FFCAM - Les origines du Club Alpin Français

 

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Un historique du Club Alpin Français - aujourd'hui Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne - est proposé en plusieurs dossiers :

 

- Les origines du Club Alpin Français

- Le Club Alpin Français de 1874 à 1914

- Le Club Alpin Français de 1915 à 1940

- Le Club Alpin Français de 1941 à 1974

- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994

- La Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne de 1995 à nos jours

 

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Les origines du Club Alpin Français

 

Ces textes consacrés aux origines et à la fondation du CLUB ALPIN FRANÇAIS sont empruntés à l'ouvrage : LA SCIENCE AUX SOMMETS « Randonnée initiatique dans les archives du Club Alpin Français » de Jacques MALBOS, ancien président du CAF et de son Comité Scientifique...  

Cet ouvrage sera prochainement dans le domaine public...

Vifs remerciements à l'auteur...

 

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Sommaire :

 

- L'humus et le grain

- Les associations

- La fondation du Club Alpin

- La science caution ou allié naturel ?

- Le temps des défricheurs

- Les publications du Club Alpin, une mémoire en actes

- Un nouvel espace d'aventure

- Des premières associations de montagne

- Une association généraliste

- Des particularités géographiques

- L'Alpine Club

- Pour mémoire

- Insigne et devise du Club Alpin Français

- En forme de conclusion

 

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LA NAISSANCE D'UNE ORGANISATION

 

L'HUMUS ET LE GRAIN


Notre aventure débute en 1874, tout était alors si différent...

 
La création du Club Alpin Français intervient à un moment où la société vit de profonds changements, politiques, sociaux, technologiques...


Le couple charbon/vapeur, puis l'énergie électrique suscitent une véritable « révolution industrielle » tandis que le chemin de fer et la navigation bouleversent l'espace de mobilité...


Les découvertes quittent le laboratoire pour s'accomplir dans les domaines des applications alimentant l'espoir d'un monde meilleur.


Miroir de son époque, Jules Verne, tout au long de ses romans d'aventures, renvoie aux effets attendus des progrès de la science et du talent des ingénieurs, bien que le futur annoncé s'accompagne de quelques réserves...

 

La société n'est pas en reste ; les institutions, la législation, sous la pression des changements en cours, se libéralisent. En 1871 la liberté d'association, longtemps brimée par les pouvoirs en place, entame sa légalisation.

 

Les sociétés culturelles, sportives, politiques prennent rang en tant qu'intervenant au sein de la société civile.

 

LES ASSOCIATIONS


Bref rappel des principales dispositions ou lois qui jalonnent le droit d'association dans la France du XIXème siècle :


1790, l'Assemblée Constituante reconnait aux ressortissants Français le droit de se constituer en associations.

 

La Constitution de 1848 confirme cette disposition qui sera abrogée l'année suivante.


Après une série de flux et de reflux la proposition de loi de 1871 modifie les dispositions législatives restreignant la liberté d'association.


En 1875, le législateur promulgue une série de dispositions qui assouplissent la règlementation du droit d'association.


Entre 1871 et 1901, pas moins de trente-trois projets, contre-projets et rapports sont élaborés et discutés!

 

  • La loi de 1901 clôt enfin le débat. Elle définit et consacre le statut des associations et constitue le cadre de référence commun à toute législation concernant le droit ou l'organisation des associations en France.

 

LA FONDATION DU CLUB ALPIN


La création du Club Alpin Français s'inscrit dans cette mouvance mais aussi dans le contexte d'une société traumatisée par la défaite de 1870 et les événements de la Commune :


« La fondation du Club Alpin Français, ébauchée en 1870, par MM. de Billy, Adolphe Joanne, Hubert Waffier (...), abandonnée après le désastre de la guerre, fut vigoureusement reprise en 1874 par les mêmes personnes assistées de M.M Abel Lemercier, Cézanne, Albert Millot, et d'un noyau d'adhérents dévoués (...). A la fin de mars, les statuts furent adoptés dans une réunion nombreuse qui élut comme membres de la Direction Centrale M.M de Billy, Cézanne, Daubrée, Joanne, Lemercier, Lequeutre, Maunoir ( Secrétaire général de la Société de Géographie ), Millot, Puiseux, Templier, marquis de Turenne, Viollet-le-Duc » ( Annuaire de 1874 - Chronique du CAF ).


Constituée de personnalités issues de la Haute Administration, ou de la Société Civile, la Direction du Club Alpin mise sur les vertus rédemptrices de la montagne et de l'alpinisme pour contribuer à surmonter les séquelles de la défaite de 1870 et faire face aux épreuves à venir.


Abel Lemercier protagoniste puis secrétaire général du tout nouveau Club Alpin évoque les effets attendus du développement des sports de montagne :


« Le sport des excursions de montagne n'est plus une spécialité anglaise ; les voyages en zigzag, les caravanes scolaires prennent faveur, se multiplieront et porteront leurs fruits : la santé, la vigueur, l'énergie, la science et ses richesses se trouvent dans la montagne ; les querelles de toutes sortes, politiques ou religieuses, se rapetissent et s'éteignent pour ceux qui se rapprochent des hautes cimes (...) » ( Annuaire -1874 ).


Dans la logique de cet engagement, la Direction Centrale, se référant à la vocation sportive, culturelle et civique de l'association, sollicite la reconnaissance « d'établissement d'utilité publique ».
Déception, l'agrément est différé : « l'autorité reconnait l'utilité du but, elle ne nous reproche que la date récente de notre naissance ».


 En 1880, « Le Club Alpin croit avoir assez fait pour être reconnu comme établissement d'utilité publique, et tout semble nous annoncer que sa demande à cet égard sera favorablement accueillie » ( Annuaire de 1880 ).

 

 Ce sera chose faite « par décret en date du 31 Mars 1882 » ( Bulletin d'Avril 1882 ).

 

LA SCIENCE CAUTION OU ALLIÉ NATUREL ?


En cette fin du 19ème siècle, l'alpinisme n'a pas encore conquis ses lettres de noblesse ; il faudra attendre les grandes premières pour qu'il devienne une discipline instituée... Aussi les ascensionnistes, devaient-ils justifier l'étrange passion qui les conduisait à gravir des sommets.


La vocation scientifique présente un double avantage, celui d'être caution au regard de la société et de satisfaire la curiosité de l'homme cultivé. L'image du savant bardé d'instruments fait partie de l'iconographie des débuts de l'alpinisme. Qui pourrait mettre en cause la noblesse du savoir ?


La science alibi des « conquérants de l'inutile », prétexte volontiers suggéré aujourd'hui, a certes, sa part de vérité... Il n'en demeure pas moins que les montagnes ont constitué pour l'homme de science un terrain d'expérimentation offert par la nature ; que l'alpiniste a besoin de comprendre, pour le maîtriser, le milieu dans lequel il opère...

 

Dans cette phase de construction, où s'érigent de nouveaux rapports entre l'homme et la montagne, les Annuaires et les Bulletins, organes officiels du jeune Club Alpin, vont assurer un double rôle de révélateur et d'agrégation.

 

LE TEMPS DES DÉFRICHEURS


Lors de sa création le Club Alpin, à l'image du monde de la montagne, concerne un cercle restreint d'initiés. « Le 2 avril 1874, date de sa naissance elle ( l'Association ) comptait alors 50 membres à peine. Quatre ans après, en Avril 1878, près de 2500 alpinistes avaient rallié son guidon » ( Annuaire de 1887 ).

 

Son influence ou capacité d'action repose sur la qualité de ses fondateurs et adhérents, personnalités des lettres, arts, sciences, industrie... Les réseaux Grandes Écoles, Haute Administration, société civile, sont très présents dans la vie et le développement du Club.

 

Si avec la multiplication des Sections, et la montée des effectifs, l'éventail des catégories socioprofessionnelles est appelé à s'ouvrir, l'appartenance aux classes sociales aisées et cultivées demeure la marque d'une bonne part des adhérents du Club Alpin.

 

Le gotha du Club réserve parfois quelques surprises par sa diversité !

 

- 1874, le premier Annuaire du Club Alpin s'ouvre sur « Souvenir d'Auvergne » article signé George Sand, membre du Club Alpin Français ( Section de Paris ). La même George Sand voit, à l'occasion d'un séjour à Chamonix, ses excentricités décrites et commentées, ainsi que celles de quelques grands noms de la littérature ou de la musique.
Qui aime les anecdotes insolites, et le trait de plume acéré, aura du plaisir à lire « Excursions romantiques à la Mer de Glace » par Julien Brégeault ( Annuaire de 1896 ).


« George continuait à cheminer sur sa mule, fumant son cigare de l'air le plus insouciant, et ne jetant, de temps à autre, qu'un regard distrait sur les sublimes tableaux déployés à ses pieds et au-dessus de sa tête ».

Cette étonnante indifférence, Mme Sand l'a reconnue et expliquée elle-même, dans une lettre à Herbert :

« Tu sais que je ne veux pas étudier les merveilles de la nature, car je n'ai pas le bonheur de les comprendre assez bien pour les regarder autrement qu'en cachette ».

 

- 1875, Paul Verne, frère du célèbre romancier, membre de la Section de Paris... réalise la quarantième ascension du Mont-Blanc. Le récit de son exploit figure dans la bibliographie Vernienne.


- Chronique du C.A.F ( Annuaire de 1882 ) : « Nous avons perdu cette année d'illustres collègues. L'un d'eux, membre de la Section de Paris et qui appartenait presque exclusivement à la politique, Léon Gambetta (...) ».


- Jules Forni, chronique du CAF ( Annuaire de 1887 )... « Je viens d'avoir l'honneur de servir de parrain à M. Eiffel que depuis deux jours nous comptons parmi nos collègues ».


- Chronique du CAF ( La Montagne. Sept/Oct 1930 ) : « M. de Margerie annonce la mort du Dr Fridtjof Nansen, membre d'Honneur du Club Alpin Français ».


- Chronique Échos ( La Montagne. Juin 1954 ) :


« Le grand savant Auguste Lumière ( biologiste associé aux travaux de son frère Louis ), qui vient de mourir à l'âge de 92 ans, était membre du CAF depuis 1894, date à laquelle il était entré à la section lyonnaise »...

 

  • Ces quelques extraits peuvent, aux yeux du lecteur d'aujourd'hui, évoquer une certaine suffisance et prêter à sourire. Restitués en leur temps, ils rendent compte de l'insertion et du statut dont jouissait le Club Alpin dans la société d'alors.

 

LES PUBLICATIONS DU CLUB ALPIN, UNE MÉMOIRE EN ACTES


Constituée au fil du temps la collection des Annuaires ( dans une moindre mesure des Bulletins ) restitue, par le biais d'articles et documents d'époque, un reflet quasiment en temps réel du regard que les acteurs du moment portent sur leur action et ses fondements.


S'inscrivant dans le droit fil de la vocation scientifique et culturelle qui marque la fin du XIXème siècle, les Annuaires et les Bulletins par la diversité des articles publiés, révèlent les principaux courants qui animent le milieu montagnard et constituent un facteur d'agrégation par les échanges, directs ou indirects, qu'ils suscitent.


Largement ouvertes aux récits des « chemineaux de la montagne », aux exploits des ascensionnistes devenus alpinistes, mais également, aux études ou recherches portant sur les spécificités du milieu montagnard, ces publications se distinguent par :


- Leur continuité ; les Annuaires couvrent, à une année près, trois décennies ( il en est de même pour les Bulletins ).


- Une doctrine éditoriale fondée sur le pluralisme et la rigueur.


En charge des publications du Club Alpin, A. Joanne, dans la préface de l'Annuaire de 1875, définit les orientations de la revue :


« C'est un recueil géographique, scientifique, statistique, où les faits, les observations et les chiffres obtiendront désormais une préférence méritée ».


- Une insertion dans les milieux scientifiques et de l'édition qui a valeur de caution : Joanne est cofondateur de l'Illustration. Géographe et collaborateur des éditions Hachette, il est le créateur des Guides Bleus.


Les réseaux de relations, associés au statut social qui caractérise le cercle des fondateurs du Club Alpin expliquent, pour une bonne part, l'attractivité exercée d'emblée par les Annuaires sur le cercle des montagnards et auprès des hommes de science engagés dans des travaux de recherches sur la haute montagne.


Les signatures prestigieuses qui jalonnent les publications du Club Alpins, et ce dès les premières livraisons, en portent témoignage.

 

  • Outil destiné à promouvoir les valeurs et l'action du C.A.F, plus d'un siècle après leur interruption, ces publications constituent un objet de rencontre entre les acteurs du moment et le lecteur/observateur d'aujourd'hui.

 

UN NOUVEL ESPACE D'AVENTURE


Longtemps terra incognita la haute montagne s'ouvre à l'exploration.


Émergeant à la fin du XVIIIème siècle, avec l'ascension en 1760 du Brévent par Horace Bénédict de Saussure, botaniste, géologue et physicien, Genevois ; suivie de la conquête du Mont Blanc en 1786, par le Docteur Paccard et son guide le cristallier Jacques Balmat ;

... l'alpinisme va connaitre son véritable développement au milieu du XIXème siècle.


 DES PREMIÈRES ASSOCIATIONS DE MONTAGNE


Alors que l'ascensionnisme se présentait comme une suite d'initiatives autonomes, l'alpinisme, en s'instituant en tant que discipline, introduit une dimension collective qui spécifie et ordonne ses composants.

 

Des premières associations de montagne en France ...à la création en 1874 du Club Alpin Français.

 

- 1856, une association « Les montagnards » est constituée à Annecy. Il semble qu'il s'agisse de la première société, en France, ayant pour objet la montagne ( elle précède d'une année l'Alpine Club, 1857 ).

- 1863, voit la constitution à Chambéry de la « Société des Touristes Savoyards » ( qui deviendra Section de Savoie du C.A.F ).

En 1864 ou 1865, selon que l'on prenne la réunion de Gavarnie, ou celle de Bagnères-de-Bigorre, comme acte fondateur, la « Société Pyrénéiste Ramond » voit le jour. Son objet statutaire porte sur la connaissance et l'exploration des montagnes des Pyrénées. Ses membres sont à l'origine de nombreux travaux effectués dans les Pyrénées par des alpinistes-topographes. Elle rassemble des noms prestigieux, dont certains présideront les premiers pas du Club Alpin, Baysselance, Élisée Reclus, Saint-Saud, Schrader, Wallon...

Dans l'ordre chronologique, la Société Ramond prend rang, sept ans après la création de l'Alpine Club. Elle s'inscrit dans la séquence qui voit la constitution des Clubs Alpins Autrichien ( 1862 ), Suisse et Italien ( 1863 ).

- 1872, voit la constitution du « Club Vosgien ».

Et 1875, celle à Grenoble de la « Société des Touristes du Dauphiné », un an après la naissance du Club Alpin Français.

 

UNE ASSOCIATION GÉNÉRALISTE


Association : généraliste par son objet, nationale par la « personnalité juridique unique » et une direction centrale basée à Paris, locale par l'implantation et l'activité de ses sections ; le CAF se distingue d'emblée des associations de montagne qui le précèdent.


Sa création s'inscrit dans le cadre d'un mouvement né à l'échelle européenne et qui affiche une vocation transnationale :


« Sous le nom de Rendez-vous international, a lieu les 14 et 15 Août 1875 au Mont Cenis une fête annuelle alpine dans laquelle fraternisent les Clubs Alpins Italiens et Français (...). Le premier Congrès International des Clubs Alpins Français et étrangers eut lieu à Annecy et Aix-les-Bains les 13,14 et 15 Août 1876, avec le concours des Clubs Alpins Italien, Suisse et Anglais ... » ( Annuaire de 1899 ).


D'autres rassemblements annuels suivront, dont ceux de Zakopane et Budapest qui précèdent la réunion de Chamonix d'Aout 1932, qui acte la fondation de l'Union Internationale des Associations d'Alpinisme.

Tout naturellement le Club Alpin Français sera co-fondateur de l'U.I.A.A.


Au niveau national, le C.A.F entretient des relations cordiales avec ses homologues régionaux, tout particulièrement, la Société Ramond, le Club Vosgien, la Société des Touristes du Dauphiné...


Un intérêt commun rapproche la Société Ramond, le Club Alpin Français, la Société des Touristes du Dauphiné.

 

Tous trois ont inscrit dans leur objet statutaire et formulé de façon quasiment identique, « la volonté de développer les connaissances scientifiques sur les montagnes ».

 

DES PARTICULARITÉS GÉOGRAPHIQUES

 

Alors que se constituent les premières sociétés alpines, des particularités géographiques des massifs, et la nature du processus d'institutionnalisation ( émergence d'un cadre associatif ), vont intervenir de façon déterminante dans l'organisation du milieu montagnard.


A la différence des premières associations de montagne créées en France, et qui s'inscrivent dans un cadre régional, le CAF, association nationale, doit prendre prend en compte un fait particulier à notre pays, la bipolarité géographique et sociologique des Alpes et des Pyrénées...

 

 

  • Les Alpes fascinent les scientifiques puis les alpinistes par leur démesure, qu'il s'agisse des difficultés d'approches et d'ascensions, ou des conditions extrêmes qui attendent le grimpeur.


Les hauts sommets des Alpes sont le terrain de prédilection des membres de l'Alpine Club et de l'élite de l'alpinisme, toutes nations confondues. Nombre de sommets ou de voies portent des noms étrangers, principalement anglais, Coolidge, Mattews, Wimper ...


Aussi le palmarès des grandes ascensions va-t-il constituer une échelle de valeur qui classe le compétiteur.


Largement ouvert, le massif vit au rythme des flux de visiteurs, pour une bonne part d'origines étrangères, et des brassages qui s'en suivent. La population chamoniarde en saison d'été ou d'hiver en est l'exemple type.

 

  • Les Pyrénées, moins prestigieuses et moins soumises aux effets des brassages avec l'extérieur, développent une cohérence interne, et un sens de la durée, qui se retrouvent dans la construction du Pyrénéisme comme dans les travaux cartographiques qui s'en suivent.

 

Cette situation favorise la constitution de réseaux fortement ancrés au niveau local et dont l'influence s'exercera fortement tout au long des premières années du Club Alpin.

 

L'ALPINE CLUB


Les Anglais, avec la création de « l'Alpine Club » ( 1857 ), nomment l'institution par son lieu mythique d'exercice. Le pas est d'autant plus facile à franchir que l'Angleterre, à la différence des pays de l'Arc Alpin, est dépourvue de grands massifs montagneux.


Les membres de l'Alpine Club utiliseront un terme particulier « mountaineer » pour désigner les pionniers des ascensions en haute altitude ( massifs extra européens ), introduisant une différenciation entre niveau de difficulté alpine et environnement extrême ( très haute altitude ).


Créé dans la mouvance des Clubs Alpins européens, le C A F se distingue du modèle strictement sportif et élitiste de l'Alpine Club. Il a pour ce faire de bonnes raisons.


La France, au même titre que ses proches voisins, voit les massifs montagneux constituer le cadre de vie d'une partie de sa population, ce contexte va jouer un rôle déterminant sur la nature et les conditions de développement de l'alpinisme dans notre pays.


Alors que les ascensionnistes étaient motivés par le besoin de connaître et de comprendre le monde mystérieux de la haute montagne, qu'ils sublimaient la beauté des sites, la valeur morale de l'effort... les alpinistes vont s'attacher à la conquête des sommets.

 

Une première constitue la récompense suprême ! À ce titre l'exploit l'emporte sur le savoir ou l'esthétisme.


Le territoire national étant, pour une bonne part délimité par deux grands massifs, les Alpes et les Pyrénées, le choix des mots pour désigner la discipline et ses pratiquants est, de ce fait, loin d'être un acte neutre.


En inscrivant sa dénomination dans une acception généraliste, en y incluant les quatre approches de la montagne, sportives, touristique, scientifique et culturelle, qui figurent dans son objet statutaire, le CAF contourne les pièges de la bipolarité.

 

POUR MÉMOIRE


Les Statuts de 1874 - Article premier :


« Le Club Alpin sert de lien entre toutes les personnes que leurs goûts ou leurs études attirent vers les montagnes. Il a pour but de faciliter et de propager la connaissance exacte des montagnes de la France et des pays limitrophes :

Par des Excursions, soit isolées soit faites en commun ;

Par des publications de travaux scientifiques, littéraires, et artistiques, et de renseignements propres à diriger les touristes ;

Par la construction ou l'amélioration de refuges et de sentiers ;

Par des encouragements aux compagnies de guides ;

Par des réunions ou conférences périodiques ;

Par la création de bibliothèques et de collections spécialisées ».

 

INSIGNE ET DEVISE DU CLUB ALPIN FRANÇAIS


Le premier insigne du club ( 1874 ) inscrit les lettres C.A.F dans un cadre de piolets et de cordes qui évoque plus l'alpinisme que la montagne contemplative. Ce graphisme s'apparente à celui des Clubs Alpins Suisse ou Italien.

 

  • À l'initiative d'Abel Lemercier, le Club Alpin prend pour devise « Excelsior, telle doit être notre devise dans notre cabinet comme sur les montagnes » ( A. Joanne, Annuaire 1877 ).


Dans « L'alpinisme à l'exposition de 1889 » ( Bulletin d'Avril 1889 ) Abel Lemercier mentionne que cette devise a été empruntée par le Club Alpin Italien à Longfellow.

 

  • En 1903, le nouvel insigne du Club, dessiné par Brunnarius et achevé par Schrader, recourt à la représentation symbolique pour affirmer la vocation généraliste du Club Alpin

 

-  Le glacier avec la Meije en toile de fond évoque la haute montagne.


-  La face Nord de la Meije exalte l'alpinisme et l'exploit ( La première, réalisée par Boileau de Castelnau, en 1877, avec pour guides Pierre Gaspard et son fils, marque l'alpinisme français. L'année précédente Henry Duhamel, alors président de la Section de l'Isère du Club Alpin, y avait fait une tentative infructueuse ).

 

-  La fleur de la gentiane, rappel du milieu montagnard, exprime la vocation culturelle et environnementale de l'Association.

 

Ces trois symboles sont autant de signes identitaires forts qui vont marquer le devenir du Club.

 

Et en 1903 encore, la devise du Club Alpin deviendra « Pour la Patrie par la Montagne » signe du fort sentiment patriotique qui animait l'association.

- Voir le dossier : Le Club Alpin Français de 1874 à 1914 - Insigne et devise.

 

 

EN FORME DE CONCLUSION


A l'orée de ce XXIème siècle, alors que l'anticipation tend à se substituer aux repères du passé, les critères d'arbitrages entre le respect des valeurs et le pragmatisme de l'action, constituent un enjeu crucial.


Les conditions et les évènements qui ont présidé la fondation du club, ses orientations initiales, apparaissent comme autant d'éléments constitutifs du « code génétique » du C.A.F, d'un devenir en germe.


Ancrée dans la succession des faits et par la médiation de la mémoire, l'histoire assure un double rôle de passerelle et de garde-fou.

 

Encore faut-il savoir en faire usage !

 

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  • La suite de l'historique du Club Alpin Français, aujourd'hui Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne est proposée dans les dossiers suivants :

 

- Le Club Alpin Français de 1874 - 1914.

- Le Club Alpin Français de 1915 - 1940.

- Le Club Alpin Français de 1941 - 1974.

- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994.

- La Fédération Française des Clubs Alpins et de la Montagne de 1994 à aujourd'hui.

 

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CONSULTATION

 

L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.
 

CONSULTATION EN LIGNE


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Il suffit de saisir un mot caractéristique ou un des mots-clés d'un ouvrage recherché, dans l'un des champs appropriés ( auteur, titre, sujet, année d'édition ) et vous aurez accès aux références de votre recherche.

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Consultation des revues de la FFCAM numérisées en préparation, certains ouvrages sont déjà accessibles sur des sites extérieurs.