'Administration, la forêt de Fontainebleau sera coupée en deux par l'autoroute du sud. Un gâchis irréparable...

 

Les positions prises par nos instances en faveur d'un tracé de l'autoroute évitant la forêt de Fontainebleau par l'ouest ne seront pas suffisamment appuyées et ni défendues. Elles susciteront le commentaire laconique et désabusé du président du Club Alpin et de la FFM : « Il y a très peu de chance [que ces positions] soient prises en considération ».

 

Là encore, on restera entre décideurs, aucun appel à l'opinion publique et aux adhérents ne sera tenté...

 

Et le réveil tardif d'autres groupements et quelques gestes irresponsables n'y feront rien...

 

Deux échecs cuisants               

 

Nos institutions auront connu deux échecs cuisants concernant la sauvegarde de la nature : en 1955, un téléphérique traverse la Vallée Blanche ; et en 1961, une autoroute coupe en deux la forêt  de Fontainebleau. Deux échecs certainement dus à des démarches trop respectueuses des usages confrontées à des agissements beaucoup moins attentionnés...

 

Il faudra à l'avenir savoir manifester et crier, lorsque expliquer et convaincre se révéleront insuffisants...

 

Au sein du Club Alpin, de la FFM et ses Clubs, une prise de conscience apparaîtra pour agir à l'avenir d'une façon organisée et dynamique et surtout en ne restant plus entre initiés, mais en convoquant l'ensemble des adhérents...

 

1962-1974 - Les plans neige  

 

C'est au début des années soixante que les plans neige vont être créés, ils confieront à des promoteurs l'aménagement de domaines skiables, la gestion, la construction et l'intégration de toutes les fonctions d'une station d'altitude avec un minimum de contrainte de la part de l'Administration.

 

Ce sera de 1962 à 1974, un bétonnage en règle de l'espace alpin au nom de l'essor économique, et l'équipement à tout va, avec quelques réussites et de nombreux mécomptes.

 

Situées très au-dessus de l'habitat traditionnel, ces stations se développeront souvent sans la participation des autochtones...

 

1962 - ALERTE AU SURÉQUIPEMENT

 

Lucien Devies - membre du Conseil Supérieur du Tourisme - est bien informé de ce qui ce trame...

 

Considérant que « l'équilibre entre les divers intérêts - qui avait subi déjà quelques horribles entorses - risquait d'être sérieusement rompu sur des points essentiels » et constatant les limites de la méthode « expliquer et convaincre entre décideurs », Lucien Devies sera amené à intervenir publiquement et à appeler à la mobilisation de nos adhérents.

 

En avril 1962, deux articles en forme de cris d'alarme paraissent dans la revue La Montagne & Alpinisme sous les signatures de Didier Olivier Martin et de Jacques Lancien.

 

En juin, l'article capital « Alerte au suréquipement » signé de Lucien Devies, président du Club Alpin est publié et commandera les actions futures de l'association.

 

« Des sites admirables sont menacés de faire place à des paysages industriels ou urbains, d'être envahi par la mécanique. Le prodigieux développement économique de notre pays depuis la libération, l'accélération de la concentration urbaine, l'expansion touristique souvent insuffisamment pensés, risque vraiment, si on ne les insère dans des programmes convenables d'aménagement du territoire, de détruire irrémédiablement certains des traits les plus précieux du visage de notre pays, qui au contraire, devraient être respectés et exaltés ».

 

C'est à son corps défendant et devant des menaces réelles d'équipements outranciers, que Devies doit constater que les « actions courtoises mais d'une fermeté absolue » sont insuffisantes devant les agissements d'interlocuteurs sans état d'âme et qu'il fallait adopter une méthode différente - celle de ne plus rester entre décideurs - en appelant chacun de nos adhérents à la  responsabilité.

 

« Il faut qu'un grand mouvement soutienne cette action, que chaque membre du Club Alpin qui est en mesure de la soutenir et de l'appuyer auprès de l'opinion et des autorités se fasse connaître, que les associations de défense s'organisent, que l'État comprenne et fasse son devoir à l'égard de l'avenir ».

 

1962 - Le COSIROC         

 

Création du COSIROC, un Comité de coordination regroupant plusieurs associations et ayant pour but la défense des sites et des rochers d'escalade de Fontainebleau, avec initialement deux grandes actions :

 

<  Le rattachement du massif des Trois Pignons à la forêt domaniale de Fontainebleau, avec le rachat par l'État de près de deux mille propriétés couvrant le massif.

 

<  La création de la base de plein air de Buthiers-Malesherbes, évitant un projet d'urbanisation...

 

Des Comités de coordination seront ensuite créés dans divers massifs.

 

Le Cosiroc deviendra une association indépendante en 1967.

 

Parallèlement le Club Alpin et la FFM se prononcent pour l'interdiction de toute circulation automobile dans la forêt domaniale de Fontainebleau en dehors des voies goudronnées...

 

1963 - LE PARC NATIONAL DE LA VANOISE

 

Dès 1953-1956, des initiatives ont été prises pour la création d'une Réserve d'intérêt national de Savoie analogue à celle du Mercantour de 1947. Ces intentions évolueront vers une proposition de Parc national comparable au Parc italien du Grand Paradis et bordant celui-ci.

 

Le « Comité d'étude pour la création du Parc de la Vanoise » est actif depuis 1958.

 

Le courant d'opinion entretenu par le Club Alpin et l'intervention judicieuse dans la presse d'un alpiniste connu conduiront - après de longues discussions et hésitations - à la création du « Parc national de la Vanoise », premier Parc de France par le décret du 6 juillet 1963...

 

Le Club Alpin principal soutient du projet est naturellement présent au Conseil d'Administration du Parc.

 

Un Parc de la Vanoise sera inauguré officiellement le 26 juin 1965.

 

  • Ainsi le très long intérêt pour la Haute Maurienne - commencé à la fin du XIXe siècle - de nos collègues lyonnais trouvait une solution pérenne...

 

Un événement considérable

 

C'est un événement considérable, pour la première fois l'État s'engageait réellement dans la protection du milieu naturel en montagne.

 

Au fil du temps dix Parcs nationaux constitueront un solide capital inaliénable auquel s'ajouteront les Parcs naturels régionaux...

 

Le Club Alpin doit être fière d'avoir été le premier à l'origine de cette heureuse réclamation...

 

Une curiosité

 

Soulignions à cette occasion une curiosité : « un oubli » un peu général des Communes, des Administrations, des Organismes de montagne ; et aussi des rédacteurs de revue et de guides d'information.... Celui de citer l'antériorité du Club Alpin, indiscutablement à l'origine de ces initiatives de préservation du milieu naturel.

 

Ainsi que la justesse de vue de nos prédécesseurs du XIXe siècle, qui déjà réclamaient un intérêt de l'État pour la protection de la montagne.

 

Une revue assez discrète

 

Étrangement notre revue La Montagne & Alpinisme est restée assez discrète concernant le Parc de la Vanoise.

 

Après l'intervention de Marcel Couturier de juin 1956, aucun article de soutien entre 1956 et 1962 ne sera publié, malgré l'intérêt et la mobilisation des membres de l'association...

 

C'était avant l'année charnière 1962 et le cri d'alarme « Alerte au suréquipement » ; les années où la méthode « expliquer et convaincre entre décideurs, plutôt que protester et crier » était encore de rigueur...

 

Il faudra attendre avril 1964 pour qu'enfin - la décision étant acquise - un article général signé par René Varlet « Le Parc National de la Vanoise » soit publié dans la revue LM&A du Club Alpin, le promoteur du projet...

 

Pour un Parc national en Haut Dauphiné

 

Aussitôt la décision acquise en Vanoise « évitant ainsi des rivalités inopportunes » Lucien Devies propose la création du Parc national en Haut Dauphiné, un projet mûri depuis longtemps...

 

Un article « Pour un Parc National en Haut Dauphiné » sous sa signature paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de décembre 1963.

 

Et déjà les Assemblées générales du Club Alpin et de la FFM ont approuvé le projet déjà structuré s'appuyant sur les acquisitions par l'État d'une partie de la vallée du Haut Vénéon en 1914, de la partie sud du massif des Écrins en 1924 et du Haut Valgaudemar en 1928 ; le massif de la Meije étant classé au titre de la loi de 1930 sur les sites...

 

La part des chasseurs

 

Il faut souligner la part importante prise par les chasseurs dans la création du Parc National de la Vanoise, ils auront été des alliés importants et seront sollicités de nouveau pour les futures batailles.

 

Dans le projet du Parc en Haut Dauphiné leur soutien est recherché en ces thermes : « une action de peuplement combinée avec une réglementation astucieuse pourrait faire le plus sensationnel terrain de chasse au chamois qui soit, une zone de " safari ", si l'on peut se permettre cette expression à l'échelle de l'Europe ».

 

1964 - Le domaine des Trois Pignons

 

Quelques initiatives privées et le Club Alpin avaient demandé que le domaine des Trois Pignons - complément essentiel de la forêt de Fontainebleau - soit mis hors de portée des promoteurs.

 

La forte mobilisation des familiers de la forêt de Fontainebleau était réelle et perceptible, ces usagers s'estimaient victimes du mauvais coup de l'Administration qui n'avait pas hésité à couper la forêt en deux pour donner place à une autoroute.

 

Voulant peut-être atténuer ce fiasco environnemental, l'Administration se portera acquéreur des zones encore non protégées de l'exceptionnelle forêt...

 

L'Enquête publique en vue de l'expropriation de l'ensemble du massif des Trois Pignons débutera en 1966... L'arrêté de déclaration d'Utilité Publique date du 20 octobre 1967.

 

Le domaine de Bois Rond déjà acheté par l'Armée en 1952 - ce qui évita l'appropriation privée de cet autre espace unique - entre dans les limites de l'arrêté...

 

Avec ces heureuses appropriations, et après les irresponsabilités criantes qui provoquèrent la désastreuse saignée de l'autoroute, la forêt de Fontainebleau échappait maintenant - en grande partie - aux turpitudes des hommes...

 

Il était constaté que l'Administration devenait maintenant plus attentive aux aspects environnementaux concernant le territoire national.

 

1965 - Vers un Parc national des Pyrénées

 

Alors que la création du Parc de la Vanoise et les initiatives pour un Parc du Haut Dauphiné ont pour origine les actions du Club Alpin - des interventions évidemment relayées par les Pouvoirs publics -, c'est une démarche des Services des Eaux et Forêt du Ministère de l'Agriculture qui a conduit aux études préliminaires concernant la création d'un Parc national des Pyrénées.

 

Un Parc qui irait du Pic d'Anie à l'ouest, au Pic Long à l'est de la chaîne.

 

Un article « Vers un parc national des Pyrénées » paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme d'avril 1965 où l'audace et l'ampleur du projet sont soulignées dans le texte de Raymond Ritter.

 

Les Sections locales du Club Alpin appuieront ce projet, mais il faudra aussi convaincre quelques oppositions farouches...

 

L'intervention du président Lucien Devies à l'occasion de l'inauguration du refuge des Oulètes de Gaube au pied du Vignemale devant les Autorités locales et les montagnards réunis sera insistante : « Les Pyrénées saisiront-ils la chance unique qui leur est offerte, non seulement de protéger leurs sites et leurs richesses naturelles, mais encore de les valoriser à l'échelle du tourisme européen de demain ? ».

Dans les Pyrénées, depuis le Pic de Tarbésou, les étangs de Rabassoles

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1966 - L'opposition aux refuges-bivouacs

 

Au fil du temps, Lucien Devies luttera constamment contre l'installation de refuges-bivouacs « réducteurs d'aventure » sur les itinéraires de montagne.

 

Déjà en 1938 quand les refuges-bivouacs placés sur l'arête de Peuterey et sur l'arête de l'lnnominata allaient être construits dans le versant italien du Mont Blanc, un long combat sera livré et perdu.

 

Il ne lâchera rien dans sa lettre du 22 mars 1966 à ses collègues italiens :

 

« Vous avez demandé un avis sur l'opportunité de placer un refuge-bivouac sur le versant est du Mont Rose. À mon sens, c'est une bonne chose que de faciliter l'accès à la montagne, afin de permettre à quiconque de pratiquer l'alpinisme s'il en a le désir et la volonté.

Mais c'est une erreur que de faciliter les courses elles-mêmes.

Le devoir dans ce domaine n'est pas de diminuer la difficulté, mais bien de la maintenir pour que les Alpes puissent continuer à répondre aux aspirations des alpinistes.

Or, les Alpes ont des courses qui ont l'ampleur de celles du Caucase. Ne diminuons pas cette échelle. 

Il me semble qu'il serait tout à fait dommage de répéter la même erreur au Mont Rose ( que celle commise dans le versant sud du Mont Blanc ).

Depuis la cabane Marinelli, la Dufour et la Nordend se font commodément, dans la matinée ou dans la journée. Rien ne devrait être placé entre la cabane Marinelli et les sommets ni près des sommets eux-mêmes.

Quant à la Gnifetti, aucun refuge-bivouac ne devrait être placé à moins de deux heures de la rimaye située au point le plus bas de la paroi. Il faut laisser cette face merveilleuse et sa proximité vierges de tout équipement.

Tel est l'avis, que je voulais vous exprimer. Il est dicté par une réflexion profonde sur l'équilibre à maintenir entre un équipement d'approche et la sauvegarde d'une zone de haute montagne.

 

1966 - Les commandements du Parc de la Vanoise

 

Samivel est l'auteur d'un texte écrit pour le Parc national de la Vanoise et ses visiteurs.

 

Sous la forme de 14 commandements, la déclaration est reproduite dans la revue La Montagne & Alpinisme de février 1966 et s'ouvre sur cette proclamation :

 

« Le parc national protège contre l'ignorance et le vandalisme des biens et des beautés qui appartiennent à tous »...

 

1966 - Il faut créer le Parc national du Haut Dauphiné.

 

À l'occasion de l'inauguration du nouveau refuge du Promontoire, le 26 juin 1966 le président de Club Alpin Lucien Devies rappellera la prestigieuse conquête de la Meije en 1877 par un jeune homme de 19 ans, Emmanuel Boileau de Castelnau, un chasseur de chamois dans la force de l'âge Pierre Gaspard et son fils Pierre.

 

Mais il est déjà entièrement tourné vers l'action suivante, profitant de la présence des représentants de l'État venus pour l'événement :

 

« L'alpinisme français est né là. Il faut protéger cette région sauvage et si originale des Alpes, il faut créer le Parc national du Haut Dauphiné. C'est à cela que nous devons nous employer ».

 

1966 - La Montagne Sainte Victoire

 

Mise en place d'une zone de protection de la Montagne Sainte Victoire, car elle n'était pas à l'abri des investisseurs à ce moment-là.

 

1967 - Le Parc national des Pyrénées Occidentales

 

Le « Parc national des Pyrénées Occidentales » est créé par le décret du 23 mars 1967, le Club Alpin « qui a beaucoup contribué à sa création » sera représenté dans l'Établissement Public...

 

1967 - Les Parcs naturels régionaux

 

Le décret du 1er mars 1967 du ministère de l'Aménagement du Territoire et du Plan officialise la création de « Parcs naturels régionaux ».

 

Ils répondent à une partie des préoccupations économiques et sociales de l'Administration concernant le développement du territoire en conservant un caractère régional, notamment pour :

 

<  Animer certains secteurs ruraux en difficulté sur le plan agricole, et réaliser un programme harmonieux de rénovation rurale.

< Procurer aux citadins des grands centres urbains des zones naturelles de détente.

<  Assurer par l'adhésion des collectivités locales et de la population, la protection et la mise en valeur des sites et monuments.

 

1967 - Le sentiment d'avoir été entendu

 

Avec les initiatives de l'État pour les créations des Parcs nationaux et régionaux, on constate que la longue croisade du Club Alpin et ses cris d'alarme ont porté leurs fruits. Le Club Alpin et bien sûr les autres structures amies ont le sentiment d'avoir été entendus par l'Administration.

 

Il faut ajouter le début d'une prise de conscience de l'opinion publique qui viendra conforter le souci des associations de préserver ce patrimoine national...

 

1967 - Un Parc régional du Vercors

 

La création de Parc de la Vanoise a provoqué de nombreuses intentions. Une initiative Vercors Nature se constitue pour favoriser la protection du massif du Vercors.

 

Un article de Philippe Traynard en fera l'annonce dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1967 « Pour un parc naturel régional du Vercors ».

 

1968 - Des sites vierges de tout équipement

 

Dans le prolongement de la politique d'aménagement de l'espace montagnard, le Club Alpin et la FFM décident de s'engager dans la protection de certaines zones, bassins et cirques glaciaires, contre tout équipement ou construction, afin de conserver leur état naturel.

 

Le versant nord de la Meije, le Glacier Noir, le versant nord du Pic Gaspard, le versant Valgaudemar des Bancs, le Vallon des Étages et le versant nord-ouest des Drus sont proposés...

 

1969 - Le site des vallées des Merveilles

 

Le site des vallées des Merveilles situé à l'ouest de Tende, est classé par l'arrêté ministériel du 22 avril 1969, améliorant les dispositions de sauvegarde du site des célèbres gravures et inscriptions préhistoriques.

Il était temps, car le site était déjà largement profané par d'irresponsables graffiti contemporains...

 

1969 - Le Parc national de la Vanoise déjà attaqué

 

Le Parc national de la Vanoise est créé depuis si peu de temps, que déjà les appétits des promoteurs se nourrissent de projets de stations de ski qui entraîneraient d'importantes modifications des limites du Parc.

 

Ces errements susciteront, non seulement dans la plupart des Organismes de tourisme et de protection de la nature, mais également dans les milieux de l'alpinisme et du ski, la plus vive émotion.

 

Le Club Alpin prendra rapidement position dans l'unanimité de son Assemblée générale de 1969 en émettant un ensemble de v½ux :

 

<  Demandant qu'il ne soit porté nulle atteinte aux parcs nationaux existants, créés pour préserver la santé physique et morale de la nation, et que soient respectées par avance les zones où des Parcs nationaux ou régionaux sont en étude et en projet.

<  Rappelant ainsi la nécessité de conserver aux générations futures la libre disposition de vastes territoires débarrassés de mécanisation bruyante pouvant servir de terrains de jeux et de lieux de contemplation et de méditation pour une jeunesse lassée d'une urbanisation excessive.

<  Estimant qu'il faut établir de la façon la plus générale un équilibre entre les zones équipées ( et à équiper ) et de très vastes espaces libres à conserver afin de garder à la montagne son caractère.

<  Demandant que les pouvoirs publics considèrent l'équipement de la montagne française dans le respect de ses plus beaux décors qui constituent en même temps sa véritable valeur attractive et qu'ils encadrent son développement dans la considération d'une volonté civilisatrice et le souci véritable du bonheur de l'homme.

 

Cet ensemble de v½ux sera adressé au président de la République, au premier ministre et aux ministres compétents.

 

En publiant immédiatement le texte dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1969, le Club Alpin montre qu'il a retenu la leçon :

« Ne plus rester entre décideurs, mais - pour les sujets essentiels - convoquer l'ensemble de ses adhérents ».

 

Finalement un accord sera trouvé en 1971, le Parc étant contraint d'accepter l'équipement modéré du glacier de Chavière, en contrepartie de son avenir économique...

 

Les aménagements du Parc de la Vanoise

 

Le Parc de la Vanoise a aménagé cinq sentiers-balcons en Maurienne et en Tarentaise et plusieurs sentiers vers les principaux cols, il construit onze refuges venant considérablement améliorer les capacités d'accueil déjà proposées par le Club Alpin avec ses refuges du Mont Pourri, du Col de la Vanoise, de Péclet-Polset, de la Dent Parrachée et du Carro.

 

Le parc constate la croissance des hardes de chamois et réadapte le bouquetin, une renaissance après les heures sombres de la guerre et de l'après-guerre durant lesquelles les chamois avaient été anéantis, en allant pour certains, jusqu'à utiliser des armes de guerre automatiques...

 

1969 - Un Parc régional des Volcans d'Auvergne

 

Dans l'engouement qui a suivi la création de Parc de la Vanoise, c'est directement l'administration, sous la signature de son chargé de mission Jean Pierre Marty, qui intervient dans la revue La Montagne & Alpinisme d'octobre 1969 pour promouvoir « Le Parc Naturel Régional des Volcans d'Auvergne ».

 

1969 - Pour le Parc national des Écrins

 

Lucien Devies met tout le poids du Club Alpin et de la FFM pour forcer une décision, en signant comme président des deux structures, l'article « Pour le Parc National des Écrins » dans la revue La Montagne & Alpinisme de décembre 1969.

 

« Avec un joyau qui serait constitué par le massif des Écrins et par ses prolongements méridionaux, il offre la gamme la plus complète des paysages de montagne. Il est le seul ( avec le versant français de la chaîne du Mont Blanc ) à présenter des sites rocheux et glaciaires de premier ordre, comparables à ceux des grands massifs suisses. C'est le massif le plus sauvage et le plus original des Alpes ».

 

Le projet sera longtemps celui d'un Parc du Pelvoux ou du Haut Dauphiné des noms qui ne faisaient pas l'unanimité, pour ce Parc qui sera beaucoup son ½uvre, parcourant les vallées, il a su persuader les autochtones et convaincre les décideurs, sûr de l'appui des montagnards et des Clubs, sûr de sa légitimité, il pourra écrire :

 

« J'ai pensé qu'il fallait un titre de lumière, celui du plus haut sommet, vive le Parc National des Écrins »...

 

1969 - la Grande Traversée des Alpes Françaises

 

En 1968, la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale ( DATAR ) charge le Club Alpin Français d'étudier un itinéraire joignant la Méditerranée au lac Léman et parcourable en hiver comme en été.

 

Au terme de l'étude conduite principalement par Philippe Lamour et Lucien Devies, il est créée en 1971 l'Association pour la « Grande Traversée des Alpes Françaises » ( GTA ), elle réunit les collectivités départementales et communales et les Associations touristiques et sportives : CAF - FFM - FFS - TCF - CNSGR.

 

Un séminaire est tenu à Chamrousse en décembre 1969, un groupe de travail comprenant le Club Alpin, la FFM et la FFS est chargé de la mise en ½uvre.

 

C'est une opération d'animation, d'initiative économique et de rénovation rurale des hautes vallées encore délaissées, tout en protégeant leur caractère.

 

Parmi les éléments retenus figurent l'équipement des étapes par des refuges et gîtes d'étape pour la randonnée d'été et d'hiver, le balisage discret des itinéraires, l'amélioration de la cartographie par l'IGN, la promotion et l'animation.

 

Son rôle principal est de « provoquer la construction de refuges en montagne et de gîtes au village, le long de la ligne idéale des itinéraires principaux ». Dès 1974, elle entreprendra de compléter les itinéraires principaux par des itinéraires circulaires autour des lieux de séjour, entendant ainsi renforcer non seulement son ½uvre de développement touristique, mais aussi son ½uvre de rénovation rurale...

 

1971 - Pour un Parc national du Mercantour

 

C'est encore le Club Alpin qui est à l'origine d'un projet de « Parc national du Mercantour », seul moyen de préserver ce magnifique massif.

 

Déjà depuis 1947, une Réserve naturelle d'intérêt national pour la sauvegarde de la faune sauvage est constituée à l'initiative du Conservateur des Eaux et Forêts, Alfred Dugelay, domaine étendu en 1953 et 1959, elle englobe les hauts terroirs de la Tinée, du Valdeblore, de la Vésubie et de la Roya.

 

Une étude est demandée par la Section des Alpes Maritimes qui à créée l'Association des Amis du Parc national du Mercantour et une présentation paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1971 « Pourquoi un Parc national du Mercantour ? » par Vincent Paschetta et Albert Viborel.

 

Ce projet pourrait se jumeler avec le Parc italien de Valdieri mitoyen en préparation...

 

1972 - Aménagement et Protection de la Montagne

 

Dans un article sans concession Philippe Lamour se livre à une diatribe contre les excès des plans neige « Aménagement et protection de la Montagne » dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1972.

 

« À la nuisance des routes et des engins indiscrets enlaidissant la montagne, ces agglomérations créées de toutes pièces ajoutèrent la pire des pollutions : la pollution architecturale ».

« Quiconque a connu jadis le Val Claret, et peut, à présent y contempler les affligeantes constructions indignes comprendra l'inquiétude et l'indignation de tous les amis de la montagne ».

 

À ces équipements brutaux, il plaide pour un développement doux des villages anciens par l'essor de l'activité touristique venant s'ajouter à la pratique agricole qui ne suffisait plus à assurer les ressources nécessaires aux habitants.

 

Philippe Lamour, qui ne signe pas cet article en précisant sa qualité, était président de la Commission Nationale d'Aménagement du Territoire...

 

C'est une réaction aux plans neige qui ont implantés en altitude des stations de skis intégrées depuis 1962.

 

 Cela avait été le bétonnage de l'espace alpin, au nom de l'essor économique, avec quelques réussites parmi de nombreux hiatus.

 

La réaction à ces disproportions sera - dès 1975 - les propositions de stations villages authentiques de moyenne altitude avec habitats traditionnels : chalets de bois, toitures en bois en ardoise ou en lauzes avec des espaces naturels préservés...

 

1972 - Les Calanques de Marseille

 

Le Club Alpin commence à mobiliser pour les Calanques de Marseille-Cassis avec un article générique de 1972, présenté par Paul Rouaix, président du Comité de Défense des Sites Naturelles ( COSINA ).

 

Il est déjà évoqué l'idée d'un Parc national des Calanque...

 

Il faudra encore se démener pendant 42 ans pour obtenir gain de cause...

 

1972 - SOS Vosges         

 

Si le COSIROC a été une première initiative regroupant plusieurs organisations dans le but de préservation des sites naturels, l'Association SOS Vosges sera à l'origine d'une démarche essentielle qui va bouleverser les façons de s'organiser. 

 

Claude Eckhart, président de la Section du Haut Rhin du Club Alpin, publie un article - SOS Vosges - dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1972 : « Au début de l'année 1972, quelques personnes qui avaient en vain élevé la voix par le passé pour la protection des sites vosgiens décidaient d'unir leurs efforts et créaient en Alsace le mouvement "SOS Vosges".

 

Une campagne de presse était lancée, pour l'information du public et pour inviter les responsables des associations intéressées par la protection des Vosges à adhérer au mouvement. Les réponses affluèrent au-delà de toute prévision ; le nombre d'adhésions s'est rapidement élevé à près d'une centaine de groupements représentant plus de 100 000 membres, sans compter les habitants des communes ayant adhéré, ni les innombrables lettres de particuliers apportant leur soutien.

 

La campagne "SOS Vosges" a donc, comme premier résultat, démontré que les couches les plus larges et les plus diverses de la population réclament en fait un nouveau type de tourisme, désirant pouvoir s'évader des paysages et engins caractérisant la vie citadine, et se replonger dans une nature vraie ».

 

Aussitôt l'adhésion importante de la population va venir interpeller les responsables politiques de la région et certaines réclamations des associations pourront enfin être entendues.

 

C'était la démonstration qu'une large partie de la population était maintenant concernée par son environnement, que cet engouement pouvait venir renforcer les efforts de nos Organisations et qu'il ne fallait plus rester dans les confidences des dossiers et des cabinets, mais s'appuyer sur les forces vives constituées par nos adhérents partout en France...

 

1972 - Une Commission de protection de la nature et de la montagne

 

Une « Commission de protection de la nature et de la montagne » est instaurée par le Comité directeur du Club Alpin, mais précise Eckhart « Elle consiste en fait en une liste de quelques correspondants agréés par son président, Lucien Devies, et se limitait à d'épisodiques échanges épistolaires quand le besoin s'en faisait sentir ».

 

Elle comprend notamment Lucien Devies, Claude Eckhart, Philippe Lamour, Samivel et Philippe Traynard.

 

« Ce n'est qu'en marge de l'Assemblée générale du 20 avril 1974 à Grenoble qu'eût lieu une petite réunion, essentiellement axée sur les informations délivrées par son président. Mais cela permit aux membres de la commission de se connaître... »

 

L'article « Le Club Alpin et la protection de la montagne » signé par Lucien Devies dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1974 pour le centenaire du club, montre bien que des réticences existaient encore à cet appel au plus grand nombre, à la mobilisation des adhérents et des sympathisants...

 

Lucien Devies a toujours pensé que la façon de faire la plus efficace était un contact direct avec les cabinets ministériels - entre initiés - pour convaincre du bien fondé de l'action ou de la proposition...

 

Il restait un obstacle culturel et probablement générationnel à franchir...

 

1973 - Le Parc national des Écrins

 

Arrive une très bonne nouvelle à un moment difficile pour Lucien Devies, la création du « Parc national des Écrins » par le décret du 27 mars 1973.

 

Ce Parc est beaucoup le résultat de ses actions, parcourant monts et vallées pour porter la proposition, s'appuyant sur les acquis de 1914, 1924 et 1928, il avait su persuader les autochtones, convaincre les décideurs, trouver l'appui des montagnards et des Associations...

 

Il était aussi - ne l'oublions pas - un des principaux acteurs des grandes ascensions de référence du massif des Écrins, réalisées dans les années 1930 et le co-auteur du guide de base décrivant les ascensions du massif des Écrins.

 

Un article de présentation « Le parc national des Écrins » paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1974, signé par Louis Arnoux qui sera le premier représentant du Club Alpin au Conseil d'administration du Parc national des Écrins.

Dans le Parc National des Écrins, depuis le col du Chardonnet

 

1975 - Le Comité de publication de la revue La Montagne & Alpinisme

 

Un comité de publication de la revue La Montagne & Alpinisme - profondément rajeuni - est réuni et un nouveau directeur-délégué de la publication est désigné, il signe un premier éditorial : Évolution...

 

La plus notoire des évolutions éditoriales sera une chronique touchant à la protection de la montagne qui cherchera à faire partager aux lecteurs des idées pour l'avenir de la montagne, en oubliant un peu les actions du Club Alpin depuis le début du siècle...

 

Il y avait une volonté du directeur-délégué de quitter une ligne éditoriale pluridisciplinaire et consensuelle, pour aller vers une tribune agitatrice d'idées...

 

Un article assez provocateur de Michel Ballerini « Le Grand Cirque » servira d'élément déclencheur.

 

Un courrier des lecteurs - partant dans toutes les directions - apportera une agitation épistolaire assez confuse.

 

Le directeur-délégué se risquait à vouloir définir une doctrine en matière d'environnement et de protection de la montagne qui sont normalement le domaine des instances élus de l'association...

 

Si les critiques vers la moto verte et les déposes hélicoptères pouvaient facilement trouver un consensus, d'autres touchant directement le Club Alpin auraient mérité une nécessaire concertation...

 

Quelques points d'achoppement

 

Voici quelques propositions qui circulaient en ce temps-là...

 

<  Supprimer le balisage des sentiers pour garder la part d'aventure ; sans être conscients des ravages du piétinement et de la dispersion des traces... ; en oubliant qu'avec le balisage l'espace alpin pouvait être mieux protégé, les randonneurs pouvaient être mieux gardés sur des itinéraires signalés...

 

<  Rendre de l'austérité et du spartiate aux refuges ; en oubliant les règles de bonne gestion et la demande des usagers ; en oubliant que les gardiens de refuge devaient pouvoir vivre de leur travail.

 

<  Supprimer les guides itinéraires, pour retrouver l'aventure, en oubliant la longue démarche des associations pour ouvrir l'information aux excursionnistes et aux alpinistes ; pour rendre les adhérents autonomes et responsables.

 

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1975 - La grande bouffe

 

Au printemps 1975, une information stupéfiante fut diffusée par le Comité de liaison des Sections de Savoie et Haute-Savoie.

 

Le 23 Juin 1975, une opération promotionnelle, avec le soutien financier d'une marque d'alcool, projetait d'organiser un grand banquet au sommet du Mont-Blanc offert à la promotion sortante de l'école Polytechnique.

 

Mobilier, mets, boissons, serveurs et convives devant bien sûr être transportés à 4807m par une noria d'hélicoptères. Le Maire de Chamonix, Maurice Herzog, apportait son accord et comptait participer à l'opération.

 

L'émotion fut vive et la polémique qui en résulta à la taille de l'énormité de ce projet scandaleux, aussitôt baptisé « La Grande Bouffe » par allusion cinématographique.

 

Une manifestation de protestation est organisée sur le terrain, mais les conditions météorologiques viendront interdire mieux que toute mesure réglementaire la tenue de la mascarade héliportée projetée.

 

Deux effets bénéfiques 

 

Le projet inconsidéré eut deux effets bénéfiques :

 

<  D'une part de démontrer la nécessité pour le Club Alpin de définir et adopter formellement ses principes en matière d'aménagement de la montagne.

 

<  D'autre part d'identifier, grâce à ceux qui avaient réagi à cette occasion, des personnes assez motivées et susceptibles de s'engager dans les opérations de sauvegarde du milieu naturel, un domaine jusque-là géré directement par la cellule dirigeante du Club Alpin...

 

Ce petit groupe va pouvoir proposer une refondation de la « Commission de Protection de la Montagne » qui viendra se substituer à la très fermée structure précédente, immobilisée par le départ de son président démissionnaire... 

 

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La préservation des Calanques

 

Depuis longtemps les Associations - dont le Club Alpin - d'abord isolements puis réunies dans le « Comité de Défense des Sites Naturelles » ( COSINA ), étaient mobilisées pour la préservation des Calanques de Marseille-Cassis.

 

Déjà, l'inscription à l'Inventaire des Sites avait été obtenue, suite à une initiative des Excursionnistes marseillais, par le décret du 24 novembre 1959, mais malgré cette première sauvegarde de nombreux projets d'équipement existaient...

 

L'action des associations conduira au classement le 29 août 1975 de ce « site naturel remarquable dont le caractère appelle, au nom de l'intérêt général, la conservation en l'état et la préservation de toutes atteintes graves ».

 

C'est un nouveau jalon vers le Parc national des Calanques, mais le chemin sera encore très long...

 

1976 - La chartre des Alpages et des Glaciers

 

L'Assemblée générale du Club Alpin réunit à Thonon-les-Bains le 11 avril 1976 adopte une « Chartre des Alpages et des Glaciers », élaborée à l'initiative de Pierre Schoendoerfer et de Charles-Noël Berrehouc ; un document de référence qui est présenté par les Sections des Alpes du nord et qui guidera les actions de l'association.

 

C'est une feuille de route tout à fait claire et partagée par l'Assemblée générale du Club Alpin qui est publiée dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1976...

 

C'est un projet d'action pour la sauvegarde de l'espace montagnard.

 

La chartre rappelle les menaces sur le milieu : L'urbanisation aux différents niveaux d'altitude, les routes, la prolifération des remontées mécaniques, la navigation aérienne à moteur, les engins tout-terrain, les refuges en haute altitude, les comportements des usagers...

 

Elle dénonce les dangers : Menaces sur la vie biologique, menaces d'ordre esthétique et culturel, menaces sur les silences de la haute altitude...

 

Les démarches résultant de la Chartre des Alpages et des Glaciers seront conduites par une « Commission de protection de la montagne » remaniée et beaucoup plus collégiale, issue de l'Assemblée générale de Thonon avec Pierre Schoendoerfer, membre du Comité directeur du Club Alpin, Charles-Noël Berrehouc, Claude Eckhart et André Etchelecou.

 

Ce qui était du ressort de quelques responsables avertis devient la préoccupation de tous...

 

1977 - Une nouvelle Commission de protection de la montagne

 

Dès 1977, la « Commission nationale de protection de la montagne » ( CNPM ) recomposée va s'orienter vers une façon de faire très différente de la restreinte et confidentielle organisation précédente, marquée par les actions d'un dirigeant inspiré...

 

Sous l'impulsion les Comités de liaison des Sections de l'Isère, de la Savoie et de la Haute-Savoie, la Commission va s'engager dans la création « de petites structures régionales opérationnelles capables d'étudier sur place les problèmes et les situations. Les responsables locaux, très informés des réalités de leur région, sont le plus capable de mener des concertations avec les élus de façon à faire infléchir dans un sens favorable les décisions à prendre.

En cas d'échec de ces concertations, il reste possible dans certains cas d'envisager des manifestations plus démonstratives ».

 

Après l'agitation des deux dernières années ( Voir le dossier : Le Club Alpin de 1975 à 1994 ), l'apaisement est recherché en prenant soin de rester dans les réalités du terrain :

 

« Toute action dans ce domaine doit tenir compte des habitants eux-mêmes. Si les citadins vont en montagne une fois par semaine pour leur plaisir, les habitants y résident, eux, en permanence et leur présence est indispensable à la survie du milieu ».

 

La commission est conduite par Pierre Schoendoerfer, président ; Claude Eckhart, Jacques Escarra, André Etchelecou et Charles-Noël Berrehouc, secrétaire général ; elle comprend 25 délégués régionaux.

 

Le Club Alpin va accentuer ses efforts dans le secteur qu'il maîtrise entièrement : ses refuges en prenant la mesure des perfectionnements nécessaires dans le traitement des détritus et des eaux usées.

 

La Commission va s'engager sur les autres gros dossiers du moment : les déposes par hélicoptères, les motos trial, le Parc du Mercantour et la Réserve naturelle du Néouvielle.

 

Un difficile consensus à trouver

 

L'instance dirigeante du Club Alpin est à la recherche d'un difficile consensus en matière d'environnement :

 

« Pour agir efficacement, il faut être correctement informé et, pour cela, établir et maintenir le contact avec les élus locaux et la population, se tenir au courant de la réglementation, détecter et étudier les projets d'aménagement et pouvoir déterminer, en liaison si possible avec la commission scientifique, leur impact sur l'équilibre de la montagne. Il faut aussi savoir au bénéfice de qui la montagne doit être protégée. S'agit-il des nombreux vacanciers qui envahissent sentiers et alpages, des détenteurs de résidence secondaire qui voient d'un mauvais ½il les nouveaux arrivants, des "purs" qui n'admettent que la solitude des bivouacs perdus, des gens des hautes vallées qui vivent ou survivent là-haut tout au long de l'année, des cafistes d'en bas qui montent le samedi et le dimanche en direction des sommets?

En fait la protection de la montagne doit être une ½uvre commune où il convient d'éviter les jugements définitifs et les positions immuables. Pour la mener à bien, il importe de se tenir à l'écoute, de réfléchir, de se concerter et de s'associer, de savoir dans l'action se montrer tantôt tolérant, tantôt ferme, avec le seul souci d'atteindre le but recherché ».

 

Un article « Protection de la montagne » de Charles Avocat dans la revue La Montagne & Alpinisme n°4/1977 exposera avec pertinence l'étendue du sujet...

 

1977 - La Directive Montagne

 

Les principes portés par la « Charte des Alpages et Glaciers » seront présentés aux responsables gouvernementaux et viendront s'ajouter aux réclamations des autres Associations de sauvegarde de la nature.

 

Discours à Vallouise de Valery Giscard d'Estaing, président de la République, en août 1977. Il se prononce clairement en faveur d'un développement fondé sur le respect et la protection de la montagne.

 

Le 22 novembre 1977, un décret appelé « Directive Montagne » concrétise certaines mesures, en introduisant la notion d'Unités Touristiques Nouvelles ( UTN ), en fixant un nombre limité de sites de déposes touristiques en altitude à l'aide d'un hélicoptère ou d'un avion pour les trois ans à venir, avant une interdiction totale.

 

1978 - Des mesures pour les refuges 

 

Certaines remarques fondées vont pousser notre instance à plus d'attention en ce qui concerne ses refuges. 

 

Les refuges sont des points obligés de rencontre des pratiquants de la montagne, ils concentrent de multiples problèmes liés à l'environnement. En ce qui le concerne, le Club Alpin va accentuer ses efforts dans ce secteur qu'il maîtrise entièrement avec les améliorations nécessaires dans le traitement des détritus et des eaux usées et la recherche du meilleur procédé d'assainissement en altitude.

 

Des efforts importants sont demandés à la Commission des travaux en montagne, aux gestionnaires des refuges et aux pratiquants ; une assistance des Services du ministère de l'Environnement sera sollicitée et obtenue...

 

Principales actions :

 

<  Adaptation des refuges aux exigences nouvelles.

<  Distribution de sacs plastiques pour que les usagers redescendent leurs déchets dans les vallées.

<  Recommandations publiées dans la revue à destination des adhérents.

<  Commande d'une affiche de grande diffusion au dessinateur-écrivain Samivel : Gardez-la intacte. Son financement sera obtenu grâce au concours financier d'une agence de l'État.

 

Et ce sera l'occasion  pour le Club Alpin de préciser sa politique :

 

<  Pour les équipements existants, adaptation aux normes de sécurité.

<  Pour les projets nouveaux, la nécessité de maintenir en l'état de nature certaines zones montagneuses est réaffirmée, et la question de la capacité écologique d'accueil de nouveaux sites éventuels devra être posée.

 

1979 - L'interdiction du ski héliporté

 

En avril 1979, Valery Giscard d'Estaing, président de la République, se fait déposer en hélicoptère au sommet du Buet dans le massif du Giffre, face au Mont Blanc, qui n'est pas l'un des points autorisés par le décret de 1977 de la Directive Montagne. Ce sommet est situé dans une Réserve naturelle, où comble de déveine il y croise, peluches aux skis, le président de la Section du Faucigny du Club Alpin.


La Commission chargée de la protection de la montagne du Club Alpin va réussir à soulever un tollé considérable, certes facilité par l'attrait pour les journalistes d'un si beau faux-pas : le président pris en flagrant délit!

« Nous avons exploité à fond ( ce faux-pas ) par des lettres ouvertes ce qui conduisit ( le président Giscard d'Estaing ) à donner des consignes très strictes à son ministre : l'interdiction totale devait entrer en vigueur comme prévu et, qu'il ne voulait plus entendre parler de cette question...»

 

1979 - Le Parc national du Mercantour

 

C'est d'abord en 1947, une Réserve d'intérêt national du Mercantour qui voit le jour dans les Alpes-Maritimes pour la préservation de la faune sauvage, avec extension en 1953 et 1959, englobant les hauts terroirs de la Tinée, du Valdeblore, de la Vésubie et de la Roya.

 

Le Club Alpins fera le projet de « Parc national du Mercantour », seul moyen de préserver ce magnifique massif.

 

C'est une Réserve nationale de chasse qui est décidée en 1974.

 

Mais les réticences de populations locales, trompées par la propagande des promoteurs, vont rendre les discutions difficiles et prolongées.

 

L'enquête publique est achevée le 28 août 1978.

 

La Commission de protection de la montagne du Club Alpin va beaucoup s'investir pour conserver au projet sa pertinence : « Un Parc national d'un seul tenant sans risque de la dislocation en plusieurs noyaux séparés ».

 

Un article présentant « Le projet du Parc national du Mercantour », signé par Henri Figielssy est publié dans la revue La Montagne & Alpinisme n°1/1979.

 

Le décret du 18 août 1979 rendra officiel la création du Parc national du Mercantour, plaçant ces zones fabuleuses hors de portée des aménageurs, malgré les équivoques « concernant une délimitation en doigts de gant »...

 

1979 - La Réserve naturelle du Néouvielle

 

La première protection du Néouvielle date de 1936, une réserve constituée majoritairement de forêts de pins et de nombreux lacs. Les lacs d'Aubert, d'Aumar, de Cap-de-long, d'Orédon et de l'Oule sont des retenues créées à la fin du XIXe siècle pour alimenter les centrales hydroélectriques de Pragnères et de Saint-Lary-Soulan.

 

Une Réserve naturelle est créée par un arrêté ministériel du 8 mai 1968, elle va connaître des difficultés, car une route entrait dans les projets des autorités locales des Hautes-Pyrénées et devait traverser entièrement la réserve.

 

La Commission de protection de la montagne ( CNPM ) du Club Alpin va beaucoup intervenir en liaison avec la « Société Nationale de Protection de la Nature ». La CNPM demandait que la route déjà construite jusqu'aux lacs de d'Auber et d'Aumar soit interdite à la circulation et souhaitait une extension de la Réserve naturelle.

 

Les propositions de la CNPM ne seront pas prises en compte ; finalement, il ne sera obtenu que l'arrêt de la route touristique aux lacs de d'Auber et d'Aumar. L'extension demandée sera refusée, mais plus tard le Parc nationale des Pyrénées viendra côtoyer la précieuse réserve...

 

Un dossier documenté est préparé par la CNPM en vue d'introduire un recours juridique devant le tribunal administratif des Hautes-Pyrénées.

 

Le recours sera abandonné à l'initiative du président du Club Alpin pour des raisons de politique générale de l'association, qui seront mal comprises par la Commission.

 

Les attaques frontales contre l'Administration ne seront jamais les méthodes favorites du Club Alpin...

 

1982 - La Déclaration de Kathmandu

 

Dès 1978, Claude Eckhart est le délégué français à la Commission de protection de la montagne de l'Union Internationale des Associations d'Alpinisme ( UIAA ), son expérience au niveau régional et national et sa connaissance de l'allemand et de l'anglais seront précieuses.

 

Il sera proposé « l'étude de dossiers d'intérêt global et pouvant déboucher soit sur une action concertée auprès des gouvernants des divers pays de montagne, soit sur des recommandations à tous les alpinistes, par le canal de leurs fédérations nationales ».

 

Un travail d'assez longue haleine aboutira à un dossier et, à partir de celui-ci, à la déclaration solennelle de Kathmandu, lors de l'Assemblée générale du 13 octobre 1982.

 

La proclamation dans sa version française est publiée dans la revue La Montagne & Alpinisme n°4/1982.

 

La Déclaration, sous la forme de dix articles, « présente la caractéristique remarquable d'avoir été élaborée et adoptée par les représentants de vingt-six pays ».

 

Elle souligne l'intention des pays organisateurs d'expéditions « de ne plus exporter la bonne façon de faire pour rechercher en commun, à partir de l'expérience du terrain, une façon de faire appropriée ».

 

La proclamation porte notamment sur :

 

<  La protection de l'environnement et des paysages des régions de montagne.

<  La protection de la flore, la faune et les ressources naturelles.

<  L'affirmation que l'héritage culturel et la dignité des populations locales sont inviolables.

<  L'encouragement aux contacts entre montagnards de régions et de pays différents.

<  L'utilisation de technologies appropriées aux besoins d'énergie et le rejet de déchets de tous ordres.

<  Le souci de la conservation de l'environnement du point de vue de l'écologie.

 

La loi montagne en gestation

 

Une loi montagne est en gestation, le Club Alpin a voulu apporter une contribution aux discussions préparatoires, sous la forme d'un dossier diffusé à tous ceux qui interviennent dans le débat parlementaire, un document rédigé par Jacques Manesse et approuvé par l'instance dirigeante du Club Alpin dont les éléments les plus marquants sont présentés dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1983.

 

1983 - Le Parc de la Vanoise a 20 ans

 

La revue publie un article rappelant la création, il y a vingt ans du Parc national de la Vanoise. Elle omet curieusement de citer l'initiative capitale et précurseur de nos collègues lyonnais, ils ont été des acteurs essentiels à l'origine de cette aventure...

 

C'est l'occasion de revenir sur ces circonstances :

 

« En 1956, le Club Alpin estimant que la protection du bouquetin ainsi que des autres spécimens de la faune alpine entre bien dans le rôle qu'il s'est assigné, décide de constituer un Comité d'études pour la création d'un Parc national de Savoie ».

En 1956, le Comité d'étude pour la création du Parc est créé.

Il est animé par Georges Descours - président de Club Alpin de 1951 à 1954 - qui a été le promoteur du projet, dans la prolongation de l'implication de la Section lyonnaise du Club Alpin pour la Haute Maurienne. Le comité est constitué avec la participation de l'Association des Chasseurs de Montagne, de la Société d'Histoire Naturelle de Savoie et de plusieurs personnalités compétentes...

Un article de référence paraît dans La Montagne & Alpinisme de juin 1956 « La protection de Bouquetin dans le parc national de Savoie » sous la plume de Marcel Couturier, l'éminent spécialiste et chasseur assidu...

 

Ce n'est que sept ans plus tard que le courant d'opinion entretenu par le Club Alpin et la prise de conscience des autorités conduiront - le nom du parc ayant évolué - à la création du « Parc national de la Vanoise », le », le 6 juillet 1963 ( voir le dossier : Le Club Alpin de 1940 à 1974 ).

 

1983 - La Montagne Sainte-Victoire protégée

 

Bien tardivement, la Montagne Sainte-Victoire rendue célèbre par les ½uvres de Paul Cézanne obtient un classement par l'État au titre de Site naturel protégé par le décret du 15 septembre 1983. Une zone de protection insuffisante de la Montagne Sainte-Victoire existait depuis 1966.

 

La pression du marché foncier rendait la décision urgente, les vives oppositions des propriétaires et des maires des Communes concernés avaient longtemps retardé la mise hors d'atteinte des aménageurs de ce joyau provençal...

 

Le périmètre intéresse les versants nord et sud de la montagne, le plateau du Cengle et l'épaulement ouest jusqu'à Bibemus...

 

1985 - La loi montagne

 

Après de nombreux travaux préparatoires et de nombreuses discutions, la Loi du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne - dite « loi Montagne » - est votée encadrant la gestion des territoires de montagne.

 

Les finalités de la politique de la montagne sont évoquées dans son premier article concernant « la protection des équilibres biologiques et écologiques, la préservation des sites et paysages, la réhabilitation du bâti existant et la promotion du patrimoine culturel ».

 

Des « Comités de massifs » constituent, avec un « Conseil national », les institutions spécifiques à la montagne.

 

À côté d'une majorité d'élus des collectivités territoriales, y siégeront des représentants des établissements consulaires, des Parcs nationaux et régionaux, des organisations socioprofessionnelles et des « associations concernées par le développement, l'aménagement et la protection du massif ».

 

1987 - Création de Mountain Wilderness

 

Création d'une société internationale ayant pour objectif la sauvegarde de la montagne, sous tous ses aspects.

 La Section française de « Mountain Wilderness » viendra heureusement renforcer les actions des structures existantes dont celles de la Commission de protection de la montagne du Club Alpin.

 

1989 - La vallée de la Clarée

 

La vallée de la Clarée étant menacée par un projet de route à grand trafic, un collectif de défense de la vallée est créé, un classement de la vallée de la Clarée et de la vallée Étroite est soutenu par les autorités préfectorales et les maires des communes de la haute vallée.

 

1991 - Pour un Parc international du Mont Blanc

 

Afin d'assurer la sauvegarde du massif du Mont Blanc, les Sociétés de protection de la montagne et le Club Alpin par sa Commission compétente se sont regroupés au sein d'une structure représentative le « Comité International des Associations pour la Protection du Mont Blanc » ( CIAPM ) qui a engagé une démarche en vue de l'établissement du « Parc international du Mont Blanc ».

 

Les responsables gouvernementaux chargés de l'environnement se sont réunis le 25 octobre 1991, avec des vues encore très différentes sur la future entité...

 

1991 - La Réserve naturelle de Carlaveyron

 

La « Réserve naturelle de Carlaveyron » sur la commune des Houches est créée par le décret le 5 mars 1991, un long combat des Sociétés de sauvegarde et du Club Alpin par sa Commission de protection de la montagne.

Un classement obtenu en compensation d'un équipement en vallée de Chamonix...

 

1991 - La Réserve naturelle des hauts de Villaroger

 

La « Réserve naturelle des hauts de Villaroger » est créée par le décret 2 février 1991.

 

1993 - Une loi sur la protection et la mise en valeur des paysages

 

Une loi portant sur la préservation et la mise en valeur des paysages est publié le 9 janvier 1993 :

 

« Les paysages français constituent un patrimoine commun, dont la dégradation est perçue par chacun comme une perte d'identité culturelle, comme une atteinte à son environnement immédiat, et qu'il est de la responsabilité de l'État, des communes et de l'ensemble des collectivités territoriales de participer à la protection et à la mise en valeur des paysages ».

 

La loi permet tout d'abord à l'État, sur des territoires ordinaires, c'est-à-dire non protégés par des dispositions spécifiques ( réserve naturelle, site classé ou inscrit, périmètre de protection d'un monument historique... ), mais remarquables par leur intérêt paysager et délimités en concertation avec les collectivités territoriales, « de définir des directives de protection et de mise en valeur des paysages qui déterminent les orientations et les principes fondamentaux de protection applicables à ces territoires ».

 

1993 - Les Parcs nationaux

 

Rappelons que le Club Alpin Français a été à l'origine de la création des Parcs nationaux de France...

 

En l'année anniversaire marquant les trente ans de la création du premier Parc national - celui de la Vanoise -  un bilan portant sur les différentes réserves de nature existantes est proposé dans la revue La Montagne & Alpinisme n°3/1993, un acquis étendu aux Parc régionaux et aux Réserves naturelles ( voir le paragraphe : 1983 - Le parc de la Vanoise a 20 ans ).

 

1994 - La Chartre montagne

 

En 1976, l'Assemblée générale du Club Alpin réunie à Thonon-les-Bains avait adopté une « Chartre des Alpages et des Glaciers »,  un projet d'action pour la sauvegarde de l'espace montagnard.

 

Presque vingt ans plus tard notre association juge utile une réactualisation de notre engagement dans une « Chartre montagne, pour un développement respectant l'environnement » adoptée par l'Assemblée générale réunie à Lille les 29 et 30 janvier 1994 et publiée dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1994.

 

En plaçant en exergue les menaces sur le milieu, les dangers d'un développement non maîtrisé pour la diversité biologique, pour la beauté des paysages montagnards et pour une forme spécifique de civilisation, la Chartre avance une série de propositions pour une démarche cohérente qui servira de ligne d'action à l'association...

 

En voici le résumé :

 

<  La montagne constitue une richesse naturelle et rare, qu'il convient de protéger.

<  Conservons-lui son statut d'espace de liberté : ce milieu est fragile, ne laissons pas toutes sortes d'aménagements touristiques le dégrader, ne transformons pas la montagne en parc d'attractions artificielles.

<  Respectons aussi le cadre de vie des populations enracinées depuis longtemps et des nouveaux habitants qui ont choisi de s'y investir.

<  Ayons une vision à long terme et conservons pour les générations futures des sites capables de cristalliser les rêves et les émerveillements des hommes. Un développement non maîtrisé met la montagne en danger.

<  Respecter le milieu, c'est aussi protéger la culture et l'architecture traditionnelle.

<  L'environnement montagnard est particulièrement sensible aux pollutions. Seul le transfert sur rail du transport trans-massifs de marchandises évitera la transformation des vallées en couloirs pour poids lourds.

<  En-dehors des voies ouvertes à la circulation, aucun véhicule à moteur n'a sa place dans les espaces naturels.

<  Le refuge favorise l'accès à la montagne, la maîtrise de sa fréquentation et de son impact sur le milieu naturel. Ce n'est pas un hôtel.

<  La haute montagne doit rester un terrain d'aventures où les pratiques sportives s'appuient sur la formation à l'autonomie responsable et non sur un suréquipement systématique.

<  Protéger le milieu montagnard, c'est aussi respecter le principe de la liberté d'accès aux montagnes de manière responsable.

 

 

Suite en préparation

 

CONSULTATION

 

L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

 

CONSULTATION EN LIGNE


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Consultation en ligne de la revue Alpinisme numérisée sur le site du GHM.

Consultation des revues de la FFCAM numérisées en préparation, certains ouvrages sont déjà accessibles sur des sites extérieurs.