Un historique de l'alpinisme de 1919 à 1939

 

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Un historique soulignant les principaux événements se rapportant à l'alpinisme - sans prétendre à l'exhaustivité - est proposé en plusieurs dossiers :

- L'alpinisme de 1492 à 1914

- L'alpinisme de 1919 à 1939

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d'Europe

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l'Himalaya et du monde.

 

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L'alpinisme de 1919 à 1939

 

Sommaire :

 

- Le Groupe de Haute Montagne

Les femmes bien présentes

- Les grandes parois calcaires des Alppes orientales

- L'apparition des pitons dans les Alpes occidentales

- L'équipement des alpinistes de 1920 à 1939

- Les grandes parois glaciaires des Alpes occidentales

- Les grandes parois rocheuses des Alpes occidentales

- Le sixième degré dans les Alpes occidentales

- Les derniers problèmes des Alpes

- Dans les Pyrénées

- Hors des massifs européens

- Chomolangma-Everest

 

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La Grande Guerre 1914-1918 avait pris ou handicapé parmi les plus valeureux jeunes montagnards de ces années-là, et pas seulement du coté des alliés vainqueurs...

 

La jeunesse, celle qui a pu revenir sans séquelles de l'enfer ou que l'âge avait préservée, va reprendre son engagement vers de nouvelles façons de faire en montagne, avec beaucoup plus de dynamisme que l'ensemble des populations épuisées par ces cinq années de conflit...

 

LE GROUPE DE HAUTE MONTAGNE

 

  • En l'année 1919, naissance d'un alpinisme français organisé...


Au lendemain du conflit mondial, « issus d'un petit groupe de grimpeurs formé à la veille de la guerre qui en a retardé l'essor », Jacques de Lépiney et Paul Chevalier sont à l'origine de la fondation - au sein du Club Alpin - du Groupe de Haute Montagne...

 

Leurs entreprises alpines, un peu plus tard renforcées par celles des Jacques Lagarde, Henry de Ségogne et autres, vont les conduire en peu de temps au même niveau de performance que nos voisins britanniques, austro-allemands, suisses et italiens...

 

<  En 1924, Jacques Lagarde, Jacques de Lépiney et Henry de Ségogne inaugurent un itinéraire difficile dans la face nord de l'Aiguille du Plan.

 

<  En 1925, Pierre Dalloz, Jacques Lagarde et Henry de Ségogne gagnent l'Aiguille Verte par l'arête des Grands Montets.

 

<  En 1926, Jacques Lagarde et Henry de Ségogne remontent le couloir Lagarde-Ségogne du versant nord conduisant à la brèche du Caïman et à l'Aiguille du Plan, c'est un exploit contraint par les événements, réalisé sans moyen d'assurage, sans possibilité de retraite et qui ne sera repris qu'en 1972 avec les moyens moderne de l'escalade glaciaire...

 

<  En 1926, Roubène Toumayeff et Jean Vernet réalisent un itinéraire d'envergure, sans l'aide de piton dans le versant sud de la barre des Écrins.

 

<  En 1928, Armant Charlet et Camille Devouassoux inaugurent un itinéraire dans le versant Nant Blanc de l'Aiguille Verte...

 

  • Il faut maintenant compter avec les alpinistes français qui en moins de dix ans avaient réussi à s'affirmer parmi les meilleurs de ces années-là...

Une cordée du Groupe de Haute Montagne au sommet de la Tour Ronde, devant le versant Brenva du Mont Blanc

 

La collecte des informations....

 

Dès sa création, le GHM est porteur d'un alpinisme d'excellence, d'un alpinisme sportif organisé et revendiqué, mais la petite instance apporte également une réclamation concernant la collecte et la diffusion de l'information.

 

Et il n'existait alors que bien peu de guides-itinéraires ou alors complètement obsolètes et peu accessibles.

 

À ce moment-là - nous le rappelons - les seules documentations existantes sont :

 

<  Un premier petit guide pour les alpinistes « Zermatt Pocket-Book », édité à Londres en 1881 par Martin Conway, avec la collaboration de W. A. B. Coolidge.

 

<  Un premier ouvrage plus complet et vraiment précurseur, le « Guide du Haut Dauphiné » par W. A. B. Coolidge, Henry Duhamel et Félix Perrin, aux éditions Joanne en 1887 et 1890, édition anglaise 1892 et 1905, édition allemande en 1913 et italienne en 1917.

 

<  La série des « Climbers' Guides », éditée à Londres, date de 1891.

 

<  Le « Guide itinéraire de la chaîne du Mont Blanc », par le Suisse Louis Kurz, publié en 1892, augmenté en 1914 aux éditions Payot.

 

<  Le « Mont Blanc führer », de 1913 en langue allemande. Ce petit guide sera traduit en français par des membres du GHM en 1922...

 

<  Des « Guides pour l'alpiniste » commenceront à être proposés par Émile Gaillard en 1912 aux éditions Dardel, un travail de compilations, sans texte de première main, ni de sources authentiques, avec des erreurs que plus tard une lettre de Paul Gayet Tancrède dit Samivel dénoncera avec véhémence... Mais malgré les insuffisances, ces ouvrages ouvraient la voie à l'information alpine indispensable à ceux qui recherchaient l'autonomie...

 

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1925 - LES PREMIERS GUIDE VALLOT

 

C'est au début des années 1920 que Charles Vallot ( 1884-1953 ) imagine de publier une encyclopédie élaborée sous une direction unique, consacrée à la partie française du massif du Mont Blanc. Une description précise, fidèle et complète de ces montagnes « dans quelque ordre d'idées que ce soit géographique humain, historique, littéraire ».

 

On sait que c'est Charles Vallot, Joseph Vallot ( 1854-1925 ) et Jacques de Lépiney (1896-1941 ) qui jetèrent les fondations de l'ambitieux ouvrage de connaissance générale consacré au massif du Mont Blanc.

 

L'½uvre comprend une « Description générale » savante du massif du Mont Blanc rédigée par des auteurs qualifiés, une « Description de la Moyenne Montagne » par Charles Vallot et une « Description de la haute montagne » à l'usage des alpinistes, rédigée par des membres du GHM... ( Voir le dossier : Les Guides itinéraires alpinisme, et aussi : Les guides Vallot publiés par l'éditeur Fischbacher de 1924 à 1946 dans la revue du GHM : Cimes 2007 )

 

L'information alpine

 

Partant des sources les plus authentiques possibles, la collecte et la diffusion de l'information alpine sur les itinéraires de montagne sera l'élément indispensable au développement d'une pratique autonome de l'alpinisme.

 

La « Chronique alpine » publiée dans les revues est le premier maillon d'une chaîne de renseignements signalant succinctement une ascension, un itinéraire... Viendra ensuite la « Description précise » des itinéraires dans ces mêmes revues, avec le compte rendu des auteurs et l'avis éventuel des répétiteurs, pour aboutir au « Guide-itinéraire » exhaustif réunissant les différentes connaissances consacrées à un massif ou à une chaîne de montagne...

 

Ces manuels complets - accessibles à tous - seront les éléments de base de l'information...

 

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LES FEMMES BIEN PRÉSENTES


On sait que dès 1914, Alice Damesme a été la première à réaliser ses courses en autonomie et le plus souvent en tête de cordée.

 

À la création du Groupe de Haute Montagne en 1919, elle est naturellement l'une des personnalités fondatrices du Groupe.


Après l'ascension du Trident du Tacul en septembre 1919, Jacques de Lépiney déclarera souvent ne rien avoir fait de plus dur, Alice Damesne qui participait à l'exploit est qualifiée « de rochassière remarquablement adroite, intrépide et endurante »... à une époque où les éloges étaient rares dans les relations écrites des ascensions...


Miriam O'Brien-Underhill sera celle qui ½uvra le plus pour un ascensionnisme résolument féminin...

 

Dès les années mil neuf cent vingt, les femmes veulent aussi être autonomes et responsables « d'abord en ce montrant aussi habile que les hommes dans l'art de suivre un guide » ironise Micheline Morin, ensuite en conduisant leurs cordées...


Dans les années vingt et trente Miriam O'Brien-Underhill, Micheline Morin et Néa Morin seront souvent les compagnes d'ascension de la talentueuse Alice Damesne... Et elles aussi vont souvent devant en formant des cordées de femmes ou mixtes...

 

Il faut encore citer Loulou Boulaz qui dès 1932 entreprend régulièrement des ascensions, encordée avec des compagnes, en dehors de ses ascensions en cordées mixtes, où elle prend régulièrement la tête de la course, comme durant la première répétition de la face nord des Grandes Jorasses en 1935...

 

Bien-sûr, il y a eu de nombreuses collègues femmes de ces époques-là qui réaliseront de belles carrières d'alpinistes avec ou sans guide, mais sans avoir les qualités requises pour aller devant, pour conduire la cordée, même si leur assistance et leur attitude venaient souvent renforcer le potentiel de la cordée...


En 1936, Alice Damesme et Micheline Morin escaladent la voie Preuss du Campanile Basso dans les Dolomites. C'est encore une grande performance pour la cordée féminine du GHM.

 

Et on retrouvera Alice Damesme en 1943, avec Mme Y. Vacher pour une traversée en autonomie du Petit au Grand Dru ... et en 1945 emmenant sa cordée dans la voie Carmichael de l'Aiguille des Pèlerins.

« Rochassière remarquablement adroite, intrépide et endurante » ; au second plan l'arête de Peuterey

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Une échelle des difficultés et le sixième degré

 

  • En 1924, Willi Welzenbach propose une échelle des difficultés en six degrés des escalades rocheuses, s'inspirant des notations pédagogiques germaniques en cinq degrés, avec un sixième degré représentant la limite des possibilités humaines...

 

C'est cette échelle qui sera désormais utilisée pour mesurer la difficulté en escalade, dans les Alpes orientales.

 

Il est difficile de situer avec exactitude l'escalade qui présente le premier passage du sixième degré.

Certainement dans les Alpes orientales, probablement l'ascension de la face nord du Laliderwand, dans le Karvendelgebirge, réussie par Otto Herzog avec un compagnon en 1922...

 

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LES GRANDES PAROIS CALCAIRES DES ALPES ORIENTALES

 

  •  En 1925, le sixième degré dans les Dolomites. Les Munichois Emil Solleder et Gustav Lauttenbauer gravissent le versant nord-ouest de la Civetta dans les Dolomites orientales.

 

C'est l'une des grandes escalades de l'histoire de l'alpinisme, elle représente le premier exemple d'escalade du sixième degré dans les Dolomites ( 15 pitons pour 1200m de paroi et 15 heures d'escalade ).

 

La face nord de la Cima Grande di Lavaredo

 

  •  En 1933, un mythe tombe. La face nord de la Cima Grande di Lavaredo, dans les Dolomites orientales, est le symbole de l'escalade impossible. Emilio Comici et les frères Angelo et Giuseppe Dimai s'engagent, et avec l'aide des pitons, réussissent en trois jours un itinéraire remarquable.

 

C'est la stupeur, on a détruit le mythe, la polémique sur l'utilisation des pitons atteint son paroxysme...

 

  •  Après cette performance très critiquée, la conviction des grimpeurs est faite : devant la volonté et la technique, rien n'est impossible... avec des pitons.

 

Le temps du « sesto superiore » dans les Alpes Orientales

 

  • C'est le temps des ascensions des grandes parois rocheuses des Dolomites, les grosses difficultés sont essentiellement franchies en escalade artificielle...

 

<  En 1934, Raffaele Carlesso et Bertolo Sandri escaladent en pleine paroi la face sud de la Torre Trieste, dans les Dolomites orientales, et franchissent des passages du plus haut niveau d'escalade libre ( VI ) et artificielle ( A3 ). C'est le premier « sesto superiore » des Dolomites. Aussitôt imités par Bruno Detassis et deux compagnons sur la face nord-est de la Brenta alta...

 

<  En 1935, Ricardo Cassin et Vittorio Ratti trouvent un itinéraire audacieux dans la paroi de la Cima Ovest di Lavaredo, dans les Dolomites. L'escalade artificielle atteint un haut niveau technique, l'engagement et l'exposition sont importants malgré l'emploi des pitons...

 

<  En 1936, Gino Solda réalise avec un compagnon, l'ascension de la face sud de la Marmolada di Penia. L'escalade est encore un « sesto superiore », mais nous sommes ici dans une paroi engagée sur la plus haute montagne des Dolomites. Quatre jours plus tard. G.-B. Vinatzer et un compagnon tracent un nouvel itinéraire extrêmement difficile sur la Marmolada di Rocca...

 

<  En 1937, Emilio Comici parcourt en escalade solitaire la face nord de la Cima Grande di Lavaredo par la voie de 1933. Cette ascension constitue l'un des exploits les plus extraordinaires, en ce qui concerne l'escalade rocheuse...

 

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L'apparition des pitons dans les Alpes occidentales

 

Les crochets de muraille

 

Les « crochets et muraille » - appelés aussi « crampons de fer » -  enfoncés dans les fissures de la roche sont utilisés dès 1870 dans les Alpes orientales comme ancrages pour amarrer les rappels permettant la redescente les raides parois des Dolomites, puis pour l'assurage et la progression dès 1910.

L'ouvrage « Technique de l'alpinisme » du Club Alpin Suisse de 1918, évoque l'usage des crochets de muraille.

En 1922, pour la première ascension de Pierra Menta, le monolithe du Beaufortain, Jean Paul Loustalot et Léon Zvingelstein s'équipent de crochets de muraille appelés encore crampons légers - les pitons d'aujourd'hui - et de coins de bois avec une hache pour les enfoncer...

Pendant de cette courte ascension, versant ouest, ils plantent dans des fissures de la roche ces crampons de fer pour assurer le premier de cordée en passant la corde directement dans l'anneau et pour assurer le relais. Pendant la descente, ils placent encore un crampon de fer pour poser un rappel.

L'année suivante, nouvelle ascension par le versant est, avec un piton trouvé en place pour l'assurage et un autre pour un rappel, et déjà les pitons sont trouvés leurs désignations usuelles définitives.

C'est le premier signalement dans la revue La Montagne de ces outils, utilisés clairement pour l'assurage, en usage depuis quelques temps déjà pour poser un rappel dans les Alpes occidentales.

D'abord d'une utilisation assez confidentielle, on peut dire qu'à partir de 1925 les pitons vont peu à peu devenir les éléments de sécurité dans les ascensions rocheuses des Alpes occidentales.

 

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L'équipement des alpinistes de 1920 à 1939

 

Les outils de l'alpiniste sont la corde en chanvre, les chaussures de montagne armés de tricounis, quelques pitons et mousquetons, le piolet ; l'encordement est direct à la taille... Pour les passages rocheux difficiles le grimpeur chausse ses Manchons à semelle de feutre, puis des espadrilles à semelle de crêpe. ...

 

Les pitons à glace

 

Les pitons à glace sont inventés par Welzenbach dans les années 1930, de simples lames métalliques avec des écailles qui pénètrent la glace en étant frappées à l'aide du marteau.

 

Les crampons

 

En 1929, c'est bien Henri Grivel - le forgeron de Courmayeur - qui a inventé les crampons avec pointes avant, en ajoutant deux pointes avant aux crampons Eckenstein qu'il fabriquait depuis longtemps.

L'article paru dans la revue Alpinisme de 1930 est la source indiscutable de cette affirmation.

« C'est un nouveau modèle que j'ai étudié depuis peu... je n'en ai exécuté à l'heure actuelle que six ou sept paires et elles ont été utilisés  par de bons guides et par des alpinistes émérites...tous ceux qui les ont essayés, sans aucune exception, m'ont déclaré qu'ils allaient très bien. Je les ai fait essayer aussi par mes fils qui ont été extrêmement satisfaits ».

Son fils Laurent Grivel sera seulement le propagandiste et l'utilisateur...

 

Ils vont bouleverser la technique de l'escalade glaciaire...

 

Deux des quatre premiers ascensionnistes de l'Eigerwand Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg utilisaient des crampons avec pointes avant en 1938... déjà en vente dans le magasin Schuster de Munich.

Ils ont beaucoup été dans le succès des quatre hommes...

 

Le camping

 

Le campement sous toile est déjà utilisé depuis la fin du XIXe siècle pour parcourir les montagnes en dehors des zones desservies par les refuges.

Léon Zwingelstein sera le fervent utilisateur dès 1923 d'une tente qu'il avait lui-même fabriqué, comme son duvet, pour ses séjours en Oisans et surtout plus tard pour ses formidables traversées des Alpes...

Le Touring Club de France sera le premier en 1923 à proposer différents campements dans le massif de la Chartreuse, dans les Alpes et dans les Pyrénées.

Bientôt le poids de la tente sera repensé et plus tard des progrès techniques rendront son utilisation plus pratique...

Et un article « Camping ! » de Jeanne Leclerc proposant ce moyen d'ébergement modernisé viendra en promotion dans notre revue La Montagne de septembre 1929.

Le camping qui se développe en France permettra d'approcher la nature au plus près et de pallier au manque d'hébergement dans les vallées, il autorisera une grande liberté et enfin il est très économique.

Le Club Alpin s'intéresse à ce moyen de bivouac ou de séjour pour approcher les montagnes, par la création en 1934 d'une Commission camping qui réunit les meilleurs alpinistes du moment...

 

Le camping facilitera beaucoup l'accès et les séjours à la montagne. Il sera un important vecteur de développement des sports d'altitude, alpinisme et randonnée alpine.

 

Le sac-tente Zdarsky

 

En 1923, le « sac-tente Zdarsky » est proposé aux grimpeurs allemands et autrichiens pour le bivouac dans les Alpes orientales, c'est un élément essentiel de sécurité, contre la pluie, la neige et le froid et c'est aussi un important confort moral. Il permettait l'engagement des cordées dans l'ascension des grandes voies où les bivouacs étaient probables ou obligés. Le « sac-tente Zdarsky » a contribué à sécuriser beaucoup des grandes entreprises du moment et à venir...

 

Il apparaît dans les Alpes occidentales en 1932, mais restera peu employé. La tenue individuelle de bivouac présentée par Pierre Allain ne contribuera pas sa diffusion, qui aurait pu empêcher de nombreux drames de la montagne...

 

Les chaussons d'escalade

 

Venus des Dolomites, les chaussons souples d'escalade sont régulièrement utilisés dans les escalades rocheuses des Alpes occidentales où le grimpeur se déchausse de ses lourdes chaussures pour passer des chaussons souples à semelles de feutre, parfois des espadrilles à semelle de corde et plus tard les chaussons souples à semelles de crêpes.

 

La semelle Vibram

 

En 1935, Vitale Bramani met au point une semelle sculptée en caoutchouc qui trois années plus tard deviendra le modèle de semelle Vibram que l'on connaît aujourd'hui. Cette semelle va bouleverser la technique d'escalade avec son excellente adhérence sur neige et sur rocher, c'est la fin des espadrilles et des clous... La cordée Devies-Gervasutti utilisera ces chaussures à semelles Vibram dès 1937... Elles seront mises en vente en 1939...

 

Les pitons

 

Rappelons que les « crampons de fer » enfoncés dans les fissures de la roche sont utilisés dès 1870 dans les Alpes orientales comme ancrages pour amarrer les rappels permettant la redescente les raides parois des Dolomites et, puis pour l'assurage et la progression dès 1910.

D'abord d'utilisation assez confidentielle, les pitons vont peu à peu devenir les éléments de sécurité dans les ascensions rocheuses des Alpes occidentales, ils vont permettre de s'aventurer partout.

 

Les mousquetons

 

Les mousquetons étaient depuis 1910 empruntés aux pompiers de Munich. Le premier mousqueton fabriqué spécialement pour l'escalade sera mis en vente en 1921 par la célèbre maison Schuster de Munich, qui deviendra la première grande surface de matériel de montagne...

 

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Les révélateurs des nouveaux matériels

 

Jusque-là, l'utilisation des nouveaux matériels facilitant beaucoup les ascensions était restée dans la confidence des initiés...

 

<  En 1932, un article d'Alain Leray paraît dans la revue La Montagne, l'auteur présente pour la première fois en France une information sur l'utilisation des pitons et des mousquetons en escalade.

 

<  En 1933, Raymond Gaché toujours dans la revue La Montagne note « Ce fut d'abord l'invention des crampons, qui sont devenus aussi indispensables que le piolet ou la corde. En ce moment nous assistons à l'introduction en France des méthodes dolomitiques avec leur arsenal d'étriers, de pitons à rocher et à glace, de mousquetons, de marteaux ».

 

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LES GRANDES PAROIS GLACIAIRES DES ALPES OCCIDENTALES

 

Les années Welzenbach

 

  • De 1925 à 1933, le Bavarois Willy Welzenbach va marquer l'histoire de l'alpinisme en entreprenant une série époustouflante de voies nouvelles dans les faces glaciaires de l'Oberland et du Valais avec différents compagnons...

 

<  En 1925, face nord directe de la Dent d'Hérens.

<  En 1930, face nord directe du Gross Fiescherhorn.

<  En 1931, face nord des Grands Charmoz dans le mauvais temps.

<  En 1932, face nord du Grosshorn, du Gletscherhorn et du Breithorn de Lauterbrunnen.

<  En 1933, face nord du Nesthorn.

 

Il est le premier à fabriquer des pitons à glace et à les utiliser.

 

 

 

LES GRANDES PAROIS ROCHEUSES DES OCCIDENTALES

 

  •  C'est encore l'école de Munich qui mène le jeu...

 

<  En 1930, Carl Brendel et Hermann Schaller escaladent la formidable arête sud de l'Aiguille de Peuterey dans le massif du Mont Blanc.

 

<  En 1931, les frères Franz et Toni Schmid gravissent la face nord du Cervin. Ascensionnistes de premier ordre dans les Alpes orientales, ils sont venus en vélo et sans argents depuis Munich, pour leur première visite des Alpes occidentales...

 

C'est maintenant la face nord des Grandes Jorasses qui mobilise les ambitions. Giusto Gervasutti et Armand Charlet sont parmi les prétendants dès 1933...

 

<  C'est en 1935 que les Munichois Martin Meier et Rudolf Peters inaugurent l'éperon central conduisant à la pointe Croz des Grandes Jorasses...

 

 

Les autres grandes performances

 

  • L'engouement provoqué par les performances des grimpeurs germaniques multiplie les initiatives. Les Suisses, les Italiens et les Français apparaissent désormais dans les ascensions notoires...

 

Sans encore employer de pitons, ils sont novateurs dans les terrains mixtes...

 

<  En 1930, le versant nort-est des Droites est parcouru par Jacques Lagarde et Bobi Arsandaux, c'est la première incursion dans le versant Argentière des Droites...

 

<  En 1931, Jacques Lagarde et Lucien Devies s'engagent et forcent le versant Macugnaga de la pointe Gnifetti du Mont Rose.

 

<  En 1931, les Genevois Robert Greloz et André Roch gravissent la face nord du Triolet, elle passait pour l'une des plus difficiles pentes glaciaires des Alpes.

 

<  En 1932, les Bernois Hans Lauper et Alfred Zürcher avec Alexander Graven et Joseph Knubel escaladent le versant nord-est de l'Eiger.

 

<  En 1935, Dimitri Platonov avec Armand Charlet inaugurent un itinéraire fabuleux dans le versant Nant Blanc de l'Aiguille Verte.

 

Armand Charlet a été le plus entreprenant des Guides de Chamonix, le meilleur et le plus audacieux glaciériste de ces années-là.

 

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Un merveilleux triptyque

 

  • La complète disparition de l'alpinisme britannique dans l'entre deux guerres - qui tentait encore de maintenir la tradition des ascensions avec Guides de l'âge d'or - ne doit pas faire oublier l'exceptionnel triptyque réalisé par Graham Brown dans le versant sud-ouest du Mont Blanc.

 

Il a imaginé et réalisé un formidable enchaînement de trois voies nouvelles utilisant parfaitement les reliefs et conduisant au plus haut sommet des Alpes, sur le même versant Brenva...

 

<  En 1927, ascension par la voie de la Sentinelle Rouge avec Frank Smythe.

 

<  En 1928, de la voie Major avec le même compagnon.

 

<  En 1933, de la voie de la Poire avec les Guides Alexander Graven et Alfred Aufdenblatten.

 

  • Et la même année, suprême sophistication, il revient gravir la voie Major avec ses deux compagnons, pour traverser le col Major, le plus haut col des Alpes...

 

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LE SIXIÈME DEGRÉ DANS LES OCCIDENTALES

 

  • Les pitons vont permettre de s'aventurer dans les parois rocheuses jugées inaccessibles...

 

<  En 1934, Lucien Devies et Giusto Gervasutti escaladent la paroi nord-ouest de l'Olan dans les Alpes occidentales. Le passage-clé de l'itinéraire présente pour la première fois dans le massif des Écrins, une difficulté du sixième degré. Comme Dibona en 1912, Gervasutti apporte dans les Alpes occidentales, le savoir-faire et les progrès constatés dans les Alpes orientales.

 

<  En 1935, la face nord des Drus, c'est l'un des plus beaux exploits réussis par les grimpeurs français. Pierre Allain et Raymond Leininger montraient ainsi le savoir-faire de l'école de Fontainebleau.

 

  • C'est le premier exemple d'un passage d'escalade du sixième degré dans le massif du Mont Blanc. Durant la première ascension Pierre Allain franchit avec quatre pitons le passage clé, la célèbre fissure Allain qui va demeurer longtemps le plus difficile passage d'escalade dans les Alpes occidentales que beaucoup n'ont franchi qu'avec l'aide des pitons dès la seconde ascension... Plus tard, une variante facile permettra à l'itinéraire de devenir classique.

 

  • L'escalade libre conserve ses adeptes... Pierre Allain en apportera dans toutes ses ascensions l'éclatante démonstration...

 

<  En 1937, Charles Authenac avec Fernand Tournier inaugurent l'éperon nord-est des Droites, une nouvelle incursion dans le versant Argentière des Droites...

 

<  Sans omettre les nombreuses ascensions et performances des frères Georges et Jean Vernet dans le massif des Écrins...

 

 

Les derniers problèmes des Alpes

 

  • Au prix de nombreux accidents mortels, une implacable compétition s'engage pour les dernières grandes parois nord encore inviolées de l'Ailefroide, du Piz Badile, de l'Eiger ( nord-ouest ), et des Grandes Jorasses...

 

<  Les 23 et 24 juillet 1936, c'est l'exploit de la cordée Lucien Devies et Giusto Gervasutti qui forcent la muraille nord-ouest de l'Ailefroide occidentale...

 

<  Du 14 au 16 juillet 1937, la face nord-est du Piz Badile est gravie par Ricardo Cassin et ses compagnons, au prix de deux vies humaines...

 

<  C'est l'Eigerwand - la face nord-ouest de l'Eiger - qui résistera le plus et sera le plus coûteux en vies humaines... En 1935 et 1936, des tentatives s'achèvent par la mort des participants austro-allemands. En 1937, leurs compatriotes Matthias Rebitsch et Ludwig V½rg reviennent vivants après une belle tentative...

 

<  Du 21 au 24 juillet 1938, les Munichois Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg se joindront aux Viennois Heinrich Harrer et Fritz Kasparek pour réussir magistralement l'ascension de cette paroi mythique...

 

Un itinéraire qui ne sera jamais amélioré plus tard par des variantes plus commodes...

 

<  Enfin du 4 au 6 août de la même année, Ricardo Cassin, Luigi Esposito et Ugo Tizzoni conclurent ce "nouvel âge d'or" de l'alpinisme par l'ascension de l'éperon nord de la pointe Walker des Grandes Jorasses, une ligne particulièrement élégante conduisant directement au sommet de la paroi la plus exceptionnelle des Alpes...

 

L'échelle des difficultés

 

En 1935, Lucien Devies propose un système de cotation des difficultés de l'escalade rocheuse, séparant l'évaluation d'un passage d'escalade libre en six degré directement inspiré du système Welzenbach, et l'évaluation de l'ensemble d'une ascension allant du « facile » à « l'extrêmement difficile » en six degrés également...

Et de bien différencier ce qui appartient à l'escalade libre de ce qui ressort de l'escalade artificielle. Le fameux VI sup des Dolomites qui indiquait soit de l'escalade libre difficile, soit de l'escalade artificielle technique, soit encore un passage exposé et peu sécurisé a vécu... 

 

Une façon de « passer du vague au défini »...

 

Aussitôt une belle polémique, animée par Etienne Bruhl, va enflammer le milieu alpin pendant quelques temps...

 

  •  Un peu plus tard, une évaluation de la difficulté de l'escalade artificielle en quatre degré A1 à A4 est proposée... Le tri est fait entre escalade libre et artificielle...

 

 

DANS LES PYRÉNÉES

 

  • Quelques dates importantes :

 

<  En 1933, première ascension de la face nord directe du Pic Long, le point culminant du Vignemale par Roger Mailly et Robert Ollivier.

 

<  La même année, une voie en face nord du Vignemale est inaugurée par Henri Barrio et Robert Bellocq.

 

<  En 1934, voie nouvelle sur l'Aneto par la crête nord-est pour René Grange et Pedro Borés.

 

<  L'année suivante par la face nord du culmen des Pyrénées, ascension pour Jean Escudier, Jean-Victor Parant et Jean Grelier.

 

<  En 1935, le versant sud de la Pointe Jean Santé du Pic du Midi d'Ossau est exploré et gravi par Julien Arruyer, Gabriel Busquet, François Cazalet, Roger Mailly et Jean Santé.

 

<  En 1936, la face nord-ouest du Pic du Midi d'Ossau est escaladée par Robert Ollivier et trois compagnons Julien Arruyer, Robert Chevalier, Charles Laffont.

 

<  Deux années plus tard, ascension par l'éperon nord-ouest du Pic du Midi d'Ossau pour Roger Mailly et Robert Ollivier.

 

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Le manuel d'alpinisme du Club Alpin

 

En 1934, le Club Alpin Français publie avec la collaboration du Groupe de Haute Montagne un « Manuel d'alpinisme ».

Sont décrits les pitons, les mousquetons maintenant d'usage courant, les différentes techniques de rappel et les crampons avec pointes avant :

 

<  Concernant la technique de la descente à l'aide de la corde, le rappel en S est mis en avant, il apporte une bonne sécurité et sera d'utilisation générale jusque dans les années mil neuf cent soixante-dix. Le rappel en S développé par Hans Dulfer avant 1914, la « dülfersitz » venait remplacer la « kletterschluss » et autre méthode genevoise très dangereuses dans leurs utilisations...

 

<  Les crampons avec pointes avant y sont proposés sans beaucoup enthousiasme. Ils vont pourtant profondément modifier la technique de l'escalade glaciaire... Sauf en France où les chevilles particulièrement souples du meilleur glaciairiste français du moment vont contraindre la plupart des grimpeurs à un exercice de style appelé « technique française de cramponnage » ( simple aménagement de la méthode de cramponnage Eckenstein ), adapté aux pentes classiques mais beaucoup moins aux pentes plus importantes et aux progrès à venir...

 

Le matériel moderne d'escalade

 

Un article dans la revue Alpinisme de 1938 : Pitons et matériel moderne d'escalade décrit le matériel fabriqué maintenant en France, par les établissements Simon, jusque-là spécialisé dans la fabrication des piolets... sauf les mousquetons en acier qui doivent encore être importés...

L'année suivante la revue publie : Les procédés artificiels de l'escalade qui fait l'inventaire des ressources technologiques de la discipline... 

 

 

Les inventions de Pierre Allain

 

À la fin des années trente, Pierre Allain achève le développement de divers améliorations :

 

<  Les chaussons d'escalade moderne - les fameux chaussons PA - une mise au point commencée en 1935, utilisés d'abord pour l'escalade des blocs de Fontainebleau, commercialisés en 1948 et appelés à un grand avenir

 

<  Dès 1938, le mousqueton léger en alliage d'aluminium ( Duralumin ) commençait à être proposé aux grimpeurs par Pierre Allain. Il doit être utilisé avec prudence, essentiellement pour l'escalade artificielle, car il ne résiste pas à une chute même modeste, l'information technique publiée parle imprudemment d'une résistance bien supérieure aux mousquetons en acier...

 

 Le mousqueton léger en alliage d'aluminium se généralisera plus tard avec les progrès des alliages proposés et des facteurs de forme améliorés...

 

<  Le « descendeur Allain » pour les rappels, mais son dispositif ouvert est d'une utilisation si délicate que sa diffusion restera confidentielle.


<  Le matériel de bivouac individuel, mais cette proposition se révélera peu judicieuse, la poche de bivouac dite tente Zdarsky permettant à deux ou trois grimpeurs de ce protéger - physiquement et moralement - restera supérieure de beaucoup...

 

Pierre Allain commettra d'autres outils, certains diaboliques et à ne pas laisser dans toutes les mains...

<  Comme le « décrocheur Allain » qui permettait de descendre en rappel sur un seul brin de corde, le système se déverrouillant automatiquement à la libération de la charge, il sera utilisé par Allain en montagne.

<  Comme l'ancre à neige, un outil infernal qui adjoint au décrocheur Allain permettait de descendre les pentes glaciaires en rappel et de récupérer l'outil.

 

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L'histoire de l'Alpinisme

 

En 1939, Lucien Devies fait paraître dans la revue Alpinisme l'article : « Alpinisme et nationalité » et dans La Montagne le texte : « Eiger et Walker » ( Voir : Un historique du Club Alpin de 1915 à 1940 § 1939 - L'histoire de l'Alpinisme et la polémique de l'Eiger ).

Des contributions à l'histoire de l'alpinisme...

Certains - plus tard - tenteront d'en détourner les propos à des fins d'édition...

 

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HORS DES MASSIFS EUROPEENS

 

Après la Grande Guerre, les énergies se sont de nouveau tournées vers les montagnes lointaines et d'abord - comme pour les Alpes un siècle auparavant - vers les plus hautes.

 

C'est principalement les grands 8000 qui vont être l'objectif des audacieux ascensionnistes, mais au prix de nombreuses vies humaines ... et rien n'aboutira sur ces géants dans l'entre-deux-guerres.

 

En Afrique et en Amérique

 

<  En Afrique, le sommet principal du Mont Kenya, le Batian 5199m a été atteint dès 1899 par Mackinder et ses guides. Il est revisité et exploré par Eric Shipton et ses compagnons en 1929 et 30, ils réalisent la traversée du Batian vers l'autre sommet, le Nelion 5188m... c'est la plus belle et difficile montagne d'Afrique.

 

<  En Amérique du Nord, le Mount Foraker 5303m est atteint en 1934 par Charles Houston et ses compagnons.

 

<  En Amérique du Sud, la Cordillera Blanca est explorée par Erwin Schneider et ses compagnons. En 1932, 36 et 39, les sommets principaux sont atteints : le Quitaraju 6100m, le Huandoy 6200m et le Huascaran 6768m...

 

 

Les montagnes de Himalaya et du Karakoram

 

  • Dans les montagnes de l'Himalaya et du Karakoram, seuls les sommets situés dans l'Empire des Indes sont accessibles, car le Népal qui concentre une majorité des plus hauts sommets est fermé aux étrangers...

 

<  En 1929, le Kanchenjunga, 8586m est tenté jusqu'à 7200m par une expédition allemande organisée et dirigée par Paul Bauer. Deux années plus tard une autre expédition de Paul Bauer atteint 7600m...

 

<  En 1931, le Kamet, 7754m est gravi par Eric Shipton et ses compagnons. Il avait été tenté à plusieurs reprises, et en 1912 Charles Meade avec des guides Pierre Blanc, Franz Lochmatter, Justin Blanc et Jean Perren atteignaient le Col Meade, 7150m montrant la voie d'ascension aux suivants...

 

<  En 1932, le Nanga Parbat, 8125m est tenté jusqu'à 7000m par une expédition allemande organisée et dirigée par Willi Merkl.

 

<  Deux années plus tard, nouvelle tentative, mort de Willy Welzenbach et de Willi Merkl, l'altitude de 7700m est atteinte au prix de 10 vies humaines...

 

<  En 1937, nouvelle tentative et nouvelle catastrophe, toute l'expédition - 16 hommes - est anéantie par une avalanche...

 

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Les alpinistes français étrangement absents

 

L'intérêt des alpinistes français pour les plus hautes montagnes du monde a été très tardif, ils ont été « étrangement absents des grandes explorations et ascensions du premier tiers du siècle » il fallait « qu'ils s'organisent pour combler un retard de vingt ans »...

 

Au début du XXe siècle, les rares français ayant approché les montagnes de l'Himalaya ou des Andes, sont quelques Guides accompagnant des explorateurs britanniques, tels Pierre Blanc dit le Pape de Bonneval-sur-Arc, François Devouassoud et Michel Payot de Chamonix.

 

L'idée d'organiser une expédition vers les montagnes de l'Himalaya est venue dans les années 1930 de la petite équipe qui animait le Groupe de Haute Montagne.

 

La première initiative date de l'été 1933, elle est conduite par Jean Escarra, président du Club Alpin et Henry de Ségogne, membre du Comité directeur du Club Alpin et leader de l'alpinisme français de l'époque, qui préside le Groupe de Haute Montagne...

 

Tentative vers l'Hidden Peak 8068m

 

Il est convenu que le projet se construira dans une structure indépendante du type loi de 1901, patronnée par le Club Alpin et par le GHM, sur le modèle du « Comité de l'Everest » de 1919 des Britanniques...

 

Finalement, c'est l'Hidden Peak 8068m - aujourd'hui Gasherbrum 1 - qui sera choisi, situé dans les montagnes du Karakoram et le massif du Baltoro Mustagh.

 

En 1936, c'est la première expédition française vers l'Himalaya et le Karakoram...

Conduite par Henry de Ségogne, elle n'aboutira pas, l'Hidden Peak sera tenté jusque vers 7000m.

 

Voir le dossier : Un historique des expéditions lointaines françaises.

 

Les différents paragraphes :

<  D'abord un jeu diplomatique

<  Une doctrine

<  Un cadre juridique et un premier objectif

<  L'Hidden Peak tenté jusqu'à 7000m.

 

Le Gasherbrum 1 ou Hidden Peack 8068m..

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Les autres objectifs

 

<  En 1936, c'est une autorisation refusée pour le Kanchenjunga qui permettra à une équipe Anglo-américaine dirigée par Bill Tilmann de gravir la Nanda Devi, 7816m et plus haut sommet atteint à ce moment-là... En 1939, une expédition polonaise effectue l'ascension du sommet oriental,7434m.

 

<  Le K2, 8611m second sommet par l'altitude est évidemment un objectif prisé... En 1938, l'altitude de 7700m est atteinte par une expédition nord-américaine dirigée par Charles Houston. Elle explore l'éperon sud-est dit des Abruzzes, la future voie d'accès...

 

<  L'année suivante, une autre équipe nord-américaine dirigée par Fritz Wiessner tente la même voie, en utilisant des cordes fixes pour faciliter l'ascension. L'altitude de 8365m est atteinte, mais l'audacieuse tentative coûtera quatre vies humaines...

 

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CHOMOLANGMA-EVEREST

 

L'invention de l'Everest

 

Dès 1735, une carte est éditée à Paris, par Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville ( 1697-1782 ), premier géographe du Roi, d'après les renseignements des missionnaires jésuites qui vécurent à Lhassa de 1707 à 1733. Cette carte est d'une très bonne précision, la position du Chomolangma est exacte avec une orthographe francisée : « Tchoumou Lancma ». Mais on ne sait rien encore de sa prééminence...

 

Une altitude

 

Dès 1849, personne ne doutait au sein de la Trigonometrical Survey des Indes britanniques que le Peak XV comptât parmi les plus hautes montagnes de la terre. L'institut est chargé du relevé des altitudes et des positions géographiques des nombreux sommets séparant le Népal du Tibet, ils sont identifiés numériquement en fonction de leurs positions géographiques.

 

Les visées sont faites depuis la plaine indienne car les deux pays sont alors fermés aux étrangers et les noms des montagnes inconnus des Britanniques. À cette époque, c'est le Kanchenjunga qui passe pour être la plus haute montagne, car vu de la plaine indienne, le Peak XV est en arrière de nombreux sommets qui semblent le dominer.

 

En 1852, le dépouillement des relevés géodésiques fait apparaître la prééminence du Peak XV. En extrayant du commun cette montagne alors inconnue d'eux, les Indo-Britanniques sont les premiers à proposer une altitude, 8840m, qui restera officielle durant un siècle.

 

En 1955, les services géographiques indiens proposeront une mesure plus précise de la montagne, avec 8848m et en 1999 on attribuera une nouvelle cote 8850m à notre Toit du monde. Mais la difficulté se situe surtout au niveau de l'altitude zéro de référence, le niveau moyen des marées de la mer dans le Golfe du Bengale ou le niveau moyen des marées de la mer Jaune... et aussi avec la variation de la calotte glaciaire qui occupe le sommet.

 

Trois noms

 

En 1865, en contradiction absolue avec les règles que l'« Indian Survey » et la « Royal Geographical Society » avaient elles-mêmes émises - ne pas doter les sommets himalayens de noms de personnalités, ni de vocables en langue anglaise - il est décidé d'honorer Sir George Everest, l'ancien Surveyor General of India, responsable du grand relevé trigonométrique de l'Inde.

 

Pourtant « Chomolangma » était un nom utilisé non seulement par les populations des versants tibétains et népalais et figurant dans les manuscrits du Monastère du Rongbuk, mais aussi par les milieux officiels de Lhassa et depuis bien longtemps...

 

L'usage va retenir trois noms : « Everest » pour les Occidentaux depuis ce moment-là, « Chomolangma » pour les Tibétains et les Sherpas depuis toujours, et aussi « Sagarmatha » plus récemment pour les autorités du Népal.

 

Avec trois noms pour une même montagne, le culmen du monde a un privilège lié à sa prééminence...

 

L'exclusivité britannique par le Tibet

 

Au tout début du XXe siècle, le Chomolangma-Everest attire évidemment les regards, les Britanniques qui possèdent les hommes, l'organisation et les moyens financiers. La grande montagne va les préoccuper pendant cinquante ans...

 

? Jusqu'à la Première guerre mondiale, et malgré leur position prédominante sur la scène politique locale, les Britanniques doivent se contenter d'observer l'Everest de loin, et de l'approcher de façon parfois clandestine - à moins de cinquante kilomètres - déguisés en commerçants locaux.

 

Après la guerre 1914-1918, l'« Alpine Club » et la « Royal Geographical Society » créent un « Comité de l'Everest ».

 

Dès 1919, un important effort diplomatique est fait auprès du Dalaï Lama, autorité religieuse et civile du Tibet ; le Népal est alors fermé à toute pénétration étrangère.

 

Le 9 décembre 1920, la diplomatie britannique parvient à obtenir l'autorisation espérée par le Tibet pour tenter l'ascension et explorer les vallées voisines.

 

Après une première reconnaissance en 1921, les efforts se concentrent sur l'arête nord issue du col Nord ( Chang La ), 7066m. L'altitude de 8250m est atteinte en 1922, mais sept Sherpas périssent dans une avalanche...

 

En 1924, depuis un camp à 8150m, Edward Felix Norton atteint 8500m sans utiliser l'oxygène respiratoire...

 

Malheureusement, durant une nouvelle tentative George Mallory et Andrew Irvine disparaissent dans les pentes supérieures de la montagne...

 

  • Les Britanniques vont effectuer sept tentatives malheureuses par le versant tibétain avant la seconde guerre mondiale.

 

La septième en 1938, après l'ascension de la Nanda Devi par une équipe réduite, il semble logique au Comité britannique organisateur d'essayer cette technique sur l'Everest...

 

Après avoir installé un camp VI à 8300m sur l'arête nord, les hommes doivent une nouvelle fois renoncer.

 

Avec ce dernier échec, le bilan est maigre : l'altitude de 8500m atteinte en 1924 n'a pu être dépassée ensuite... Mais l'espoir des Britanniques demeure...

Le versant nord du Chomolangma - Everest, 8850m

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Les bruits de bottes et de canons

 

Les bruits de bottes et de canons vont bientôt - une nouvelle fois - détourner les alpinistes de leurs ambitions de gravir les montagnes...

 

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Lire la suite dans les dossiers suivants :

 

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d'Europe

- L'alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l'Himalaya et du monde.

 

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CONSULTATION

 

L'ensemble des textes concernant l'histoire de la FFCAM et des autres dossiers proposés sont consultables au Centre national de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd'hui.

 

Consultation de l'ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

 

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